Paris et Berlin durcissent leur position sur la régulation financière [FR]
A la veille du sommet européen qui finalisera la position européenne pour le prochain sommet du G20 sur la réforme du système financier mondial, les dirigeants français et allemand ont présenté hier (17 mars) une approche commune dans un courrier conjoint aux chefs d’Etat et de gouvernement.
A la veille du sommet européen qui finalisera la position européenne pour le prochain sommet du G20 sur la réforme du système financier mondial, les dirigeants français et allemand ont présenté hier (17 mars) une approche commune dans un courrier conjoint aux chefs d’Etat et de gouvernement.
« La première priorité est de bâtir une nouvelle architecture financière globale », peut-on lire dans la lettre conjointe. « L’Union européenne doit affirmer une position commune et prendre la tête sur ce sujet » ont souligné la chancelière allemande, Angela Merkel, et le président français, Nicolas Sarkozy, dans une lettre rendue publique hier.
« Nous sommes déterminés à obtenir au sommet de Londres des résultats concrets pour le renforcement de la régulation financière internationale […] L’Union Européenne doit proposer que tous les hedge funds et autres fonds susceptibles de créer un risque systémique fassent l’objet d’un enregistrement, d’une régulation et d’une supervision appropriés. »
Mme Merkel et M. Sarkozy ont ajouté que l’Europe devait « travailler à un mécanisme de sanctions effectif pour se protéger des risques » inhérents aux paradis fiscaux. Ces « juridictions peu coopératives » devront êtres inscrites sur une liste noire au cours du G20, ont-ils ajouté.
Les Etats-Unis, le Royaume-Uni et les Pays-Bas plus enclins à la relance qu’à la régulation
La lettre franco-allemande a été rédigée dans un contexte de divisions autour des priorités du G20. Washington se concentre sur l’augmentation des dépenses gouvernementales, tandis que certains gouvernements européens mettent l’accent sur la régulation.
Paris et Berlin ont réfuté des affirmations selon lesquelles l’Europe n’investit pas assez pour lutter contre la crise. « Avec un total de plus de 400 milliards d’euros (autour de 3,3 % du PNB de l’UE) […] l’Europe est aux avant-postes dans la lutte contre la récession », peut-on lire dans la lettre.
Se confiant aux journalistes français, un diplomate européen de haut niveau a déclaré hier que ce serait une erreur que de donner la priorité aux plans de relance économique sur les mesures de surveillance du système financier mondial.
Le diplomate, qui parlait de manière non officielle, a également réfuté les propos du ministre néerlandais des Finances, Wouter Bos, selon lesquels des mesures de régulation arriveraient trop tard pour lutter contre la récession actuelle. Le diplomate a souligné que se soucier de la régulation et de la supervision financières, cela ne signifie pas se soucier des crises futures, mais être en lien direct avec la crise actuelle. Il a ajouté que la restauration d’un fonctionnement normal du système financier est la condition préalable à la relance économique.
La France et l’Allemagne appellent à la mise en œuvre rapide du rapport Larosière sur la régulation financière, insistant sur le fait que les mesures initiales, visant à réglementer les agences de notation et les hedges funds, « devront être adoptées d’ici juin ».
Toutefois, les appels renouvelés de Paris et de Berlin à se concentrer davantage sur la régulation financière ne recevront pas un accueil particulièrement favorable de la part des autres leaders européens, qui se réunissent les 19 et 20 mars à Bruxelles pour finaliser la position de l’UE en vue de la rencontre du G20 à Londres.
Les Britanniques ne sont pas pressés de mettre en œuvre les recommandations du rapport, a admis le diplomate européen. En effet, le Premier ministre britannique, Gordon Brown, subit de plus en plus de pressions de la part du parti conservateur britannique et de la City pour éviter que Bruxelles ne s’accapare le pouvoir dans le domaine de la régulation financière.
Doubler les ressources du FMI à 500 milliards
Au sommet des 19 et 20 mars, les dirigeants européens soutiendront également les appels à doubler les ressources du Fonds monétaire international (FMI) à 500 milliards pour aider les pays éprouvant des difficultés concernant leur balance des paiements.
Les pays européens sont prêts à contribuer au FMI à hauteur de 75-100 milliards de dollars sur une base volontaire, selon le projet de conclusions du sommet que s’est procuré EURACTIV.
Les leaders européens devraient appeler la Commission européenne et le Conseil à examiner rapidement la possibilité d’augmenter le plafond du mécanisme de soutien de l’UE pour l’aide à la balance des paiements, qui s’élève actuellement à 25 milliards d’euros.
Mais les conclusions du sommet s’abstiendront de donner des recommandation par trop détaillées sur la manière de venir en aide à des pays tels que la Hongrie, qui appellent à un fonds d’aide de plusieurs milliards pour les Etats d’Europe de l’Est (EURACTIV 1/03/09).
Plus nous sommes précis sur le mécanisme d’aide qui pourrait être mis en place, plus nous créons de risques supplémentaires, a mis en garde le diplomate européen. Nous ne devrions pas révéler trop de détails, a-t-il souligné.
Il ne faut pas voir une absence de mécanisme dans flou de la formulation, a-t-il poursuivi, indiquant que cela fait partie de la stratégie de gestion de la crise. Partir du principe que nous avons fait ce qui était nécessaire est le meilleur moyen de restaurer la confiance, selon le diplomate.