Orbán parti, la droite nationaliste sans boussole

Également dans l'édition de jeudi : Reza Pahlavi, les députés de Tisza, Olivér Várhelyi, le financement du Hezbollah, la clause de défense mutuelle

/ EURACTIV.com

Vous lisez Rapporteur ce jeudi 16 avril. Ici Nicoletta Ionta, en compagnie d’Eddy Wax à Bruxelles.

À savoir :

🟢 Le départ d’Orbán prive Janša de son principal allié européen

🟢 Les députés PPE de Magyar restent privés de leur droit de parole

🟢 Exclusif : un rapport des services de renseignement retrace le financement du Hezbollah via l’Iran et des réseaux clandestins


L’Europe, vue de Bruxelles


Les élections en Hongrie ont fait bien plus que mettre fin aux seize années au pouvoir de Viktor Orbán. Elles ont également évincé celui qui, au cours de la dernière décennie, était devenu une figure centrale de la droite nationaliste européenne.

Le départ d’Orbán du Conseil européen privera les dirigeants partageant ses idées, à travers l’Union, d’une figure qui jouait un rôle central dans l’harmonisation des positions entre les gouvernements alliés. Sans ce point d’ancrage, m’ont confié des analystes, l’extrême droite européenne risque de se fragmenter davantage et d’être moins capable d’agir de concert.

Il est peu probable que d’autres prennent le relais. Le Tchèque Andrej Babiš et le Slovaque Robert Fico restent influents dans leur pays, mais aucun des deux n’a démontré la même capacité à organiser au-delà des frontières. Comme l’a souligné Júlia Pőcze, du Centre for European Policy Studies, ils n’ont pas le « pouvoir d’organisation » qu’Orbán exerçait autrefois. Cela rend ses anciens alliés plus vulnérables et moins soudés.

Les implications sont déjà visibles en Slovénie, où la perspective d’un retour du populiste de droite Janez Janša est désormais envisagée avec plus de prudence. Sans Orbán comme pôle d’attraction, des personnalités telles que l’ancien Premier ministre slovène sont plus susceptibles d’être façonnées par le centre-droit européen traditionnel que de le remodeler, m’a expliqué Milan Nič, du Conseil allemand des relations étrangères.

Pour l’instant, la Slovénie navigue en eaux troubles. Le Mouvement pour la liberté du Premier ministre Robert Golob n’a obtenu qu’une avance infime, mais les négociations de coalition se sont compliquées après l’élection de Zoran Stevanović, un homme politique proche de Moscou, à la présidence du Parlement. Stevanović a fait part de son intention de se rendre en Russie et a évoqué la possibilité d’un référendum sur le retrait de la Slovénie de l’OTAN.

La décision de Janša de soutenir Stevanović est « alarmante », m’a affirmé la députée libérale slovène Irena Joveva, et elle soulève des questions sur les marchandages qui sous-tendent le retour éventuel de Janša. « Est-ce le prix qu’il paie pour revenir ? », a-t-elle demandé.

La présidente Nataša Pirc Musar devrait confier le mandat au candidat le plus susceptible d’obtenir 46 voix au Parlement, bien qu’aucun des deux blocs ne dispose d’une voie claire vers la majorité.

Il n’en reste pas moins que présenter Janša comme le successeur d’Orbán serait exagéré. Il est fermement pro-Ukraine et, bien qu’eurosceptique, il reste déterminé à rester au sein du Parti populaire européen plutôt que de s’en détacher. Le parlement slovène, où les forces sont très équilibrées, laisserait par ailleurs peu de place au type de refonte systémique qu’Orbán a orchestrée en Hongrie.

Orbán quitte la scène, et avec lui s’en va la figure qui, pendant des années, a donné à la droite nationaliste européenne une cohérence au-delà des frontières nationales.

