Nucléaire : pour la NUPES, le gouvernement nage à contre-courant
Les députés ont attaqué lundi (13 mars) les débats sur le projet de loi d’accélération du nucléaire. Mais pour la gauche, le redéveloppement du nucléaire est à contre-courant de la nécessité d’indépendance énergétique de l’UE et de ses objectifs climatiques.
Les députés ont débuté lundi (13 mars) les débats sur le projet de loi d’accélération du nucléaire. Mais pour la gauche, le redéveloppement du nucléaire est à contre-courant de la nécessité d’indépendance énergétique de l’UE et de ses objectifs climatiques.
Le texte, adopté en première lecture au Sénat le 24 janvier dernier avec le soutien de la droite et du centre, porte sur le redéveloppement de la filière nucléaire française avec 14 nouveaux réacteurs attendus dans les prochaines années et un premier béton coulé en 2027.
Ce texte fait suite au projet de loi d’accélération des énergies renouvelables promulgué vendredi (10 mars), lui aussi vivement critiqué par la gauche pour son manque d’ambition.
Le texte, débattu par les députés depuis lundi, porte sur la relance de la filière nucléaire, le prolongement des réacteurs actuels au-delà de 60 ans, ainsi que sur la fusion des autorités indépendantes en charge des procédures liées aux installations nucléaires, à savoir l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).
La ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, a beau assurer aux élus que cette fusion « ne touche pas une seule virgule de nos procédures de sureté nucléaire », l’opposition parlementaire tout entière et certains membres de la majorité présidentielle s’en inquiètent.
D’autant que la première fuite sur le document de la Commission européenne relatif au développement d’une industrie « zéro émission » (Net Zero Industry Act) demandait aux États membres de désigner un « unique point de contact », une seule autorité « chargée de faciliter et de coordonner […] les projets de fabrication à technologie nette zéro », dont le nucléaire fait partie.
Depuis, le doute plane sur l’intégration du nucléaire dans les technologies stratégiques nette zéro. La réponse sera donnée jeudi (16 mars) lors de la publication de la proposition de la Commission.
Pour le gouvernement français, le nucléaire doit absolument être intégré à ce texte, tout comme sa relance doit acter le renouveau d’une filière qu’il considère vertueuse pour le climat et l’indépendance énergétique européenne.
À la tribune, Agnès Pannier-Runacher s’est dite déterminée à défendre cette position auprès de ses homologues européens.
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Dépendance à la Russie
À l’inverse, selon des représentants de l’alliance des gauches à l’Assemblée nationale (NUPES), ce texte serait un contresens pour l’indépendance énergétique de la France et de l’UE.
S’appuyant sur un rapport de Greenpeace publié le 11 mars dernier, les députés des groupes La France insoumise (LFI — NUPES) et écologistes (EELV — NUPES) ont déclaré que le nucléaire maintiendrait la France et l’UE dans un état de dépendance à l’égard de la Russie, lors d’une conférence de presse en amont du débat à l’Assemblée nationale.
D’abord, parce que la Russie est le seul pays capable de réenrichir l’uranium consommé en Europe et qu’en 2022, en pleine guerre en Ukraine, « les importations d’uranium enrichi venant de Russie ont triplé pour représenter un tiers des besoins en uranium enrichi » de la France sur l’année, selon Greenpeace.
Ensuite, parce que les voies de transits de l’uranium naturel depuis le Kazakhstan et l’Ouzbékistan, premiers fournisseurs de la France, passent par la Russie et sont contrôlées, à ce titre, par le nucléariste russe Rosatom, affirme Greenpeace.
En conséquence, la relance du nucléaire souhaitée par le gouvernement français arrive « à un moment où le nucléaire est au plus mal » et donc le moins à même de régler les problèmes d’indépendance et de sécurité énergétique de l’UE, avance Aurélie Trouvé, députée LFI, lors de la conférence de presse.
Les socialistes (Parti socialiste — PS — NUPES), pourtant enclins au maintien du nucléaire existant avant la survenance d’un mix 100 % renouvelable, partagent le constat de leurs collègues écologistes et insoumis. À la tribune, la députée socialiste Marie-Noëlle Battistel a interrogé le gouvernement sur sa « stratégie de gestion du combustible et des déchets sans dépendance vis-à-vis d’États comme la Russie ».
En motivant cette percée du nucléaire au niveau européen, « la France joue le jeu de la Hongrie » dénonce Greenpeace, sous-entendant que le pays dirigé par Viktor Orbán fait la courte échelle à Vladimir Poutine en Europe.
Ainsi, ce projet de loi « décidé à la hussarde », selon l’expression d’Aurélie Trouvé, n’est pas de nature à accélérer la transition écologique française. Pire, « le nucléaire n’est pas efficace pour le climat », dans la mesure où il « ne remplacera pas un gramme de CO2 d’ici à 2030 » ajoute la députée écologiste et référente pour son groupe sur le texte, Julie Laernoes. Dans les faits, aucun nouveau réacteur ne sera en mesure de produire de l’électricité à cette date.
À Maxime Laisney, député LFI, d’en conclure que le gouvernement entretiendrait une « climato-schizophrénie ».