Objectifs renouvelables : Paris dénonce « l’Europe dont nous ne voulons plus »

Bruno Le Maire a fustigé lundi (4 mars) « l’Europe dont nous ne voulons plus, qui fixe des objectifs trop contraignants et qui ne sont pas des objectifs climatiques satisfaisants », au regard des objectifs d'énergies renouvelables européens adoptés en mars 2023.

Euractiv France
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Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, des Finances, de la Souveraineté industrielle et numérique et de l'Énergie, le 23 février 2024, à Gent, en Belgique. [Union européenne 2024]

Bruno Le Maire a fustigé lundi (4 mars) « l’Europe dont nous ne voulons plus, qui fixe des objectifs trop contraignants et qui ne sont pas des objectifs climatiques satisfaisants », au regard des objectifs d’énergies renouvelables européens adoptés en mars 2023.

Malgré les demandes réitérées de la Commission européenne, la France ne lâche pas le morceau. Bruno Le Maire a de nouveau réfuté lundi la méthode de calcul utilisée au niveau européen pour définir les objectifs de déploiement des renouvelables.

« Les objectifs désormais ne doivent plus être d’avoir tant de mâts d’éoliennes ici, tant de panneaux photovoltaïques ici », a-t-il déclaré, fustigeant « l’Europe dont nous ne voulons plus ».

La méthode de calcul décriée est traduite dans la directive sur les énergies renouvelables dont la 3e version (RED III) a été adoptée en mars dernier.

Le texte dispose que l’UE doit atteindre solidairement 42,5 % de renouvelables dans sa consommation finale d’énergie brute en 2030 — et tendre vers 45 %. Dans ce cadre, la France doit atteindre plus de 44 % de renouvelables dans sa consommation finale d’énergie brute, suivant une répartition des efforts en fonction des capacités de chaque État membre.

Sauf que le gouvernement français refuse d’inscrire cet objectif où que ce soit.

Ni dans son plan énergie-climat transmis à la Commission européenne en novembre dernier, dans lequel le gouvernement préfère exposer un objectif de 56 % d’« énergie décarbonée », ni dans sa programmation énergie-climat, reprenant les objectifs climatiques de façon pluri-annuelle, depuis lors mise de côté.

Et bien que l’exécutif européen ait prévenu que la France devait revoir sa copie, rien n’y fait. La commissaire européenne à l’Énergie, Kadri Simson, a pourtant déclaré que l’exécutif européen était prêt à « proposer des mesures au niveau de l’UE pour y remédier », sans précisions supplémentaires.

Pénalités pour 2020

Pour Bruno Le Maire, il vaudrait mieux que l’UE « fixe des objectifs climatiques clairs en disant : “nous visons la neutralité carbone et après chacun se débrouille pour avoir le mix énergétique qu’il choisit souverainement” ».

Dans cette position, hors de question que la France paye des pénalités pour n’avoir pas atteint les objectifs de déploiement de renouvelables qui lui étaient fixés pour 2020, a répondu M. Le Maire à un journaliste lundi.

La question est sur la table depuis que la France a refusé d’acheter ce que l’on appelle des « mégawatts statistiques » auprès des autres États membres qui ont atteint leurs objectifs.

« La France ne va pas s’acquitter de pénalités », alors que ses émissions « sont parmi les plus basses de tous les pays européens », a prévenu M. Le Maire.

« Nous allons trouver une solution avec la Commission européenne », a-t-il finalement tempéré.

La solution pourrait notamment être de remplacer les objectifs renouvelables par des objectifs bas carbone dans le cadre des objectifs climatiques européens pour 2040.

« Nous encourageons la Commission à développer les politiques énergétiques pour 2040 sur la base de scénarios actualisés en tenant compte des dernières annonces de déploiement de capacités nucléaires dans les plans nationaux de développement de l’énergie nucléaire actualisés », ont réitéré en ce sens les membres de l’alliance du nucléaire lundi, après avoir déjà transmis une telle demande en décembre dernier.

Des ordres de grandeur

En attendant, « si la France ne respectait pas ses obligations européennes sur des objectifs qu’elle a soutenus, ce serait un signal très dangereux d’une porte ouverte pour les États membres à ne pas respecter les engagements européens dans d’autres domaines », s’est alertée la directrice des programmes au réseau d’associations environnementales Réseau action climat, Anne Bringault suite aux propos tenus par Bruno Le Maire.

La majorité présidentielle au Parlement français, elle, dénonce la « politique des pourcentages » à laquelle elle préfère celle, plus floue encore, des « ordres de grandeur », déclarait au journaliste début février le député Renaissance Antoine Armand, auteur du livre « Le mur énergétique français ».

Sans tergiverser, le syndicat des énergies renouvelables (SER), qui défend les intérêts de la filière, préfère, pour le moment, « s’en tenir au seul texte qui est validé aujourd’hui, c’est-à-dire RED III [minimium 42,5 %] et ce qu’elle implique pour la France [plus de 44 %] », précisait son président, Jules Nyssen, fin janvier en réponse à une question d’Euractiv France.

Pour lui, la position française à Bruxelles est d’autant plus incompréhensible que la stratégie française énergie et climat mise en consultation fin septembre prévoit, « si nous faisons les calculs des objectifs de consommation et de production par filière, d’arriver sur 45 % d’énergies renouvelables dans la consommation finale d’énergie en 2030 ».

« Ce n’est donc pas infaisable », a-t-il conclu. Une source proche du dossier du temps où Agnès Pannier-Runacher était ministre de l’Énergie (jusqu’en janvier dernier), a confié à Euractiv France être moins confiante.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]