OTAN : « heureusement » que les États-Unis préservent l’approche modérée à l’égard de la Russie

Les États-Unis ont « heureusement » réussi à définir une approche modérée à l’égard de la Russie au sein de l’OTAN, et ce malgré les appels en sens inverse. C’est ce qu’a confié une source au sein de l’OTAN à EURACTIV.

/ Euractiv.com
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Un groupe composé d’Européens de l’Est, des Scandinaves, des Britanniques et de pays de l’ex-Yougoslavie soutient une approche à somme nulle vis-à-vis de la Russie, tandis que les membres plus anciens de l’OTAN, comme les États-Unis, la France, la Turquie, l’Italie et la Grèce, se montrent plus modérés à cet égard. [NATO]

Les États-Unis ont « heureusement » réussi à définir une approche modérée à l’égard de la Russie au sein de l’OTAN, et ce malgré les appels en sens inverse. C’est ce qu’a confié une source au sein de l’OTAN à EURACTIV.

Certains membres de l’OTAN ont émis des réserves quant aux échanges « habituels » entre l’amiral Rob Bauer, président du comité militaire de l’OTAN, et son homologue russe, le général Valery Gerasimov, sur la sécurité mutuelle, a confié la source à EURACTIV sous couvert d’anonymat.

Au début de la guerre en Ukraine, les États-Unis et la Russie avaient mis en place une cellule chargée de la coordination en vue d’une résolution de la crise au niveau politico-militaire afin d’éviter toute action militaire dangereuse par voie aérienne ou maritime à travers le monde.

Les deux responsables militaires sont récemment convenus de « faire attention », notamment à ce que les navires ne circulent pas à proximité les uns des autres en mer Noire pour éviter les « accidents », a indiqué la source de l’OTAN.

Cependant, certains membres d’Europe de l’Est ont réagi, explique la source de l’OTAN, demandant la raison de tels échanges avec la Russie, d’autres affirmant que M. Bauer était mandaté pour disposer de ce canal de communication.

Contacté par EURACTIV, le représentant du pays auprès de l’OTAN a déclaré que « la Pologne n’a pas soulevé cette question ».

De leur côté, les pays baltes n’ont pas répondu à la demande de commentaire d’EURACTIV.

La source a ajouté que, dernièrement, la Russie avait été « extrêmement prudente », notamment en mer Noire, afin d’éviter les accidents.

Plus généralement, la source de l’OTAN a insisté sur le fait qu’un groupe composé d’Européens de l’Est, des Scandinaves, des Britanniques et de pays de l’ex-Yougoslavie soutient une approche à somme nulle vis-à-vis de la Russie, tandis que les membres plus anciens de l’OTAN, comme les États-Unis, la France, la Turquie, l’Italie et la Grèce, se montreraient plus modérés à cet égard.

Pour la source de l’OTAN, Washington a « heureusement » pris l’initiative au sein de l’organisation et adopté une approche « plus modérée » qui a jusqu’à présent prévalu. En revanche, le Royaume-Uni s’est rapproché de la position de l’Europe de l’Est, la source estimant que Londres cherche à jouer un rôle, notamment au lendemain du Brexit.

Pour ce qui est de l’Allemagne, la source a indiqué que le pays a été « inexistant » au sein de l’OTAN au cours des deux dernières années. « Les Allemands paient, donnent et ne s’expriment pas », a déclaré la source, qui espère par ailleurs que Berlin jouera bientôt un rôle plus actif.

« Les Russes misent sur la fatigue de l’Occident », a affirmé la source de l’OTAN avant d’ajouter qu’au-delà, l’alliance est unie pour soutenir l’Ukraine.

« Nous sommes tous d’accord pour fournir — comme nous l’avons déjà fait — une assistance à l’Ukraine tant que notre sécurité nationale n’est pas affectée », a expliqué la source.

Pas de divergences fondamentales

Pour Ian Lesser, vice-président du German Marshall Fund, il n’y a pas de divergence fondamentale au sein de l’Alliance, mais il y a « une différence de perspective tout à fait naturelle entre les Alliés qui sont géographiquement proches et directement investis dans le défi sécuritaire que représente la Russie ».

« Il n’est pas surprenant de constater des signaux différents venant de certaines capitales européennes, qui peuvent sembler moins virulentes et moins belliqueuses, mais ce n’est pas le signe d’un affaiblissement de l’engagement envers l’Ukraine ou de l’engagement envers le dispositif de forces de l’OTAN », a-t-il assuré à EURACTIV.

« Il n’y a pas d’affaiblissement des engagements de pays comme les États-Unis, la France ou l’Allemagne, mais ils ont une tendance naturelle à se concentrer sur les implications structurelles et le risque d’une escalade », a-t-il poursuivi.

M. Lesser a expliqué que même pendant la Guerre froide, il existait des points de vue très différents au sein de l’Alliance sur la manière de traiter la Russie.

« L’Allemagne avait son Ostpolitik, les États-Unis étaient préoccupés par la stabilité stratégique face à un adversaire doté de l’arme nucléaire, et cela a conduit à certaines différences de perspective, et parfois de stratégie, mais en fin de compte, il n’y avait pas de différences fondamentales en termes de stratégie globale de l’OTAN », a-t-il déclaré.

Selon M. Lesser, le récent incident de missile à la frontière entre la Pologne et l’Ukraine a montré qu’« il y a une conscience très prononcée du risque d’incidents et d’escalade à mesure que la guerre en Ukraine se prolonge ».

« Même s’il s’est avéré que ce n’était pas ce que l’on craignait au départ et que [cet incident] a été traité de manière plutôt mesurée et prudente, cela souligne tout de même la réalité de la menace physique qui pèse sur les membres de l’OTAN et sur leur population, en particulier dans les zones proches de la guerre en Ukraine », a-t-il conclu.

Suède et Finlande : pas de décision avant les élections turques

La source de l’OTAN estime aussi que la Turquie ne renoncera probablement pas à son veto concernant l’adhésion de la Suède et de la Finlande à l’Alliance avant les élections nationales de juin 2023.

La Hongrie, quant à elle, « s’inclinera devant la forte pression américaine », a par ailleurs indiqué la source.

Le parlement hongrois devrait discuter de la ratification de l’adhésion de la Suède et de la Finlande à l’OTAN lors de sa session d’automne, après l’adoption d’une série de projets de loi liés à l’UE.

« La Finlande et la Suède sont nos alliés, et ils peuvent compter sur nous », a déclaré début novembre le chef de cabinet du Premier ministre hongrois Viktor Orban, Gergely Gulyas.