Nouveau pacte financier mondial : à quoi faut-il se préparer ?

En fin de semaine, Paris accueillera un « Sommet pour un nouveau pacte financier mondial » unique en son genre, destiné à renforcer le financement de l’aide au développement et de la transition climatique pour les pays du Sud, tout en s’attaquant à une réforme des institutions dites de « Bretton Woods ».

/ EURACTIV.com
Barbados’ Prime Minister Mottley visits Paris
Ce sommet, sous le patronage conjoint du président français Emmanuel Macron et de la Première ministre de la Barbade Mia Mottley, est « vital », selon l’Élysée, qui insiste sur le fait que seuls « le dialogue et la solidarité » permettront de veiller à ce qu’« aucun pays n’ait à choisir entre la lutte contre la pauvreté et la lutte contre le réchauffement climatique ». [EPA-EFE/YOAN VALAT]

En fin de semaine (22-23 juin), Paris accueillera un « Sommet pour un nouveau pacte financier mondial » unique en son genre, destiné à renforcer le financement de l’aide au développement et de la transition climatique pour les pays du Sud, tout en s’attaquant à une réforme des institutions dites de « Bretton Woods ».

Ce sommet, sous le patronage conjoint du président français Emmanuel Macron et de la Première ministre de la Barbade Mia Mottley, est « vital », selon l’Élysée, qui insiste sur le fait que seuls « le dialogue et la solidarité » permettront de veiller à ce qu’« aucun pays n’ait à choisir entre la lutte contre la pauvreté et la lutte contre le réchauffement climatique ».

Parmi les participants, on retrouve le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le chancelier allemand, Olaf Scholz, et le président du Gabon, Ali Bondo Ondimba, ainsi que d’autres chefs d’État et des représentants d’organisations de la société civile.

Une action urgente s’impose

Il est urgent d’agir, le Fonds monétaire international (FMI) ayant classé 39 pays à faible revenu dans la catégorie des pays en situation de « surendettement ». Il faut discuter rapidement d’une éventuelle renégociation ou d’une réduction de la dette, car l’augmentation des taux d’intérêt dans le monde est ressentie en premier lieu et le plus durement dans les pays à faible revenu.

Ces pays n’ont pratiquement aucune marge de manœuvre budgétaire, alors qu’ils sont confrontés à l’urgence du financement d’une transition écologique et durable.

Selon un rapport publié lors de la COP27 en novembre 2022, 2 400 milliards de dollars de financement externe sont nécessaires chaque année jusqu’en 2030 pour financer la transition écologique dans les marchés émergents. Ce chiffre pourrait atteindre 4 000 milliards de dollars, selon les calculs de l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE).

Ces chiffres montrent qu’en plus de l’allègement de la dette et de l’aide multilatérale au développement, des flux de capitaux privés sont également nécessaires de toute urgence, même s’ils peinent à parvenir aux pays qui en ont le plus besoin.

Par ailleurs, selon l’Élysée, la confiance entre les pays développés et les pays du Sud s’est « érodée », en raison de l’échec de l’engagement pris en 2009 par les pays du G20 de consacrer 100 milliards de dollars par an à la transition climatique. En effet, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a constaté que d’ici 2020, il manquera plus de 15 milliards de dollars.

Réformer le système

Alors que le sommet n’aboutira à aucun accord international formel, il devrait permettre de « rapprocher la manière dont les différents acteurs financiers » travaillent ensemble, a expliqué à EURACTIV Claire Eschalier, cheffe de projet senior chez I4CE.

Selon elle, cette démarche devrait être soutenue par une révision radicale de la manière dont le système financier fonctionne afin que les fonds publics puissent maximiser l’effet de levier des fonds privés et qu’il soit possible de s’assurer que l’argent est dépensé de la manière la plus efficace possible.

« Nous devons apporter de l’argent là où nous pouvons espérer un changement systémique », a expliqué Mme Eschalier, avertissant que ces investissements pourraient ne pas être les plus rentables et qu’ils nécessiteraient le soutien des gouvernements.

Dans le même temps, une réflexion approfondie a été menée pour définir la forme que pourrait prendre un nouveau système bancaire multilatéral.

« Le FMI et la Banque mondiale ont été créés il y a longtemps et ils ont maintenant besoin d’être réformés », a confié à EURACTIV David McNair, directeur exécutif de la campagne ONE, soulignant la lenteur de leur bureaucratie et leur incapacité à allouer des fonds à des projets à forte incidence.

En outre, les pays européens détiennent la majorité des droits de vote dans ces institutions, ce qui a créé un « déficit démocratique » dans la représentation des pays du Sud.

