Nouvelle mascarade électorale en Biélorussie

Le président Alexandre Loukachenko n’a rien laissé à l’opposition démocratique qui n’obtient aucun siège à l’issue des élections législatives du 23 septembre. Les observateurs sur place dénoncent les irrégularités.

EURACTIV.fr

Le président Alexandre Loukachenko n’a rien laissé à l’opposition démocratique qui n’obtient aucun siège à l’issue des élections législatives du 23 septembre. Les observateurs sur place dénoncent les irrégularités.

Au pouvoir depuis dix-huit ans, Alexandre Loukachenko a accentué son emprise sur le Parlement biélorusse à la faveur des élections législatives. D’après la commission électorale, 109 des 110 sièges en jeu ont été pourvus, tous par des candidats ralliés au pouvoir.

Pour l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), qui avait dépêché 330 observateurs sur place, les législatives du 23 septembre n’ont été ni libres ni équitables.

« Dès le début, ce scrutin n’était pas équitable. Une élection libre suppose que les gens soient libres de s’exprimer, de s’organiser et de se présenter; or, nous n’avons pas vu cela dans cette campagne », juge Matteo Mecacci, coordinateur de la mission, dans un communiqué.

Opposants emprisonnés

Les principaux partis d’opposition avait décidé de boycotter le scrutin. Cet appel lancé par le Parti civil uni et le Front populaire biélorusse a suscité l’ironie du président Loukachenko. « Ce sont des lâches qui n’ont rien à dire aux gens », a-t-il déclaré dimanche après avoir voté à Minsk. Quelques formations, comme Le Monde juste ou le Parti libéral démocrate, avaient décidé de jouer la carte des urnes, sans succès.

Certains représentants politiques susceptibles de jouer un rôle important à l’occasion des législatives sont « restés en prison ou n’ont pas pu faire acte de candidature du fait de leurs antécédents judiciaires », ajoute l’OSCE dans son rapport.

La rhétorique officielle souligne simplement que les candidats des partis d’opposition n’ont pas « bénéficié de la confiance de leur électorat » selon Nikolaï Lazovik, un des responsables de la commission électorale. Les autorités ont fait état d’une forte mobilisation de l’électorat avec un taux de participation s’établissant à 74,3% des inscrits.

La présidente de la commission, Lidia Iermochina, a précisé qu’un second tour serait organisé dans la seule circonscription encore à pourvoir.

Depuis 1994

Selon Amnesty International, qui a dénoncé des atteintes à la liberté d’expression et de rassemblement, la campagne électorale a été marquée par une vague d’arrestations dans les rangs de l’opposition.

Le chef de file du Parti civil uni, Anatoli Lebedko, avait prédit à l’avance un « parlement d’imposture ». Pour l’Occident, la Biélorussie n’a pas connu de scrutin libre et équitable depuis 1995.

Sans répondre directement aux observateurs de l’OSCE, Alexandre Loukachenko, qui dirige l’ancienne république soviétique depuis 1994, a déclaré qu’il se tenait prêt à écouter les arguments des gouvernements de l’Ouest.

« Mais le principal point inacceptable pour nous, ce sont d’inutiles pressions exercées a priori », a-t-il ajouté, selon un communiqué diffusé par ses services.

Dernières dictatures d’Europe

Le président biélorusse et ses proches sont soumis à des sanctions individuelles, interdits de visa tant par les États-Unis que par l’Union européenne, qui ont sanctionné la répression des manifestations de décembre 2010 contre sa réélection.

A Berlin, le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, a jugé que « les violations flagrantes survenues dans ces élections démontrent aux yeux de tous que la Biélorussie est la dernière dictature au coeur de l’Europe ».

« Avec nos partenaires européens, nous allons intensifier nos efforts pour faire pression en faveur de la libération des prisonniers politiques, renforcer la société civile biélorusse et isoler davantage encore le président Loukachenko et son régime », a-t-il ajouté.