Olaf Scholz en visite au Canada pour créer un « réseau fiable » après les tensions sur le Nord Stream 1

Olaf Scholz a entamé, dimanche (21 août), une visite de trois jours au Canada dont le but est d’intensifier la coopération entre les deux pays après un affrontement en juillet dernier sur la maintenance d’une turbine du gazoduc Nord Stream 1.

EURACTIV.com
G7 summit at Elmau Castle 2022
Le chancelier allemand Olaf Scholz (à gauche) et le Premier ministre canadien Justin Trudeau (à droite) au château d'Elmau à Kruen, en Allemagne, le 27 juin 2022. [EPA-EFE/CHRISTIAN BRUNA / POOL]

Le chancelier allemand Olaf Scholz a entamé, dimanche (21 août), une visite de trois jours au Canada dont le but est d’intensifier la coopération entre les deux pays après un affrontement en juillet dernier sur la maintenance d’une turbine du gazoduc Nord Stream 1.

La relation entre le Canada et l’Allemagne, deux membres du G7 et de l’OTAN, a connu des hauts et des bas. Par le passé, Berlin s’est tacitement opposé à certaines parties de l’accord économique et commercial global (CETA) entre l’Union européenne et le Canada.

Plus récemment, le gouvernement allemand a exercé des pressions sur Ottawa pour faciliter la livraison d’une turbine que Gazprom jugeait cruciale pour le fonctionnement du gazoduc Nord Stream 1 qui achemine le gaz russe directement en Allemagne via la mer Baltique.

En juillet, la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, a mis en garde Ottawa contre des « révoltes populaires » si le Canada ne rendait pas la turbine de Gazprom, fabriquée par Siemens, qui avait été envoyée au Canada pour maintenance. Le gouvernement du Premier ministre Justin Trudeau a fini par céder, ce qui, selon un haut fonctionnaire allemand, n’était « pas une décision facile sur le plan de la politique intérieure ».

Avec la ratification du CETA prévue pour l’automne, M. Scholz est optimiste quant à l’ouverture d’un nouveau chapitre dans les relations entre l’Allemagne et le Canada : une coopération plus approfondie en matière de commerce, d’énergie et de ressources.

« Nous voulons un réseau fiable de coopération industrielle qui exploite les avantages dont disposent le Canada et l’Allemagne », avait confié le chancelier au journal canadien Globe and Mail le 1er août.

Visite commerciale

M. Scholz est accompagné de son second, le ministre de l’Économie Robert Habeck, ainsi que du gratin de l’industrie allemande pour prouver l’engagement du pays. Ainsi, des PDG et des membres du conseil d’administration de sociétés telles que Bayer, Siemens, VW, Mercedes-Benz, TÜV Nord et Uniper se trouvaient à bord de l’avion.

Les entreprises allemandes, durement touchées par la pandémie de Covid-19 et la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, espèrent un coup de pouce qui serait le bienvenu pour leurs activités grâce à la ratification du CETA.

« Cela donnerait un signal efficace en faveur de l’ouverture des marchés et du commerce basé sur des règles en des temps globalement difficiles pour la politique commerciale », a déclaré Peter Adrian, président de la chambre allemande de l’industrie et du commerce (DIHK), rapporte dpa.

À la fin 2020, l’Allemagne était le septième plus grand investisseur étranger au Canada, avec environ 32 milliards de dollars investis.

« Le Canada n’est pas seulement un partenaire commercial, c’est un ami proche avec lequel nous partageons beaucoup de choses, comme des valeurs communes, les droits de l’homme et l’humanité », a déclaré M. Habeck avant son départ.

Il s’agit seulement du deuxième voyage que M. Scholz et M. Habeck effectuent ensemble, le premier ayant eu lieu lors de la réunion des États de la mer du Nord, qui a abouti à un accord politique visant à développer massivement l’énergie éolienne en mer.

Partenariat énergétique

Les énergies renouvelables et l’énergie en général constituent un autre point important de l’ordre du jour, après le commerce et le renforcement de la coopération entre Berlin et Ottawa.

« Le Canada serait pour nous un partenaire énergétique bienvenu », a noté M. Scholz le 1er août. « Cela va au-delà du GNL, qui est important maintenant », a-t-il poursuivi.

Pour l’Allemagne, soucieuse de réduire sa dépendance vis-à-vis de la Russie, l’importation de gaz naturel liquéfié (GNL) est une priorité essentielle. Pourtant, bien que le Canada soit le quatrième producteur de gaz au monde, sa capacité à transformer ce gaz en GNL est limitée.

Les entreprises canadiennes construisent actuellement des installations pour renforcer la faible capacité d’exportation de GNL du pays, ce qui inquiète les écologistes qui craignent un enfermement dans les énergies fossiles.

Selon un haut fonctionnaire, Berlin s’attend à recevoir peu de gaz d’Ottawa au cours des deux prochaines années. Néanmoins, l’Allemagne souhaitant continuer à importer du gaz jusque dans les années 2030, un potentiel partenaire pour le renouvelable ne serait pas de trop.

Au-delà des combustibles fossiles, l’Allemagne espère également exporter son « Energiewende », c’est-à-dire sa transition énergétique.

La collaboration avec le Canada « s’étend à l’hydrogène et aux minéraux essentiels qui sont nécessaires à la production de batteries ou d’éoliennes », avait affirmé M. Scholz le 1er août.

Futur accord sur l’hydrogène

M. Scholz et M. Habeck prévoient également de signer un « accord sur l’hydrogène » lors de leur visite d’une petite ville de Terre-Neuve, Stephenville.

Un haut fonctionnaire du gouvernement a déclaré que le gigantesque potentiel éolien et la proximité relative de l’Europe des provinces atlantiques en feraient des lieux idéaux pour la production d’hydrogène.

L’objectif de l’accord serait de travailler à la mise en place d’un marché de l’hydrogène, de partager les technologies de production et d’établir des chaînes d’approvisionnement en hydrogène entre le Canada et l’Allemagne.

Extraction de minéraux

La secrétaire d’État allemande Franziska Brantner, adjointe de M. Habeck qui dirige la délégation d’entreprises, devrait également présider une série d’échanges sur la résilience des chaînes d’approvisionnement et des matières premières.

« Pendant trop longtemps, nous avons simplement fonctionné en achetant là où c’est le moins cher, et il s’agit souvent des matières premières qui viennent de Chine », a déclaré Mme Brantner à EURACTIV en juin.

La transition risque de coûter cher à l’Allemagne, mais les experts sont convaincus que cette dernière se fera.

« Les minéraux miniers seront beaucoup plus chers au Canada qu’en Russie ou en Chine, mais l’industrie allemande est prête à payer plus en échange d’une coopération avec un pays qui partage les mêmes idées », a déclaré Volker Treier, directeur général du commerce extérieur à la DIHK.