Paris et Berlin planchent sur une réforme des traités
Les deux pays s’opposent sur le rôle de la BCE. La France estime que seul un poids fort des États au sein de l’UE permettra à l’Europe de "résister aux coups".
Les deux pays s’opposent sur le rôle de la BCE. La France estime que seul un poids fort des États au sein de l’UE permettra à l’Europe de « résister aux coups ».
Evitant de s’attarder sur les sujets qui fâchent comme le mandat de la Banque centrale européenne (BCE), Paris et Berlin vont tenter d’accorder leurs violons sur une réforme des traités européens.
Selon le président français, les deux pays présenteront prochainement des propositions sur une telle réforme, jugée indispensable pour permettre une plus grande intégration dans les domaines budgétaire, économique et fiscal.
Tout pour défendre l’Europe
Devant près de 400 dirigeants et industriels européens et asiatiques, réunis à Paris lors d’une conférence organisée par le Forum de BOAO, un groupe de réflexion, Nicolas Sarkozy s’est voulu rassurant sur l’avenir de la zone euro.
«Tous les dirigeants européens sont conscients que l’euro, c’est le cœur de l’Europe et que l’Europe, c’est la paix. Nous ferons tout non seulement pour défendre l’Europe mais également pour la consolider», a-t-il déclaré, rappelant notamment les mesures déjà prises en ce sens, comme l’augmentation de la force de frappe du Fonds européen de stabilité financière (FESF).
A en croire le projet de la CDU sur la réforme des traités, le parti d’Angela Merkel et le gouvernement français n’ont pas forcément la même vision de cette Europe intégrée.
La France plaide pour une Europe intergouvernementale, où le poids des États est donc très fort. « Dans l’attente d’une modification profonde des traités européens, qui est nécessaire, mais qui prendra (…) du temps, (…) seule l’union intergouvernementale très forte (…) nous permettra de résister aux coups qui ébranlent les liens que nous avons patiemment tissés depuis la seconde guerre mondiale », a expliqué, pour sa part, le Premier ministre François Fillon devant les maires de France, réunis en congrès à Paris.
De son côté la CDU a une vision beaucoup plus fédéraliste. Dans son projet de réforme des traités, la CDU indique que le Parlement pourrait avoir l’initiative des lois et que le président de la Commission devrait être élu au suffrage universel.
Pas de demi-mesure
Outre-Rhin, renforcer la discipline budgétaire par le biais d’une réforme en profondeur des traités est perçue comme le seul remède pour freiner la propagation de la crise de la dette. Y voyant un préalable à tout autre mesure, Berlin ne regarde donc pas plus loin.
Angela Merkel, a estimé, mardi 22 novembre, que le débat autour des euro-obligations n’était pas d’actualité. Quant à un élargissement des compétences de la BCE, que Paris se plaît à voir comme prêteur en dernier ressort pour les États, c’est toujours hors de question, selon la chancelière.
Selon des informations que s’est procurées le Daily Telegraph, le gouvernement allemand ne veut pas d’une demi réforme. Il espère des sanctions automatiques contre les pays qui ne respecteraient pas leurs engagements, la possibilité d’un recours devant la Cour de l’Union européenne et la création d’un nouveau commissaire en charge de la « stabilité » qui pourrait intervenir directement dans l’élaboration des budgets nationaux.
Nicolas Sarkozy et Angela Merkel discuteront des prochaines échéances européennes avec le nouveau président du Conseil italien, Mario Monti, jeudi 24 novembre.