Nucléaire : Belgique, Italie et Roumanie s’unissent pour accélérer la recherche sur les petits réacteurs modulaires

Cinq acteurs belges, roumains, italiens et américains de l’industrie et de la recherche ont signé mercredi un protocole d’accord visant à accélérer le développement des petits réacteurs modulaires (SMR) en Europe.

Euractiv.com
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L’accord a été signé en présence du Premier ministre belge Alexander De Croo et du président roumain Klaus Iohannis, ainsi que de représentants des ambassades italienne et américaine en Belgique. [lev radin / Shutterstock]

Cinq acteurs belges, roumains, italiens et américains de l’industrie et de la recherche ont signé mercredi (8 novembre) un protocole d’accord visant à accélérer le développement des petits réacteurs modulaires (SMR) en Europe.

Les centres de recherche nucléaire roumain et belge RATEN et SCK CEN, l’entreprise industrielle nucléaire italienne Ansaldo Nucleare et l’agence de R&D énergétique ENEA, ainsi que le géant industriel américain Westinghouse Electric Company, ont convenu de créer un consortium pour le développement de SMR avec des réacteurs rapides refroidis au plomb (Lead Fast Reactor, LFR) en vue de leur commercialisation en Europe.

L’accord a été signé en présence du Premier ministre belge Alexander De Croo et du président roumain Klaus Iohannis, ainsi que de représentants des ambassades italienne et américaine en Belgique.

La collaboration « commencera par la démonstration de la technologie des réacteurs rapides au plomb, qui mettra en exergue tout son potentiel », a déclaré SCK dans un communiqué.

Le consortium prévoit l’achèvement du premier modèle de SMR avec réacteur rapide refroidi au plomb sur d’ici 2035-2040 sur le sol belge. Il supervisera dans un même temps la construction du prototype industriel de réacteur ALFRED à Pitești, en Roumanie, qui se concentre sur « la faisabilité technique et économique des futurs SMR commerciaux », et continuera les travaux de ces dix dernières années du consortium FALCON, composé de Ansaldo Nucleare, de l’ENEA et de RATEN.

« La Belgique entame une coopération avec les USA, la Roumanie et l’Italie pour commercialiser des petits réacteurs nucléaires refroidis au plomb. L’enjeu ? Une énergie propre et abordable. Une fois encore, nous sommes au 1er rang dans la lutte contre le réchauffement climatique », a déclaré M. De Croo sur X.

Bien que la question du nucléaire reste controversée au sein du gouvernement, les SMR devraient jouer un rôle important dans le futur bouquet énergétique de la Belgique.

L’année dernière, le gouvernement belge a demandé au SCK CEN de se pencher sur les SMR innovants et a décidé d’octroyer 100 millions d’euros pour financer ses recherches.

« Cette recherche s’est avérée fructueuse grâce aux programmes de développement de technologies nucléaires à base de plomb menés par plusieurs entités importantes ces dernières années. Cinq de ces entités se sont jointes à l’ambitieux projet », peut-on lire dans le communiqué.

Selon le SCK, les SMR refroidis au plomb « se caractérisent par une excellente sûreté […]. En outre, dans un cycle de combustible fermé, ces réacteurs permettent d’utiliser du combustible nucléaire plus efficacement et de produire moins de déchets radioactifs de longue durée de vie ».

Les partenaires du consortium s’efforceront de mettre en œuvre « une solution de production d’énergie à des prix compétitifs » et « amèneront cette technologie prometteuse à maturité, contribuant ainsi au déploiement d’une énergie nucléaire durable à l’échelle commerciale », a ajouté l’organisme de recherche.

Loi sur la sortie du nucléaire

Conformément à sa loi de 2003 sur la sortie du nucléaire, la Belgique a fermé deux réacteurs nucléaires : Doel 3 et Tihange 2. Deux autres réacteurs qui devaient être fermés en 2025 — Doel 4 et Tihange 3 — ont été prolongés.

Ensemble, les deux seules centrales du pays représentaient 50 % de la consommation annuelle d’électricité des Belges, soit 42 milliards de kWh par an.

En octobre 2022, une étude menée par l’organisme de recherche EnergyVille confirmait que la combinaison de nouveaux petits réacteurs nucléaires et d’une augmentation de l’énergie éolienne offshore constitue l’option la moins coûteuse pour rendre la Belgique climatiquement neutre d’ici 2050 au coût sociétal le plus bas, en garantissant la sécurité d’approvisionnement et en respectant la neutralité technologique, le tout sans réduire la production industrielle du pays.

Cependant, comme certains observateurs, dont SCK, l’ont souligné, la loi de sortie du nucléaire est en contradiction cet objectif et avec le financement par le gouvernement de la recherche sur les SMR.

Selon le Forum nucléaire, qui représente des organisations actives dans divers domaines de la technologie nucléaire, en août 2023, l’énergie nucléaire représentait encore 46 % du bouquet électrique belge, contre 32 % pour les énergies renouvelables (avec 13,5 % pour l’énergie éolienne). Ensemble, le nucléaire et les renouvelables ont assuré 78 % d’électricité belge décarbonnée durant ce mois.

Outre la volonté de développer l’énergie nucléaire du futur, la Belgique mise également sur l’éolien en mer, souhaitant transformer la mer du Nord en « la plus grande centrale d’énergie verte d’Europe ».

Lors du Sommet de la mer du Nord qui s’est tenu à Ostende en avril, la Belgique et huit autres pays se sont engagés à produire ensemble au moins 300 GW d’énergie éolienne offshore d’ici 2050 en mer du Nord. Par ailleurs, le pays a récemment donné son feu vert à la construction de la première île énergétique en mer du Nord au large de ses côtés.

Le nucléaire, un sujet qui gagne du terrain

Selon un sondage réalisé par le Forum nucléaire et révélé par RTL, 69 % des personnes interrogées pensent que la meilleure combinaison pour la production d’électricité en Belgique est un bouquet composé d’énergie nucléaire et d’énergie renouvelable et 85 % pensent que l’énergie nucléaire devrait faire partie du bouquet énergétique belge après 2025.

87 % pensent également que la Belgique devrait investir dans le développement et la construction de SMR.

Ainsi, la loi de sortie du nucléaire — votée sous la pression des écologistes à l’époque — ne semble plus refléter la volonté des Belges, dont l’opinion sur le nucléaire a évolué, notamment au vu des récentes crises qui ont provoqué une hausse des prix et menacé la sécurité d’approvisionnement énergétique.

Le débat autour du nucléaire pourrait donc devenir un sujet important, puisque la question pourrait devenir un enjeu électoral à l’approche des élections fédérales de juin 2024.