Paris cherche à rallier Berlin derrière une politique industrielle européenne « plus innovante »
La France est prête à travailler « main dans la main » avec l'Allemagne pour développer une stratégie industrielle européenne ambitieuse, a déclaré le ministre de l'économie Bruno Le Maire mardi à la veille d’un déplacement à Berlin.
Il n’y a pas de temps à perdre pour que l’Allemagne et la France s’assoient enfin autour d’une table et élaborent une politique industrielle européenne ambitieuse qui protégera les industries européennes face aux États-Unis et à la Chine, a déclaré le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, mardi, à la veille de sa visite à Berlin.
« Mieux vaut travailler main dans la main, et il nous faut maintenant impérativement une stratégie industrielle européenne beaucoup plus volontariste, beaucoup plus innovante [et] beaucoup plus protectrice de nos intérêts industriels par rapport à la Chine et […] aux Etats-Unis », a affirmé le ministre sur LCI mardi.
« Les deux axes c’est améliorer la compétitivité et la productivité du continent. Cela peut passer par plusieurs leviers, y compris le volet formation », décrypte pour Euractiv une source proche du dossier.
La source a ajouté que beaucoup a déjà été fait pour soutenir les industries naissantes qui contribuent à accélérer les transitions verte et numérique.
Mais « est-ce suffisant ? Non » : « Il est grand temps que la France et l’Allemagne se mettent d’accord sur une stratégie industrielle commune […] il n’y a pas un seul jour à perdre », a déclaré M. Le Maire.
L’assouplissement des règles relatives aux aides d’État en réponse à l’invasion de l’Ukraine par la Russie et à la loi américaine sur la réduction de l’inflation (IRA) a largement profité à l’Allemagne, alors que le risque que l’intégrité du marché unique de l’UE soit menacée n’a jamais été aussi élevé.
Les propos du ministre interviennent à la veille de son déplacement à Berlin mercredi (13 septembre), où il doit s’entretenir avec Robert Habeck vice-chancelier, ministre de l’Economie et de la Protection du climat allemand, et Christian Lindner, ministre des Finances. Des rencontres sont aussi prévues avec des organisations patronales.
Période délicate
« La participation croisée au Conseil des ministres du gouvernement français et du gouvernement allemand a été instaurée par le traité d’Aix-la-Chapelle », signé en 2019 par Emmanuel Macron et l’ancienne chancelière allemande Angela Merkel, souligne le communiqué de presse du ministère de l’Economie. À l’époque, l’heure était au renforcement des liens économiques et diplomatiques entre les deux pays, en complétant l’ancien traité bilatéral dit « de l’Elysée », signé en 1963.
Ce déplacement s’inscrit dans une période délicate entre les deux premières économies de l’Union européenne, alors que l’approche du chancelier Olaf Scholz vis-à-vis de la France, jugée « distante » par de nombreux spécialistes, fait craindre une stagnation des relations.
Une succession de crises intérieures a en outre débouché par quelques faux pas diplomatiques – aux conséquences limitées, mais dont la valeur symbolique ne peut pas être ignorée. Ainsi Emmanuel Macron avait annulé une visite officielle du chancelier allemand en juin dernier, la première depuis 23 ans, alors que les émeutes faisaient rage.
Un conseil des ministres franco-allemands avait aussi été annulé à la dernière minute par l’Elysée en octobre 2022, à l’aune de désaccords profonds entre les deux pays sur des enjeux clefs, tels que le statut de l’énergie nucléaire, les règles budgétaires européennes et les enjeux de défense.
Cela dit, les deux parties ont tenu à dissiper les doutes par des manifestations publiques de la nature unique de leur relation, notamment la visite de M. Macron à Potsdam, la résidence privée du chancelier, en juin dernier, pour une rencontre rare dans un cadre plus intimiste.
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Pour Berlin, l’UE doit s’habituer à la montée en puissance des pays Sud
Sur le plan de la politique étrangère, les deux pays se sont alignés sur l’invasion de l’Ukraine par la Russie, mais ne partagent pas exactement la même vision d’une Europe géopolitique ni les efforts de la France en faveur de l’autonomie stratégique de l’Europe.
En juin dernier, M. Scholz a été critiqué par le leader de l’opposition conservatrice Friedrich Merz pour ne pas avoir coordonné avec la France et d’autres partenaires de l’UE le contenu de la toute première stratégie de sécurité nationale de l’Allemagne.
Mardi (12 septembre), M. Scholz a appelé les Européens à s’habituer à la montée en puissance des pays du Sud.
Le week-end dernier, le G20 réuni à New Delhi a adopté une résolution condamnant « la menace ou l’utilisation de la force pour acquérir des territoires », sans toutefois mentionner l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Pour M. Scholz, cette résolution commune est le fruit d’une collaboration avec des pays d’Afrique, d’Asie, d’Amérique du Nord et d’Amérique latine.
De même, la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, a déclaré au Frankfurter Allgemeine que des pays comme l’Afrique du Sud et le Brésil étaient de plus en plus conscients des « conséquences fatales » du conflit, alors que la Chine ne s’isole plus de la Russie.
Néanmoins, M. Scholz reste prudent quant aux défis futurs de la collaboration internationale.
Il a prédit que le bloc américain et les pays européens devraient s’habituer à accueillir un large éventail de points de vue, avertissant que le monde à venir « ne concerne pas l’Occident ou qui que ce soit d’autre », mais « sera simplement plus multipolaire ».
[Nick Alipour a contribué à la rédaction de cet article.]