Nouvelle approche de l’UE afin de lutter contre la « pire forme de pauvreté »
ÉDITION SPÉCIALE / La Commission européenne demande de mettre davantage en évidence les besoins nutritionnels à long terme des nourrissons et des mères afin de lutter contre la dénutrition, l’une des sources principales de décès dans les pays pauvres. Cet appel survient un an après que la Cour des comptes européenne a critiqué la réponse de l’UE à l’insécurité alimentaire dans les pays en développement.
ÉDITION SPÉCIALE / La Commission européenne demande de mettre davantage en évidence les besoins nutritionnels à long terme des nourrissons et des mères afin de lutter contre la dénutrition, l’une des sources principales de décès dans les pays pauvres. Cet appel survient un an après que la Cour des comptes européenne a critiqué la réponse de l’UE à l’insécurité alimentaire dans les pays en développement.
Si les engagements de la Commission dans la nouvelle communication sur la nutrition maternelle et infantile sont respectés, l'exécutif européen s'éloignerait grandement du traitement de l'alimentation et de la nutrition comme un problème humanitaire et se rapprocherait d'une politique de développement. En d'autres mots, il passerait d'une réponse à une crise à un investissement à long terme.
Cette communication vise à fournir des orientations sur la politique d'aide à l'étranger et survient alors que les efforts mondiaux de réduction de la faim ne parviennent pas à combattre la malnutrition dans les pays les plus pauvres. Selon le Dr George Ameh de l'UNICEF, le Fonds des Nations unies pour l'enfance, ce changement ne pouvait survenir plus tôt.
« La nutrition n'attire pas le même niveau de visibilité qu'une épidémie de choléra ou de rougeole, au cours de laquelle les gens meurent pendant des jours […]. La nutrition est un problème plus latent et progressif. Elle n'est pas vraiment visible », a-t-il déclaré lors d'un entretien par téléphone depuis Bamako, au Mali.
« Des preuves internationales indiquent à présent qu'il faut l'aborder comme une cause sous-jacente de mortalité infantile dans le monde. Je pense qu'il existe des preuves accablantes désormais et que les donateurs et les agences s'apprêtent à répondre à cette situation. »
La mauvaise nutrition constitue l'une des plus grandes menaces pour la santé humaine, selon des données de l'ONU, et provoque entre autres des taux élevés d'obésité dans les pays avancés. Elle est amplifiée dans les pays en développement, où elle cause le décès d'un enfant sur trois et d'une mère sur cinq. Cette déficience nutritionnelle peut durer des mois, voire des années.
Famine et malformation : des millions de victimes
Plus de 850 millions de personnes sont mal nourries, dont la plupart se trouvent en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud. Ces chiffres ne cessent d'augmenter depuis le début du millénaire. La mauvaise nutrition ne provoque pas que des décès.
Quelque 165 millions d'enfants, plus que les populations réunies de l'Allemagne, de la France et des Pays-Bas, souffrent de retards de croissance physique en raison d'une mauvaise nutrition au cours du développement du fœtus et du début de l'enfance. Environ cinq millions d'enfants souffrent d'un retard de croissance en Éthiopie et 2,4 millions au Kenya. Ces deux pays ont été fortement touchés par des sécheresses récentes et des pénuries alimentaires, selon une initiative mondiale soutenue par l'UE, qui vise à améliorer la nutrition.
Dans la région du Sahel en Afrique, qui comprend le Mali, la Mauritanie et le Niger, quelque 10,3 millions manquent de nourriture et 4,5 millions d'enfants de moins de cinq ans sont vulnérables à une malnutrition modérée, voire sévère, selon des données de l'UE et de l'ONU. L'ONU estime que 226 000 millions d'enfants meurent chaque année dans la région en raison de la malnutrition.
La nutrition est « négligée »
Andris Piebalgs, le commissaire européen en charge du développement, a publié la nouvelle communication sur la nutrition le 12 mars et a qualifié la malnutrition de « pire forme de pauvreté ».
Il a reconnu que la « nutrition avait été négligée » dans les politiques de développement, dont les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), qui seront remplacés par un nouveau programme de lutte contre la pauvreté après 2015.
« Le cadre réglementaire actuel des OMD n'a pas été en mesure de résoudre suffisamment ce problème caché. Nous devons redresser la barre et garantir une attention réelle sur la faim et la nutrition dans le prochain cadre réglementaire », a déclaré le commissaire lors d'une conférence sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle à Dublin le 15 avril.
Les efforts de la Commission qui visent à faire de la nutrition un objectif de développement sont salués, mais certains craignent que cela ne dépasse pas la rhétorique. Des budgets d'aide plus serrés pourraient nuire aux prochaines initiatives, selon des défenseurs de l'aide et de la santé. D'autres craignent que les urgences alimentaires mondiales ne détournent les financements et l'attention des besoins à long terme.
L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a exhorté les donateurs et leurs partenaires dans les pays en développement à renverser une baisse dans les investissements agricoles depuis deux générations afin d'aborder les besoins alimentaires et nutritionnels dans les pays pauvres.
« Si les gouvernements et les partenaires de développement investissent dans l’agriculture, c’est parce que l’amélioration de la productivité agricole peut produire trois avantages étroitement liés pour la société : croissance économique et réduction de la pauvreté, sécurité alimentaire et nutritionnelle, et environnement durable », a déclaré la FAO dans un rapport récent.
Ce rapport met en évidence une forte baisse dans les investissements et l'aide des donateurs au profit de l'agriculture, dont la part d'aide a chuté de 18,8 % en 1980 à 5,9 % en 2010, dans les pays en développement et à revenus intermédiaires. En Afrique subsaharienne, l'aide agricole est passée de 19,6 % à 7,4 % au cours de la même période.
La Cour des comptes recommande des changements
La Cour des comptes européenne a recommandé, dans une refonte de l'aide de l'UE pour la sécurité alimentaire en Afrique subsaharienne, une relance de l'aide afin d'aborder les besoins alimentaires et nutritionnels. Dans son rapport de mars 2012, qui a incité le changement politique de cette année, la Cour indique que « la Commission n'a pas mis le bon accent sur la nutrition et aurait pu faire plus afin d'encourager les pays à définir plus tôt des politiques et des programmes appropriés sur la nutrition ».
La Cour basée au Luxembourg a également fait remarquer que les politiques de développement de la Commission auraient pu faire plus « étant donné l'ampleur de l'insécurité alimentaire dans la région et ce qui est généralement reconnu comme un niveau insuffisant de financements pour l'agriculture et la nutrition par la communauté des donateurs ».