Olaf Scholz et Emmanuel Macron adoptent des lignes directrices pour relancer la compétitivité européenne
La France et l’Allemagne, les deux grands moteurs de l’UE, insistent pour que leurs priorités économiques — une augmentation du budget européen et une réduction de la charge administrative pour les industries — soient prises en compte durant la législature européenne à venir.
La France et l’Allemagne, les deux grands moteurs de l’UE, insistent pour que leurs priorités économiques — une augmentation du budget européen et une réduction de la charge administrative pour les industries — soient prises en compte durant la législature européenne à venir (2024-2029).
Pour conclure la première visite officielle d’un président français en Allemagne depuis Jacques Chirac en 2000, Emmanuel Macron a rejoint le gouvernement allemand au nord de Berlin pour délibérer sur les affaires européennes et signer une déclaration commune.
Cette déclaration, intitulée « Un nouvel agenda pour stimuler la compétitivité et la croissance dans l’Union européenne », est l’aboutissement de plusieurs mois de travail ministériel transnational sur la réduction des charges administratives et la relance de l’économie.
« Nous formulons un nouveau programme pour l’UE », a expliqué le chancelier Olaf Scholz.
Après les élections européennes, les dirigeants de l’UE, réunis au sein du Conseil européen, devront décider du programme stratégique quinquennal du bloc fin juin en fournissant des lignes directrices. La déclaration commune de Paris et Berlin devrait servir de cadre aux discussions qui se tiendront à ce sujet à Bruxelles.
L’accord « fournit un bon cadre pour la Commission européenne et les cinq prochaines années », estime Emmanuel Macron, qui a également rappelé les pressions pesant actuellement sur l’Union, de la guerre à la hausse des importations en provenance des États-Unis.
Le président français insiste sur le fait que « l’Europe ne doit pas se laisser distancer » et s’engage à poursuivre le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) ainsi que les stratégies industrielles tout en s’attaquant à des domaines politiques laissés de côté tels que « la pollution et la biodiversité ». Tout cela devant se faire d’une manière qui « soutienne la dynamique économique en Europe ».
Augmenter le budget de l’UE, réduire la paperasserie
Emmanuel Macron a également profité de sa visite en Allemagne pour appeler à doubler le budget de l’UE, dont Berlin est le plus grand contributeur net.
« Nous ferons en sorte que le budget de l’UE soit adapté à l’avenir », peut-on lire dans la déclaration.
La France et l’Allemagne ont également déclaré qu’elles continueront à travailler à la mise en place de « nouvelles ressources propres » pour ce budget, c’est-à-dire des recettes collectées directement au niveau de l’UE par des voies communes, plutôt que par des contributions des États membres.
L’industrie chimique européenne, qui comprend des entreprises telles que le géant allemand BASF, a également fait l’objet d’une mention spéciale en raison de son « importance cruciale pour presque tous les secteurs industriels en Europe ». Les deux pays ont invité Bruxelles à faire preuve de prudence dans la règlementation de ce secteur.
Sans mentionner le règlement européen relatif à l’Enregistrement, l’Évaluation, l’Autorisation et la Restriction des substances chimiques (REACH), retardé à la fin de l’année dernière en raison de la réticence de l’industrie, Paris et Berlin ont souligné la nécessité d’une « approche fondée sur le risque » plutôt que « d’utiliser des interdictions de produits à grande échelle ».
Emmanuel Macron et Olaf Scholz ont également approuvé un plan de 2023 visant à réduire les formalités administratives en créant une catégorie spéciale de sociétés pour les entreprises possédant 250 à 500 employés, entre autres.
Les appels de longue date à favoriser une Union des marchés des capitaux (UMC), à approfondir l’union bancaire et à renforcer le marché unique ont également occupé une place importante dans les discussions entre les deux dirigeants.
Grandiloquents sur la décarbonation, discrets sur sa mise en œuvre
En matière d’énergie, les deux chefs d’État ont souligné leurs similitudes afin d’effacer leur plus grande divergence : l’opposition entre le nucléaire et les énergies renouvelables. Ils se sont concentrés sur les points sur lesquels ils s’accordent, et notamment la nécessité d’un « système énergétique décarboné ».
Les objectifs climatiques pour 2030 et 2050 étant déjà inscrits dans la loi, les deux chefs d’État ont affirmé leur volonté de « travailler ensemble pour trouver un terrain d’entente sur le futur cadre européen en matière de climat et d’énergie pour 2040 ».
Les deux pays plaident fortement en faveur d’un objectif de 90 % de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour 2040, mais soulignent que la décarbonation ne doit pas conduire les entreprises à quitter l’Europe.
Cela signifie qu’il faut augmenter la taxe carbone aux frontières de l’UE — le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) — et poursuivre le dialogue avec les pays membres du « club climat », dirigé par l’Allemagne, que la chancellerie a insisté pour inclure dans la déclaration.
« L’OTAN seule ne nous sauvera pas »
Alors qu’il recevait le Prix de la Paix de Westphalie à Münster plus tôt dans la journée, Emmanuel Macron a déclaré que « l’OTAN seule ne nous sauvera pas ».
Ses propos ont trouvé leur place dans la déclaration commune, qui met l’accent sur « l’intensification de l’investissement dans la sécurité et la défense » tout en renforçant « la préparation et la résilience de la défense ».
Le président français a fait l’éloge du projet de char franco-allemand, qui a progressé en avril, ainsi que de l’avion européen du futur.
« La coopération franco-allemande joue un rôle clé à cet égard », a-t-il noté.
Visite d’État à Berlin : Emmanuel Macron et le président allemand exhortent les citoyens à voter pour l’Europe en juin
Le président allemand Frank-Walter Steinmeier et son homologue français Emmanuel Macron ont exhorté les électeurs…
3 minutes
[Édité par Anne-Sophie Gayet]