Magyar toujours exclus du PPE

Les députés européens de Péter Magyar, Premier ministre élu, réintègrent le PPE la semaine prochaine en héros triomphants, mais la délégation hongroise reste privée du droit de s’exprimer au nom du groupe. Cette sanction, imposée en janvier par le chef du PPE Manfred Weber, fait suite au refus de Tisza de défendre la Commission européenne lors d’une motion de censure déposée par l’extrême droite.

L’interdiction court jusqu’à fin juillet, ce qui signifie qu’ils seront toujours mis à l’écart si la Hongrie est inscrite à l’ordre du jour plus tard ce mois-ci – comme les Verts devraient le demander. Lire l’article complet d’Eddy.

Exclusif : les figures clés du réseau financier du Hezbollah

Une évaluation des services de renseignement occidentaux consultée par Euractiv retrace l’architecture financière qui soutient le Hezbollah, en identifiant près d’un milliard de dollars de financement iranien depuis 2025 via des revenus pétroliers liés à la Chine, des circuits bancaires parallèles à Hong Kong, aux Émirats arabes unis et en Turquie, ainsi que des bureaux de change couvrant le Liban et la Syrie.

Le rapport souligne comment ces réseaux – impliquant des négociants en or, des sociétés écrans et des transferts informels via le système hawala – ont aidé la milice soutenue par l’Iran à résister aux frappes militaires israéliennes et à continuer de financer à la fois ses opérations militaires et son appareil social. Mon collègue Björn Stritzel raconte toute l’histoire.

Pahlavi refuse l’invitation du Parlement

Reza Pahlavi, ancien prince héritier de Perse et figure de proue de l’opposition iranienne, a décliné une invitation de la commission des affaires étrangères à prendre la parole au Parlement européen cette semaine, malgré le lobbying de députés européens de droite, dont les extrémistes de droite Charlie Weimers et Sebastian Tynkkynen.

L’une de ses partisanes, la députée belgo-iranienne Darya Safai, a estimé que l’inviter aux côtés d’autres figures de l’opposition témoignait d’un manque de respect. Pahlavi reste une figure controversée au sein de la diaspora iranienne, comme l’ont montré les récentes manifestations lors de sa visite en Suède. Lisez l’article complet de Pietro Guastamacchia et Eddy.

Várhelyi devrait rester, selon un ancien commissaire

Un ancien commissaire européen a déclaré à mon collègue Sarantis Michalopoulos que le fait de démettre Olivér Várhelyi de ses fonctions de responsable de la santé de l’UE créerait un précédent préjudiciable.

Des spéculations sur son avenir ont été soulevées par des responsables de Tisza, comme nous l’avons rapporté en premier cette semaine, tandis que Magyar fait pression pour évincer le président hongrois nommé par le Fidesz.

S’exprimant sous couvert d’anonymat, l’ancien responsable a estimé que les commissaires servaient l’UE plutôt que des intérêts nationaux et a averti que le forcer à partir « porterait gravement atteinte » à ce principe. « Je m’attends à ce que Várhelyi reste à son poste », a-t-il ajouté.

Un porte-parole de la Commission a déclaré mardi que « des progrès avaient été réalisés » dans l’enquête sur les allégations – niées par Várhelyi – selon lesquelles une opération de recrutement d’espions liée aux services de renseignement hongrois aurait été menée depuis l’ambassade de son pays à Bruxelles pendant son mandat d’ambassadeur.

L’UE prépare un guide de défense

Le commissaire à la Défense, Kubilius, a indiqué que la Commission et le Service européen pour l’action extérieure préparaient de nouveaux mécanismes visant à renforcer la coordination de l’aide militaire, tant avant qu’après qu’un pays de l’UE ait déclenché la clause d’assistance mutuelle de l’Union.

Le service diplomatique rédige déjà des lignes directrices sur les moyens pouvant être mobilisés une fois la clause invoquée, parallèlement à d’éventuels exercices de simulation dès le mois prochain, comme Euractiv l’a révélé en premier.

