Paris et Bruxelles tentent de réchauffer les relations avec Pékin

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et neuf commissaires européens seront en visite en Chine les 23 et 24 avril. C’est la plus grande délégation de l’exécutif européen à se rendre sur un sol étranger pour une visite bilatérale. Dans le même temps, une délégation de responsables français sera reçue par les autorités chinoises.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et neuf commissaires européens seront en visite en Chine les 23 et 24 avril. C’est la plus grande délégation de l’exécutif européen à se rendre sur un sol étranger pour une visite bilatérale. Dans le même temps, une délégation de responsables français sera reçue par les autorités chinoises.

Officiellement, l’objectif principal de la visite des commissaires est d’ouvrir le dialogue avec le premier ministre chinois, Wen Jiabao, et le gouvernement chinois. Les discussions devraient porter essentiellement sur les défis du changement climatique et du développement durable. Une réunion avec le président Hu Jintao est également à l’ordre du jour. M. Barroso est accompagné des commissaires S. Dimas, A. Piebalgs, J. Poto?nik, B. Ferrero-Waldner, P. Mandelson, L. Michel, V. Špidla, M. Kuneva et L. Kovács.

Sur le point de devenir la plus grande économie au monde, la Chine est déjà le plus grand émetteur de gaz à effet de serre. La Commission compte donc amener Pékin à contribuer à la lutte contre le changement climatique en engageant le pays à respecter des objectifs internationaux contraignants de réduction des émissions (lire EURACTIV.com 04/12/07). 

Améliorer le climat entre la Chine et l’UE

Mais M. Barroso et son équipe ont également la difficile tâche d’améliorer le climat général des relations entre l’UE et la Chine, alors que d’importants groupes de pression, notamment au sein du Parlement européen, appellent au boycott des Jeux Olympiques de cet été à Pékin – ou au moins, au boycott de la cérémonie d’ouverture. A la suite de la répression par la Chine des manifestations tibétaines, le Parlement européen a également prévu d’inviter le leader spirituel du Tibet, le Dalaï Lama, à l’une de ses sessions plénières.

Les récentes cérémonies de la flamme olympique dans les pays occidentaux ont été marquées par des manifestations, qui ont provoqué la fureur des autorités chinoises, notamment lors du passage de la flamme en France. Depuis, des messages anonymes envoyés depuis des téléphones mobiles ont mobilisé des manifestants chinois contre certaines entreprises occidentales présentes en Chine, comme le détaillant français Carrefour.

La Commission opposée au boycott

M. Barroso s’est néanmoins déclaré opposé au boycott de la cérémonie d’ouverture, ce qui pourrait jouer en sa faveur auprès de ses homologues chinois. Il prévoit d’utiliser cet avantage pour parler des Jeux Olympiques et souligner la contradiction entre les grands festivals de jeunesse dans le monde et la répression et les violations des droits de l’homme.

De son côté, le président français Nicolas Sarkozy, qui représentera l’UE lors de la cérémonie d’ouverture, puisque la France occupera la Présidence à ce moment là, « attend la concertation européenne pour décider d’assister ou non à la cérémonie d’ouverture », selon les termes utilisés par le vice-président de l’UMP, Jean-Pierre Raffarin, dans un entretien au quotidien Le Parisien le 23 avril. Le ministre français des Affaires étrangères et la secrétaire d’État aux droits de l’homme pourraient en revanche ne pas être présents, afin de marquer l’opposition de la France à la répression des droits de l’homme en Chine.

Création d’un mécanisme économique et commercial de haut niveau

M. Barroso et le Premier ministre Wen lanceront également un mécanisme économique et commercial de haut niveau entre l’UE et la Chine. Proposé par les autorités chinoises et approuvé lors du sommet UE-Chine à Pékin en novembre 2007, ce mécanisme sera un nouvel outil pour faire face aux problèmes auxquels sont confrontées les entreprises européennes qui tentent de s’établir en Chine, en particulier dans les domaines de l’investissement, de l’accès au marché et de la protection des droits de propriété intellectuelle.

A la veille de la visite des commissaires à Pékin, BusinessEurope a fait circuler une lettre énumérant certains des problèmes rencontrés par les entrepreneurs en Chine.

Une visite française qui tombe bien

Côté français, le président du Sénat, Christian Poncelet, et l’ancien Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, rencontreront le 24 avril les plus hauts dirigeants chinois. Cette visite opportune, même si elle était prévue de longue date, a lieu quelques jours après que le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a nommé le Dalaï Lama citoyen d’honneur. Une initiative qui a déplu aux autorités chinoises.

Selon le professeur Mario Telo, président de l’Institut des études européennes à l’Université Libre de Bruxelles, il ne faut pas s’attendre à de grands résultats à l’issue de la visite de M. Barroso. « Mais il est important que les Chinois sachent que la question des droits de l’homme fait partie des politiques bilatérales et multilatérales avec l’UE », a-t-il souligné.

Il estime également que cette visite est un pas en avant par rapport à l’ancienne approche du commissaire au Commerce, Peter Mandelson, qui concentrait ses relations avec Pékin sur le commerce et montrait une certaine réticence à faire face à la Chine sur la question des droits de l’homme.

Aujourd’hui, l’UE traite avec son homologue asiatique sur un vaste programme portant aussi sur des questions d’envergure internationale telles que le développement durable. C’est extrêmement important, a-t-il déclaré, ajoutant : « Si nous n’impliquons pas la Chine dans Kyoto, nous sommes perdus ».