Nucléaire : à Prague, Emmanuel Macron défend EDF face à la concurrence non-européenne

Emmanuel Macron a défendu, mardi (5 mars), depuis Prague, la candidature d'EDF pour la construction de nouveaux réacteurs nucléaires en République tchèque. Orano en a profité pour parachever le transfert des réacteurs du combustible enrichi russe vers du combustible occidental.

Euractiv France
French President Emmanuel Macron visits Prague
Le Premier ministre tchèque Petr Fiala (à droite) serre la main du président français Emmanuel Macron (à gauche) après la signature d'un plan d'action stratégique à Prague, en République tchèque, le 5 mars 2024. Macron est en visite officielle à Prague. [EPA-EFE/MICHAL TUREK]

Emmanuel Macron a défendu, mardi (5 mars), depuis Prague, la candidature d’EDF pour la construction de nouveaux réacteurs nucléaires en République tchèque. Le français Orano en a également profité pour parachever le transfert des réacteurs du combustible enrichi russe vers du combustible occidental.

La République tchèque ambitionne de construire quatre nouveaux réacteurs nucléaires, en plus des six dont dispose déjà le pays. Pour le premier des quatre, deux constructeurs sont encore en compétition : le français et premier énergéticien d’Europe, EDF, et le sud-coréen KHNP, filiale de KEPCO.

Les deux entreprises attendent la décision des autorités tchèques qui devrait, selon nos informations, intervenir en juin prochain. La construction devrait débuter en 2029 et les premiers tests, au mieux, en 2036.

Afin de motiver la décision des autorités tchèques, Emmanuel Macron a fait du lobbying mardi depuis Prague et le forum franco-tchèque de l’énergie. Étaient aussi présents le ministre délégué chargé de l’Énergie, Roland Lescure, et des chefs d’entreprise du secteur nucléaire, dont Luc Rémont, patron d’EDF.

Momentum européen

« Il faut fortifier les acteurs européens », a déclaré Emmanuel Macron, profitant du momentum européen sur le développement de filières intégrées au sein des États membres de l’UE.

En témoigne l’accord politique trouvé en début février pour un règlement sur l’industrie « zéro émissions nettes » (Net Zero Industry Act, NZIA, en anglais) visant à intégrer, au niveau européen, les industries nécessaires à la transition énergétique et qui reconnaît, à cet effet, celles liées aux technologies nucléaires.

« Si nous sommes pour une chaîne de valeur européenne, ce peut être le premier pas pour d’autres industries », a insisté le président.

Concrètement, « EDF est la seule entreprise qui développe, construit et exploite des réacteurs de 3e génération [EPR2] en Europe », a abondé le patron d’EDF en réponse à une question d’Euractiv France.

L’entreprise construit actuellement trois EPR2 : deux en Angleterre (dans le sud-ouest du pays) et un en France (à Flamanville, en Normandie). Cependant, les trois accusent d’importants retards.

« Nous apprenons des challenges que nous avons eus et on en tire les conséquences », a souligné M. Rémont. Selon lui, cela justifierait même qu’EDF s’occupe de la construction du réacteur en question, mais aussi des trois autres sur lesquels les autorités tchèques planchent actuellement.

« L’effet de série est important dans notre industrie. Notre conseil est donc plutôt d’aller vers quatre réacteurs. Cela permet de gagner en productivité », a-t-il déclaré.

Orano, la recherche et la main-d’œuvre

En janvier déjà, l’ancienne ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, était venue à Prague avec des capitaines d’industrie du nucléaire pour engager la position française sur les réacteurs tchèques.

Celle qui est dorénavant ministre déléguée auprès du ministre de l’Agriculture en avait profité pour signer des partenariats de coopération en matière de recherche. Mardi, Emmanuel Macron a approfondi cette coopération en signant avec le Premier ministre tchèque, Petr Fiala, une déclaration conjointe en matière de reconnaissance mutuelle académique et de formation de main-d’œuvre.

M. Macron vise, notamment, à « en faire plus » en matière de petits réacteurs nucléaires modulaires (small modular reactors, SMR, en anglais) auquel la Commission européenne a explicitement marqué son soutien récemment.

Une alliance industrielle européenne vient d’être lancée et l’alliance du nucléaire — réunion d’États membres pro-nucléaires, dont la France et la République tchèque — a annoncé lundi (4 mars) la constitution à venir d’un « groupe de travail » pour le financement du nucléaire à l’échelle de l’UE.

L’évènement fut également l’occasion pour la multinationale française du cycle du combustible nucléaire, Orano, de signer un accord de livraison d’uranium enrichi avec l’exploitant de centrales nucléaires tchèque ČEZ pour les réacteurs de la centrale de Dukovany. Avec ce deuxième accord en quelques mois, la République tchèque s’affranchit ainsi du combustible enrichi russe.


Théo Bourgery-Gonse a contribué à la rédaction de cet article.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]