Kubilius a évoqué un rôle de coordination plus important pour l’état-major de l’UE dans la canalisation du soutien provenant des capitales nationales. Il a déclaré que l’UE pourrait développer de nouveaux instruments d’assistance mutuelle pour permettre aux pays de planifier à l’avance les forces, l’équipement ou le soutien qu’ils pourraient fournir en cas de crise. Les dirigeants de l’UE devraient discuter de cette clause lors d’un sommet informel à Chypre la semaine prochaine.

L’antisémitisme en hausse en Belgique, met en garde l’envoyé américain

Bill White, l’ambassadeur américain en Belgique, qui s’était opposé au gouvernement en février au sujet de la circoncision rituelle juive, a mis en garde contre la montée de l’antisémitisme dans le pays.

« Les gens disent qu’ils ne se sentent plus en sécurité », a-t-il affirmé hier soir lors d’un événement organisé par l’Association juive européenne (EJA). « Entendre que des enfants et des petits-enfants quittent déjà la Belgique, et que les familles ne la considèrent plus comme un endroit où elles souhaitent construire leur avenir, est déchirant. Aucune communauté ne devrait être amenée à penser que sa seule option est de partir. »

White s’est vu décerner le prix King David de l’EJA lors de la conférence, au cours de laquelle Várhelyi et Roberta Metsola ont également exprimé leur solidarité avec les Juifs de toute l’Europe confrontés à l’antisémitisme. « Si les Juifs ne se sentent pas en sécurité en Europe, alors l’Europe n’est pas ce qu’elle prétend être », a déclaré Várhelyi, après une tentative d’incendie criminel contre une synagogue à Londres mercredi.


Rond-point Schuman


Virkkunen rejoint le panthéon des personnalités influentes : La commissaire finlandaise Henna Virkkunen a été nommée parmi les 100 personnalités les plus influentes de 2026 selon le magazine TIME, dans une notice rédigée par l’ancienne commissaire Margrethe Vestager. Elle figure aux côtés de Mette Frederiksen, de la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum, du secrétaire d’État américain Marco Rubio et du pape, ainsi que du créateur Ralph Lauren, de l’acteur Ben Stiller, de l’actrice Dakota Johnson et de la patineuse artistique Alysa Liu.


Les capitales


ROME 🇮🇹

 

À Rome, Volodymyr Zelenskyy et Giorgia Meloni se sont engagés à renforcer leur coopération en matière de défense, notamment autour de la production conjointe de drones et de systèmes de défense aérienne. Zelenskyy a présenté un modèle d’« accord sur les drones » s’appuyant sur les innovations mises au point par l’Ukraine en temps de guerre, tandis que Meloni a confirmé l’intérêt de l’Italie. Dans un avertissement direct largement interprété comme visant Donald Trump, elle a déclaré que toute fracture dans l’unité occidentale servirait les intérêts de Moscou.

– Alessia Peretti

 

BUDAPEST 🇭🇺

 

Le futur Premier ministre Péter Magyar a averti deux anciens responsables polonais ayant obtenu l’asile auprès de Viktor Orbán – l’ancien ministre de la Justice Zbigniew Ziobro et son ancien adjoint Marcin Romanowski – que la Hongrie n’accueillerait plus de « criminels internationaux ». Tous deux font l’objet d’enquêtes en Pologne pour des faits présumés de malversations financières, qu’ils nient. Varsovie craint que les retards dans la formation du gouvernement ne leur donnent le temps de s’enfuir, potentiellement vers les États-Unis. En savoir plus.

– Karolina Wójcicka

 

MADRID 🇪🇸

 

Le chef de l’opposition, Alberto Núñez Feijóo, a accusé les socialistes au pouvoir de dissimuler le nombre de migrants sans papiers qui bénéficieraient d’un décret de régularisation approuvé mardi, qualifiant cette mesure de « contraire au droit européen ». Le chef du Parti populaire a également critiqué Pedro Sánchez pour avoir utilisé un décret royal afin de contourner le Parlement, accusant le gouvernement de gouverner contre le Congrès et la volonté publique.

