Ouzbékistan : un référendum critiqué par les observateurs internationaux
L’Ouzbékistan a approuvé à une écrasante majorité les changements constitutionnels qui permettront au président Shavkat Mirziyoyev de rester au pouvoir jusqu’en 2040. Cette décision a été prise à l’issue d’un référendum considéré comme entaché d’irrégularités.
L’Ouzbékistan a approuvé à une écrasante majorité les changements constitutionnels qui permettront au président Shavkat Mirziyoyev de rester au pouvoir jusqu’en 2040. Cette décision a été prise à l’issue d’un référendum sous étroite surveillance des observateurs internationaux et considéré comme entaché d’irrégularités.
Selon des résultats préliminaires publiés lundi (1er mai), les modifications ont été approuvés à 90,21 % des voix, pour un taux de participation de 84,54 % dimanche (30 avril).
Les observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ont toutefois déclaré que le scrutin n’avait pas bénéficié d’une participation significative de l’opposition et qu’il n’était donc pas véritablement représentatif.
M. Mirziyoyev, âgé de 65 ans, est devenu président en 2016 après la mort du dictateur Islam Karimov.
Les réformes qu’il propose, lorsqu’elles seront confirmées, pourraient faire passer les mandats présidentiels de cinq à sept ans et permettre à M. Mirziyoyev d’effectuer deux mandats supplémentaires.
« Le référendum constitutionnel en Ouzbékistan a été techniquement bien préparé et largement promu comme une mesure visant à renforcer divers droits et libertés, mais il s’est déroulé dans un environnement qui n’a pas permis un véritable pluralisme et une véritable concurrence politiques », indique un communiqué de l’OSCE.
Bien que des réformes y aient été entreprises récemment, les critiques du gouvernement et les groupes de défense des droits affirment que l’Ouzbékistan reste autoritaire.
M. Mirziyoyev a insisté pour dire que les réformes amélioreraient la gouvernance et la qualité de vie.
Toutefois, c’est lui qui devrait bénéficier le plus de ces changements.
Le Kazakhstan, pays voisin, a été le premier à féliciter le dirigeant ouzbek : le président Kassym-Jomart Tokaïev a déclaré que le résultat témoignait de la « confiance » et du « soutien ferme de la nation ouzbèke ».
M. Mirziyoyev s’est présenté comme le successeur moderne de M. Karimov. Durant 13 ans, sous le régime de M. Karimov, il avait été Premier ministre.
Un scrutin sous étroite surveillance
Il a ensuite remporté deux élections au cours desquelles, selon les observateurs internationaux, il n’a pas été confronté à une véritable concurrence.
Après la mort de M. Karimov, il a mené une série de réformes, notamment pour lutter contre le travail forcé dans les champs de coton du pays.
L’Ouzbékistan est à présent sorti de l’isolement caractéristique des années Karimov et souhaite à présent adhérer à l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
Les changements constitutionnels prévoient également d’interdire la peine capitale et de protéger les droits humains pour ce que M. Mirziyoyev a appelé un « Nouvel Ouzbékistan ».
Toutefois, en dépit de certains progrès économiques et d’améliorations sociales, comme la criminalisation de la violence domestique, le gouvernement n’autorise aucune dissidence.
Les militants affirment que les violations des droits persistent et que les autorités n’ont montré aucun signe de volonté pour permettre l’émergence d’une opposition politique.
L’adoption du texte ne faisait aucun doute après une campagne unilatérale, dans un État où la presse est encore largement contrôlée.
Deux journalistes des médias d’État interrogés par l’AFP ont affirmé sous couvert d’anonymat avoir « reçu des instructions pour couvrir l’Ouzbékistan, le référendum et le président de manière positive ».
Selon eux, la censure s’est renforcée à l’approche de l’élection.
Le gouvernement a tout mis en œuvre pour donner au vote une apparence de légitimité, en faisant participer des célébrités locales à de grands rassemblements et des concerts afin de faire l’éloge des propositions et du président.
La population de l’Ouzbékistan sort d’un hiver particulièrement rude marqué par des pénuries de combustible et est accablée par la pauvreté et la corruption.
Lors des troubles de juillet 2022, les manifestations contre un amendement constitutionnel dans la région du Karakalpakstan, qui aurait réduit l’autonomie de ce vaste territoire, ont été réprimées de façon sanglante. Des dizaines de personnes ont été emprisonnées.
Cet amendement controversé a depuis lors été abandonné.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]