Paris fait de nouvelles concessions alors que les agriculteurs se mobilisent avant le Salon de l’agriculture
Le gouvernement français a dévoilé mardi 13 janvier une nouvelle série de concessions à destination des agriculteurs, alors que plusieurs centaines de tracteurs convergeaient vers Paris.
Rendez-vous annuel incontournable pour le monde agricole et les responsables politiques, le Salon international de l’agriculture, organisé à Paris, constitue traditionnellement une tribune majeure pour exprimer les revendications du secteur, largement relayées par les médias. L’édition 2026 s’ouvrira le 21 février dans un climat social particulièrement tendu.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé que la ministre de l’Agriculture Annie Genevard allait rédiger un « projet de loi d’urgence agricole », qui sera présenté lors du salon. Répondant à une demande directe de la édération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), principal syndicat du secteur, ce texte portera sur « [l’]eau, [la] prédation [et les] moyens de production ».
Le gouvernement prévoit également un train de mesures fiscales pour soutenir les agriculteurs, qui sera inclus dans le prochain budget, actuellement bloqué.
L’objectif est d’apaiser les mobilisations nationales en cours et éviter un scénario similaire à celui du Salon de l’agriculture 2024, marqué par les manifestations les plus violentes de l’histoire de l’évènement.
Le Salon de l’agriculture 2026 débutera déjà sur une note amère. En raison des mesures sanitaires prises pour prévenir la propagation de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), aucune vache ne sera exposée — une première en soixante ans. Une situation d’autant plus sensible que la mobilisation actuelle des agriculteurs a précisément été déclenchée par la gestion gouvernementale de cette crise sanitaire.
À cette colère s’ajoute la décision récente du Conseil de l’UE de donner son feu vert à l’accord commercial UE-Mercosur, qui a ravivé l’indignation dans les campagnes.
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Répondant aux demandes de la FNSEA, Sébastien Lecornu s’est engagé à débloquer les projets agricoles liés à l’eau qui sont au point mort, à geler la taxe sur la pollution diffuse pour les agriculteurs dans les années à venir et à suspendre les décisions relatives à l’eau en attendant de nouvelles orientations du gouvernement. Les prochaines consultations, menées par Annie Genevard et la ministre de l’Environnement Monique Barbut, exploreront la possibilité d’une dérèglementation plus poussée.
Concernant la pollution aux nitrates, Sébastien Lecornu a déclaré que les règles de l’UE étaient complexes et difficiles à appliquer. « Je suis prêt à demander à la Commission européenne d’adapter le cadre existant », a-t-il affirmé. Dans le même temps, le Premier ministre a appelé les autorités locales à « utiliser pleinement les possibilités de dérogation disponibles ».
Les agriculteurs restent néanmoins prudents. Ces annonces « doivent maintenant se traduire par des actions concrètes sur le terrain », a prévenu mercredi 14 janvier un porte-parole de la FNSEA.
Au cours des dernières semaines, le gouvernement a accordé aux agriculteurs plusieurs concessions d’une valeur totale de plus de 300 millions d’euros.
Lors du Salon de l’agriculture de l’année dernière, le gouvernement avait également adopté une loi assouplissant les restrictions environnementales pour les agriculteurs. Au cours de l’été, la « loi Duplomb » a encore favorisé les agriculteurs en matière d’accès à l’eau et de gestion du bétail.
Toutefois, les représentants syndicaux resteront à Paris pour continuer à négocier des mesures supplémentaires avec le gouvernement, a ajouté le porte-parole.
La FNSEA prévoit une autre manifestation le 20 janvier devant le Parlement européen, soutenue par les syndicats européens Copa et Cogeca, afin de faire pression sur les eurodéputés avant qu’ils ne décident de saisir — ou non — la Cour de justice de l’UE pour un examen juridique de l’accord UE-Mercosur.