Normalisation des relations Serbie-Kosovo : malgré le rétropédalage serbe, l’UE reste optimiste

Alors que le président serbe semble revenir sur sa décision de signer la proposition de l’UE pour la normalisation des relations entre la Serbie et le Kosovo, le Premier ministre kosovar a exprimé sa déception jeudi. Bruxelles reste quant à elle positive.

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Belgrade-Pristina Dialogue
Lors de son discours devant l’assemblée, Albin Kurti a déclaré que M. Vučić n’était visiblement pas d’accord avec le contenu de la proposition et a souligné le fait que le Kosovo était prêt à signer, contrairement à la Serbie. [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]

Alors que le président serbe Aleksandar Vučić semble revenir sur sa décision de signer la proposition de l’UE pour la normalisation des relations entre la Serbie et le Kosovo, le Premier ministre kosovar Albin Kurti a exprimé sa déception devant le parlement jeudi (2 mars). Bruxelles reste quant à elle positive.

Lors de son discours devant le parlement kosovar jeudi, Albin Kurti a déclaré que M. Vučić n’était visiblement pas d’accord avec le contenu de la proposition et a souligné le fait que Pristina était prête à signer, contrairement à Belgrade.

« L’approbation [de la proposition de normalisation des relations] ne peut se faire qu’avec la signature des deux parties. Le refus de signer indique qu’elles ne sont pas d’accord avec le contenu », a déclaré M. Kurti en évoquant la réunion entre les deux parties qui a eu lieu à Bruxelles ce lundi (27 février) et au cours de laquelle la proposition européenne a été discutée.

Mardi (28 février), M. Vučić a déclaré que la Serbie était prête à travailler sur de nombreux aspects de la proposition de Bruxelles pour la normalisation des relations. Il a toutefois ajouté que sous sa présidence, la Serbie n’acceptera « aucune reconnaissance formelle ou informelle du Kosovo ni son adhésion aux Nations unies ».

Alors que les parties prenantes de l’UE étaient convaincues que l’accord serait signé lors d’une réunion en Macédoine du Nord le 18 mars prochain et qu’« aucune autre discussion » ne serait nécessaire sur le texte proposé par l’UE, Aleksander Vučić ne semble pas partager cet avis.

« Nous sommes prêts à négocier le plan de mise en œuvre, mais je ne signerai pas ce texte », a confié M. Vučić aux médias serbes mercredi (1er mars).

« C’est ce que j’ai dit au [président français Emmanuel] Macron, au [chancelier allemand Olaf] Scholz à Munich ainsi qu’à tous les grands dirigeants [] Nous ne pouvons pas parler de reconnaissance mutuelle et d’adhésion du Kosovo à l’ONU », a affirmé le chef d’État serbe.

Parallèlement, jeudi, un porte-parole de l’UE a annoncé aux médias que les deux parties étaient d’accord sur le texte. Il a notamment tenu à souligner que les deux parties avaient approuvé « le texte et la déclaration du haut représentant [de l’UE Josep] Borrell ».

« Nous ne commenterons pas chaque déclaration ou chaque interprétation dans la région sur ce qu’ils ont convenu. C’est très clair dans le texte », a-t-il poursuivi.

Il a ajouté que « ce n’était pas la question de la signature, mais les discussions sur la proposition sur laquelle les deux parties se sont mises d’accord, qu’il n’y a plus besoin de discussions supplémentaires sur cette proposition européenne, qui s’est transformée en un accord vers la normalisation entre le Kosovo et la Serbie ».

L’eurodéputé néerlandais et rapporteur pour la libéralisation des visas au Kosovo, Thijs Reuten, a critiqué le refus de M. Vučić de signer la proposition de Bruxelles.

« Le refus honteux du [président Aleksandar] Vučić de signer l’accord de normalisation avec la République du Kosovo, qu’il a pourtant “accepté” lundi, suggère clairement que la Serbie ne fait que prendre du temps. Encore une fois. Il faut en finir avec la manière douce. La carotte n’a pas marché. Il faut sortir le bâton », a-t-il écrit sur Twitter.

Pour rappel, le Kosovo a déclaré son indépendance de la Serbie en 2008, dans le sillage de la guerre de 1998-1999. Belgrade ne l’a cependant jamais reconnue et considère le Kosovo comme une province. Depuis lors, les tensions ont couvé, et bien que les deux parties se soient engagées dans un processus de dialogue facilité par l’UE en 2013, peu de progrès ont été réalisés depuis.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]