One Polar Summit : la Norvège sommée de revoir sa stratégie d’exploitation en Arctique

Lors du One Planet-Polar Summit qui s’est clôturé vendredi (10 novembre), le président de la République, Emmanuel Macron, a fait part de la volonté de la France et 29 autres États d’arrêter l’exploitation des zones polaires. En Europe, la Norvège est particulièrement visée.

Euractiv France
One Planet Polar Summit in Paris
Le président français Emmanuel Macron (à droite) et le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Store arrivent pour une séance de travail lors du One Planet Polar Summit au Muséum national d'histoire naturelle à Paris, France, le 10 novembre 2023. [EPA-EFE/YOAN VALAT / POOL]

Lors du One Planet-Polar Summit qui s’est clôturé vendredi (10 novembre), le président de la République, Emmanuel Macron, a fait part de la volonté de la France et 30 autres États d’arrêter l’exploitation des zones polaires. En Europe, la Norvège est particulièrement visée.

À l’issue du 1er sommet mondial dédié à la sauvegarde de la cryosphère, Emmanuel Macron a tenu à rappeler l’importance de « mettre fin à toute perspective d’exploitation des grands fonds marins » au moment de présenter l’« Appel de Paris pour les pôles et les glaciers » reprenant les conclusions du sommet.

En ligne de mire, l’exploration et l’exploitation de ressources minières et fossiles.

31 États ont signé la déclaration, dont la France, l’Allemagne, l’Espagne, l’Inde ou encore le Chili, acteur de premier plan en Antarctique . Néanmoins, ceux particulièrement impliqués dans l’Arctique manquent à l’appel, à l’instar de la Norvège. Son Premier ministre, Jonas Gahr Støre, a pourtant pris part à la cérémonie de restitution des travaux du sommet.

Les autorités norvégiennes sont particulièrement confrontées depuis que les parlementaires norvégiens ont donné leur feu vert en juin dernier à l’exploration de 280 000 km2 de fonds marins à la recherche de ressources minières autour de l’archipel du Svalbard située en partie dans l’océan Arctique.

En réponse, une centaine de parlementaires européens ont remis jeudi (9 novembre) une lettre appelant leurs homologues norvégiens à interrompre ce projet, mais aussi et surtout à soutenir un moratoire sur l’exploitation des fonds marins.

Euractiv France a appris que lors du sommet, les ONG présentes ont également remis une lettre en ce sens au Premier ministre norvégien.

Litiges nouveaux et historiques

« Le pays n’est pas fermé sur le sujet », a confié l’Élysée au sortir du sommet.

« La Norvège est en train de redéfinir sa stratégie. Il y a un grand débat en ce moment dans le pays et les autorités ne lanceront pas de nouvelles exploitations des grands fonds marins à l’échelle de l’Arctique tant qu’elles n’auront pas les preuves d’un impact faible sur l’environnement ».

Néanmoins, « cela ne signifie pas que le pays ose s’engager pour le moment dans un moratoire », ont complété les services de la présidence.

La non-exploitation des espaces polaires concerne les activités minières et hydrocarbures, mais aussi halieutiques.

Sur ce sujet, le torchon brûle entre le pays scandinave et l’UE depuis quelques années, entre définition des quotas de pêche et souveraineté sur l’exploitation des zones entourant le Svalbard.

Au niveau environnemental, c’est surtout en Antarctique que les problèmes se concentrent. La Norvège y est le premier pêcheur de krill devant la Chine, le Japon, la Corée du Sud ou encore le Chili et l’Ukraine.

Mais outre que le petit crustacé est indispensable à l’équilibre alimentaire des océans, son exploitation est aussi un non-sens économique, plaident les ONG.

Le krill est principalement pêché pour nourrir les poissons d’élevages, explique à Euractiv France Geneviève Pons. Selon la directrice-générale de l’institut Europe Jacques Delors et ancienne directrice de WWF Europe, l’enjeu est donc désormais de « démontrer l’irrationalité économique de son exploitation. Affréter des bateaux, les doter de moyens technologiques extraordinaires, etc. : d’un point de vue coût-bénéfice, c’est nettement moins intéressant que de développer de la nourriture à base d’insectes d’ailleurs plus adaptés au régime alimentaire classique des poissons d’élevage comme le saumon ».

Le double langage

De façon plus générale « il y a, de la part des scientifiques présent au sommet une forte demande d’approche bénéfice-risque du coût de la dégradation de la cryosphère », nous explique Pascal Lamy, vice-président de l’Institut Europe Jacques Delors, ancien directeur général de l’OMC (2005-2013) et ancien commissaire européen au Commerce (1999-2004).

La Norvège n’est pas aveugle. Elle prend d’ailleurs part part à de nombreuses initiatives en faveur de la protection des espaces polaires. Mais pour Mme Pons, il s’agit d’un « double langage ». À ce sujet, l’UE est-elle en reste  ?

La situation est en effet délicate pour l’organisation régionale. Bien qu’elle affiche son soutien à la fin de l’exploitation des hydrocarbures, ses besoins en gaz ont été ravivés par la réduction drastique des importations russes.

Elle s’est donc tournée plus encore vers son partenaire norvégien. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait même déclaré lors du North Sea Summit en avril être « particulièrement heureuse que, dans les années à venir, la Norvège maintienne son niveau élevé d’approvisionnement en gaz».

Un deux poids deux mesures qui inquiète les associations environnementales.

« Nous savons que le gouvernement norvégien tente d’utiliser l’UE pour justifier la construction de nouvelles infrastructures pétrolières et gazières, en particulier dans l’Arctique », avait réagi Gina Gylver, présidente des Jeunes Amis de la Terre Norvège.

Côté pêche, un quart de ses importations sont issues de la pêche norvégienne et l’UE absorbe 75 % de ses exportations.

Face à ces constats, « la priorité la plus urgente est de traduire politiquement le leadership du One Planet-Polar Summit en matière de protection de la cryosphère lors de la COP28 à Dubaï », en on conclut les ONG dans leurs recommandations portées à la connaissance des parties prenantes du sommet.