Obama souligne le rôle de la Turquie dans le développement de la civilisation [FR]
Le président américain Barack Obama a débuté aujourd’hui (6 avril) une visite inédite à Ankara et Istanbul, dans le but de renforcer le rôle de cet important allié musulman sur la scène mondiale. EURACTIV Turquie a contribué à ce reportage.
Le président américain Barack Obama a débuté aujourd’hui (6 avril) une visite inédite à Ankara et Istanbul, dans le but de renforcer le rôle de cet important allié musulman sur la scène mondiale. EURACTIV Turquie a contribué à ce reportage.
La controverse sur la Turquie a éclipsé les autres sujets, lors des haltes européennes successives du président américain Barack Obama ces derniers jours.
Au sommet de l’OTAN à Strasbourg les 3 et 4 avril, les discussions ont tourné autour des réticences d’Ankara à désigner Fogh Rasmussen, le Premier ministre danois, au poste de prochain secrétaire général de l’Alliance.
M. Rasmussen a finalement décroché le poste après que le président turc, Abdullah Gül, renonce à s’opposer, à la suite d’une intense médiation téléphonique du Premier ministre italien Silvio Berlusconi et de M. Obama lui-même. La Turquie s’opposait à la nomination de M. Rasmussen en raison de la crise des caricatures de 2006 (EURACTIV 15/02/06) ainsi que de l’accueil par le Danemark d’une chaine satellite kurde, Roj TV.
Des garanties de négociation
M. Erdogan a déclaré à la télévision turque que la Turquie avait reçu des garanties de M. Obama : l’un des adjoints de M. Rasmussen serait Turc et des gradés turcs feraient partie du commandement de l’Alliance, a rapporté Reuters. En outre, selon Bloomberg, M. Rasmussen aurait promis que son pays ferait fermer Roj TV, dans l’éventualité où une enquête révèlerait des liens avec des terrorristes.
Lors de sa halte à Prague, pour un sommet UE-Etats-Unis, les 4 et 5 avril, M. Obama a soutenu l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, incitant le président français Nicolas Sarkozy à réitérer en des termes forts l’opposition de son gouvernement à l’adhésion du pays à l’UE.
La France opposée à l’entrée de la Turquie dans l’UE
Lors d’un entretien donné à Prague pour la chaîne de télévision française TF1, M. Sarkozy a répété que sa ferme position contre l’adhésion de la Turquie était restée inchangée.
J’ai toujours été contre l’adhésion de la Turquie et je continuerai à m’y opposer, a-t-il indiqué. Je pense pouvoir dire qu’une large majorité des pays membres ont la même position que la France, a-t-il poursuivi.
Le ministre tchèque des Affaires étrangères, Karel Schwarzenberg, a affirmé aux journalistes que l’entrée de la Turquie dans l’UE ne faisait pas officiellement l’objet de discussions au somment UE-Etats-Unis de Prague.
Il est bien connu que quelques pays – non seulement la France, mais également l’Allemagne – sont plutôt sceptiques quant à l’adhésion de la Turquie. Les Autrichiens ne s’en réjouissent pas non plus, d’après M. Schwarzenberg.
Contribution régionale et mondiale
D’après la presse turque, la visite officielle de M. Obama en Turquie, qui a lieu peu après la prise de fonction du nouveau président américain, est un signe de l’importance de la relation bilatérale entre les deux pays.
A Ankara, M. Obama aura des discussions avec le président Gül, le Premier ministre Erdogan, le porte-parole du Parlement Köksal Toptan et des leaders des partis d’opposition représentés au Parlement. Il prendra également la parole lors d’une session plénière du Parlement, aujourd’hui (6 avril), reflétant ainsi le soutien de l’administration américaine pour la démocratie parlementaire turque.
Le rôle de l’OTAN en Afghanistan, où la Turquie a actuellement plus de 800 hommes, sera probablement tout en haut de l’ordre du jour des discussions entre M. Obama et les responsables turcs. L’approche nouvelle de la question afghane par M. Obama, qui met l’accent sur les besoins en aide civile, est un point fréquemment souligné dans la capitale turque, peut-on lire dans le quotidien Zaman.
Le président américain partira ensuite pour Istanbul, qui accueille le second forum de l’Alliance des civilisations (UNAOC). Le forum, qui a démarré aujourd’hui (6 avril), et se clôture demain, verra sans doute la participation de M. Obama à une réception donnée ce soir en l’honneur des leaders mondiaux présents au forum.
Comme le rappelle le Zaman, pendant la Conférence sur la Politique de Sécurité à Munich (Allemagne) en février, le vice-président américain Joe Biden a réitéré les vœux de M. Obama de se tenir à l’écart de la théorie d’un « choc des civilisations », soulignant son désir de rompre avec quelques-uns des aspects les plus conflictuels de la politique étrangère de l’ex-président George W. Bush.
Washington considère également la Turquie comme un acteur clé du conflit moyen-oriental. M. Erdogan a récemment gagné un statut de héros dans le monde arabe avec sa sortie, en signe de protestation contre le président israélien, Shimon Peres, lors d’un débat plus tôt dans l’année à Davos (EURACTIV 30/01/09).
Une médiation avec Téhéran ?
La presse turque spécule également quant au fait que M. Obama pourrait rencontrer l’ancien président iranien Mohammad Khatami à Istanbul. Les spéculations se multiplient depuis que la Turquie a annoncé qu’elle serait prête à modérer d’éventuelles discussions entre Téhéran et Washington.
La Turquie est le lieu idéal d’un rapprochement entre Washington et Téhéran, si une telle rencontre devait avoir lieu, a écrit le Middle East Times.
Les relations entre Washington et Ankara sont passées par des moments difficiles depuis 2003, lorsque le Parlement turc a voté contre le fait de laisser le président George W. Bush utiliser le sol turc afin d’ouvrir un front d’invasion en Irak.
Dans une stratégie de limitation des dommages, toute tension relative à des questions délicates, telles que le refus de la Turquie de reconnaître le génocide arménien de l’ère ottomane, devrait être évitée lors de la visite de M. Obama. Contrairement à ses prédécesseurs, MM. Bush et Clinton, M. Obama ne rendra pas visite au patriarche œcuménique Bartholomée Ier de Constantinople, leader spirituel des chrétiens orthodoxes du monde entier. La Turquie nourrit une méfiance historique envers le patriarcat.