PAC : les plans stratégiques nationaux ne seraient pas à la hauteur des ambitions environnementales de la Commission européenne

Les plans stratégiques nationaux laissent à désirer, estime le commissaire européen à l’Agriculture, qui a déclaré que la majorité d’entre eux ne sont pas à la hauteur des ambitions environnementales de l’exécutif européen.

EURACTIV.com
adc6144c-268e-4c05-8b34-0892cfed769f
Le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, a reproché à plusieurs plans stratégiques nationaux (PSN) présentés par les États membres de ne pas avoir le suffisamment « d’ambition environnementale », affirmant que beaucoup d’entre eux devront être modifiés pour y parvenir. [Union européenne]

Les plans stratégiques nationaux (PSN) de la Politique agricole commune (PAC) laissent à désirer, estime le commissaire européen à l’Agriculture Janusz Wojciechowski, qui a déclaré que la majorité d’entre eux ne sont pas à la hauteur des ambitions environnementales de l’exécutif européen.

Grâce à ces plans, qui constituent une grande nouveauté de la réforme de la PAC pour la période 2023-2027, les États membres de l’Union européenne exposent en détail la manière dont ils comptent atteindre les neuf objectifs de la PAC réformée tout en répondant aux besoins des agriculteurs et des communautés rurales.

Tous les États membres ont maintenant officiellement soumis leurs plans à la Commission pour approbation, un processus qui est actuellement en cours. Toutefois, selon M. Wojciechowski, les premières impressions sont mitigées à Bruxelles.

« Tous les plans peuvent être améliorés », a-t-il affirmé lors de la dernière réunion des ministres de l’Agriculture à Bruxelles lundi (21 mars), soulignant que si certains plans présentent un certain potentiel, la plupart d’entre eux doivent encore être améliorés.

Il a notamment reproché à plusieurs plans de ne pas avoir le suffisamment « d’ambition environnementale », affirmant que beaucoup d’entre eux devront être modifiés pour y parvenir.

Si certains manquent d’informations pour évaluer l’alignement sur les ambitions environnementales, dans d’autres, la cohérence avec les objectifs environnementaux et climatiques n’est « pas toujours démontrée », a-t-il indiqué.

Le commissaire s’est dit particulièrement préoccupé par les ambitions en matière d’agriculture biologique. En effet, la stratégie « de la ferme à la table » (Farm to Fork), la politique phare de l’UE en matière d’alimentation et d’agriculture, prévoit que 25 % de la surface agricole du bloc doit être consacrée à l’agriculture biologique d’ici à 2030.

Or, si l’on s’en tient aux plans proposés, le commissaire estime que l’UE n’atteindra que 18 % de terres consacrées au bio à la fin de l’exercice 2027. Pour remédier à ces problèmes, la Commission travaillera en étroite collaboration avec les États membres pour améliorer les « lacunes » des plans, a-t-il déclaré.

« Mais je suis optimiste, car il n’y a pas un seul plan qui ne puisse être accepté — des améliorations sont nécessaires, mais nous allons dans la bonne direction », a-t-il confié lors de la conférence de presse qui a suivi la réunion.

Le commissaire est également resté optimiste en ce qui concerne le calendrier, affirmant qu’il ne voyait aucune raison pour que la plupart des plans ne soient pas bouclés d’ici à la fin juin 2022.

Un changement de cap

M. Wojciechowski a également souligné que ces plans ont pris une nouvelle importance depuis le début de la guerre en Ukraine. « Lorsque nous avons élaboré ce programme, nous ne pouvions pas savoir que les temps allaient changer de manière aussi radicale », a-t-il souligné.

Il a donc exhorté les États membres à revoir leurs plans afin de renforcer les éléments permettant d’accroître la résilience du secteur agricole, en invoquant le rôle de plus en plus important du secteur dans la préservation de la sécurité de l’Union.

L’exécutif européen a déjà suggéré que les PSN mettent davantage l’accent sur la production de biogaz à partir des déchets agricoles, afin de soutenir le secteur face à la crise énergétique.

L’utilisation des terres en jachère pour la culture de protéines a également été suggérée, une proposition qui a reçu un fort soutien de la part des États membres mais qui a été critiquée par les groupes de défense de l’environnement.

Au cours de la réunion, le commissaire européen a confirmé que l’exécutif européen autoriserait une dérogation à la réglementation pour permettre la culture de protéagineux sur des terres mises en jachère, une pratique motivée par des raisons écologiques.

L’environnement reste un élément central

Néanmoins, malgré ces dérogations accordées, le commissaire a réaffirmé son engagement envers les ambitions environnementales de l’Union. Il a fermement mis fin à toute tentative visant à abandonner ou à revoir à la baisse les ambitions de la stratégie « de la ferme à la table », ainsi que la stratégie en faveur de la biodiversité, afin de répondre à la guerre en Ukraine.

Soulignant que la sécurité reste « la priorité absolue » et qu’elle est « inscrite dans toutes les stratégies », le commissaire a affirmé qu’il n’y avait « aucune raison de s’écarter de la mise en œuvre de nos objectifs stratégiques ».

« C’est parce qu’ils fonctionnent de telle manière qu’ils raccourcissent nos chaînes d’approvisionnement », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il s’agit de mesures qui « permettront d’améliorer directement la sécurité alimentaire » et de renforcer la résilience de l’agriculture européenne.

« Un équilibre entre le développement agricole et la résilience doit être les principaux outils pour mettre en œuvre notre objectif de sécurité alimentaire », a-t-il conclu.