– Inés Fernández-Pontes

 

VARSOVIE 🇵🇱

 

Un tribunal de Varsovie a rejeté la plainte déposée par Jarosław Kaczyński, cofondateur du parti Droit et Justice, contre Donald Tusk pour des propos tenus lors d’un rassemblement en 2023, estimant qu’il s’agissait de critiques politiques protégées. Kaczyński avait demandé des dommages-intérêts après les accusations de Tusk selon lesquelles « ceux qui sont au pouvoir » seraient des « tueurs en série de femmes » à propos de décès liés à l’avortement. Le tribunal a estimé que le commentaire ne visait pas directement Kaczyński, tout en précisant qu’il pouvait en porter la responsabilité morale en tant que dirigeant politique.

– Charles Szumski

 

PARIS 🇫🇷

 

La France ne suspendra pas les certificats d’économies d’énergie malgré la pression des distributeurs pour alléger les prix des carburants, a déclaré la ministre de l’Énergie Maud Bregeon, rejetant les affirmations de Michel-Édouard Leclerc selon lesquelles la suppression de ce dispositif pourrait faire baisser les prix à la pompe de 0,15 € le litre. Bregeon a indiqué que l’effet serait moindre, ajoutant que ce programme financé par les distributeurs finance des mesures concrètes de transition énergétique.

Charles Szumski

 

BRATISLAVA 🇸🇰

 

Les autorités slovaques enquêtent sur des allégations de financement illégal de la campagne présidentielle de 2024, notamment sur des accusations selon lesquelles des influenceurs auraient été payés pour soutenir le vainqueur final, Peter Pellegrini. Deux influenceurs slovaques affirment qu’on leur a proposé au moins 10 000 € pour promouvoir un candidat, bien que les versions divergent quant à l’identité de la personne à l’origine de cette proposition. Pellegrini a nié ces allégations mercredi.

– Natália Silenská

 

PRISTINA 🇽🇰

 

Le représentant spécial de l’UE, Peter Sørensen, doit se rendre à Pristina jeudi, alors que Bruxelles cherche à relancer le dialogue entre Belgrade et Pristina, actuellement au point mort. Sørensen a rencontré le président serbe Aleksandar Vučić la semaine dernière pour discuter de la mise en œuvre des accords existants, après s’être rendu au Kosovo le mois dernier alors que l’UE s’inquiétait du projet de loi sur les étrangers. Kaja Kallas a déclaré qu’elle convoquerait une réunion de haut niveau entre les deux parties.

– Bronwyn Jones

 

BELGRADE 🇷🇸

 

Vučić a ordonné à l’armée de mettre en place des unités spécialisées dans les drones d’attaque dans le cadre d’un vaste programme de modernisation militaire. Bien que militairement neutre, la Serbie reste membre du Partenariat pour la paix de l’OTAN et mène des exercices conjoints avec l’alliance. Belgrade a également acheté des armes à la Chine et à la France, et a dénoncé une initiative de défense entre la Croatie, l’Albanie et le Kosovo comme une menace pour la sécurité.

– Bronwyn Jones


Également sur Euractiv


Opinion: face à la Chine, les gesticulations ne mènent l’UE nulle part

Dans une tribune publiée sur Euractiv, Taciana Fisac, professeure de langue et de littérature chinoises à l’Université autonome de Madrid, affirme que les critiques publiques de Bruxelles à l’égard de Pékin n’ont guère porté leurs fruits sur le plan diplomatique et témoignent d’une méconnaissance des modes de communication indirects et privés qui caractérisent la culture politique chinoise.

Selon elle, la visite de Pedro Sánchez en Chine offre un modèle plus efficace pour l’engagement de l’UE : aborder les questions controversées telles que les droits de l’homme à huis clos plutôt que par le biais d’une confrontation publique.


Editrices.teurs Eddy Wax, Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski

Contributeurs.trice : Brenda Strohmaier, Sarantis Michalopoulos, Pietro Guastamacchia, Charles Cohen

Traductrice : Clara Vassent