Selon M. McNair, une réforme de la Banque mondiale ou du FMI est improbable, tandis qu’un siège au G20 réservé à l’Union africaine a de plus grandes chances de succès à court terme. Par ailleurs, il affirme que les pays européens pourraient utiliser leur pouvoir d’actionnaire pour réduire le coût du financement.

Bien que l’Élysée reste silencieux sur l’issue des négociations, les débats pourraient porter sur la réduction des ratios de capital des banques internationales de développement afin de permettre des investissements plus risqués.

Suspension de la dette et droits de tirage spéciaux

Le sommet devrait également contribuer à la révision du cadre commun du G20 sur la suspension du service de la dette, qui a été demandée par le Tchad, l’Éthiopie et la Zambie, mais dont la mise en œuvre a été retardée et qui n’a pas réussi à mobiliser les créanciers privés.

« Si un pays demande un traitement de la dette dans le cadre actuel, il est pénalisé. Les agences de notation les dégradent et les pays attendent près de deux ans pour obtenir ce traitement », a déclaré l’ancien directeur exécutif du FMI, Daouda Sembene, qui plaide en faveur de mesures incitatives poussant les créanciers privés à « agir rapidement » pour accorder des accords de restructuration de la dette à ces pays.

Le sommet suscite également des attentes concernant la réaffectation des droits de tirage spéciaux (DTS), un actif de réserve international créé par le FMI pour fournir des liquidités aux pays en temps de crise et mobilisé en 2021 pour absorber les retombées économiques de la pandémie.

Les DTS étant répartis en fonction de la participation de chaque pays au FMI, ils se sont retrouvés pour la plupart dans les économies qui n’en avaient pas vraiment besoin. Le G20 a décidé de rediriger 100 milliards de dollars de DTS vers les pays vulnérables, dont environ 75 milliards ont été alloués par l’intermédiaire du FMI jusqu’à présent.

L’idée est de réacheminer les DTS par l’intermédiaire de banques de développement telles que la Banque africaine de développement, afin de fournir des prêts à faible coût aux pays vulnérables.

« La Banque africaine de développement a présenté une proposition visant à utiliser les DTS pour stimuler les prêts, mais d’autres pays doivent s’engager », a expliqué M. Sembene, qui espère que le sommet encouragera davantage de nations à participer.

Toutes les options de financement sont sur la table

Compte tenu de l’ampleur des besoins des pays du Sud, déjà mis à rude épreuve par la pandémie et la guerre en Ukraine, les experts ont déclaré que toutes les options devaient être envisagées, y compris une nouvelle taxe sur le transport maritime et la proposition de la Barbade de suspendre les remboursements de prêts pendant deux ans en cas de catastrophes climatiques ou de pandémies.

En même temps, une solution viable n’est possible que si tous les créanciers s’assoient à la table et coopèrent.

« La concurrence ne sert à rien. Les créanciers multilatéraux, bilatéraux et privés doivent unir leurs forces », a indiqué M. Sembene.

Cela vaut également pour la Chine, l’un des principaux créanciers bilatéraux de l’Afrique, qui détient 12 % de la dette du continent et joue un rôle clé dans le financement des infrastructures, principalement en raison de la rapidité inégalée avec laquelle elle accorde des prêts.

Pourtant, la coopération est lente. Les analystes affirment que la Chine et la Russie renforcent leur présence en Afrique afin d’exploiter ses riches ressources naturelles alors que les agences de l’Organisation des Nations unies (ONU) ont lancé de sérieux avertissements : « Tout le monde pointe du doigt les autres et dit “agissez en premier” », a expliqué M. McNair à EURACTIV.

Un énième sommet ?

L’absence d’actions et de mesures spécifiques constitue une autre préoccupation à l’approche du sommet.

« Le risque est qu’il s’agisse d’un énième sommet », craint M. McNair, ajoutant que les pays du Sud n’ont pas besoin d’engagements, mais d’investissements.

Faten Aggad, conseillère à l’African Climate Foundation, s’est inquiétée du faible niveau d’engagement des chefs d’État lors du sommet et de la frustration croissante des dirigeants africains.

« Les déclarations [à l’issue du sommet] iront dans le bon sens, mais nous sommes plus préoccupés par le suivi », a-t-elle affirmé.

M. Sembene se montre quant à lui plus optimiste, peut-être en raison de ses attentes moindres à l’égard du sommet.

« Ce sommet n’est pas censé être une occasion de prendre des décisions, et nous espérons qu’il permettra de progresser vers des décisions majeures et de construire une certaine impulsion. »

[Édité par Anne-Sophie Gayet]