Normalisation des relations Serbie-Kosovo : Belgrade revient sur sa position concernant la proposition de l’UE
Conclu lundi sous l’égide de l’UE, l’accord verbal sur la normalisation des relations entre la Serbie et le Kosovo a réjoui la communauté internationale. Cependant, mercredi, le président serbe Aleksandar Vučić a jeté un pavé dans la mare.
Conclu lundi (27 février) sous l’égide de l’Union européenne, l’accord verbal sur la normalisation des relations entre la Serbie et le Kosovo a réjoui la communauté internationale. Cependant, mercredi (1er mars), le président serbe Aleksandar Vučić a jeté un pavé dans la mare.
Ce lundi, la Serbie et le Kosovo ont approuvé tacitement une proposition de l’UE visant à normaliser les relations entre les deux pays.
Publié pour la première fois cette semaine, le plan en onze points prévoit que les deux pays entretiennent des relations de bon voisinage, reconnaissent leurs documents officiels et leurs symboles nationaux respectifs et que Belgrade autorise le Kosovo à demander l’adhésion à l’UE et aux Nations unies.
Alors que les parties prenantes de l’UE étaient convaincues que l’accord serait signé lors d’une réunion en Macédoine du Nord en mars et qu’« aucune autre discussion » n’était nécessaire sur le texte proposé par l’Union, M. Vučić semble ne pas partager cet avis.
« Nous sommes prêts à négocier le plan de mise en œuvre, mais je ne signerai pas ce texte », a-t-il déclaré aux médias serbes mardi.
« C’est ce que j’ai dit au [président français Emmanuel] Macron, au [chancelier allemand Olaf] Scholz à Munich ainsi qu’à tous les grands dirigeants […] Nous ne pouvons pas parler de reconnaissance mutuelle et d’adhésion du Kosovo à l’ONU », a affirmé le chef d’État serbe.
« Tant que je serai président, je ne signerai ou n’accepterai aucune reconnaissance formelle ou informelle du Kosovo ni son adhésion aux Nations unies », a réitéré M. Vučić.
Le Kosovo a déclaré son indépendance vis-à-vis de la Serbie en 2008, à la suite de la guerre de 1998-1999. Belgrade ne la reconnaît pas et considère le Kosovo comme une province serbe. Depuis lors, les tensions couvent, et si les deux parties se sont engagées dans un processus de dialogue facilité par l’UE en 2013, peu de progrès ont été réalisés jusqu’à présent.
M. Vučić a déclaré que les réunions à venir avec le représentant spécial de l’UE pour le dialogue entre Belgrade et Pristina, Miroslav Lajčák, porteraient sur le plan de mise en œuvre et a ajouté que les pressions exercées sur la Serbie allaient probablement continuer.
Il a également insisté sur la création de la controversée association des municipalités serbes.
La Serbie demande la création au Kosovo d’une association de municipalités à majorité serbe, ce que Bruxelles et Washington soutiennent également. Pristina s’est pour sa part montrée réticente à autoriser une structure soutenue par Belgrade et dotée de pouvoirs exécutifs, craignant la création d’une enclave dissidente qui porterait atteinte à sa souveraineté et violerait sa constitution.
Les dirigeants de la majorité ethnique albanaise du Kosovo affirment qu’une telle association donnerait à Belgrade une influence démesurée dans le pays, tandis que les Serbes sont convaincus que cela est nécessaire pour protéger leurs droits. Le concept a également suscité des protestations de la part de citoyens kosovars qui assurent que les Serbes jouissent déjà d’importants droits des minorités, notamment la gratuité de l’électricité, l’enseignement en serbe ainsi que des mandats au sein du gouvernement local et national.
La plus haute juridiction du Kosovo a conclu en 2015 que le dernier projet d’association violait la Constitution nationale.
La configuration exacte de l’association doit encore être confirmée, mais il est probable qu’il s’agisse d’une structure parallèle dotée de ses propres pouvoirs exécutifs. Les parties prenantes internationales, y compris américaines, ont déclaré qu’elle serait mise en place sans l’autorisation du Premier ministre kosovar, mais ont également indiqué qu’elle serait créée de sorte à ne pas violer la Constitution.
D’après la Première ministre serbe Ana Brnabić, la crédibilité de l’Union européenne réside désormais dans la mise en place de l’association, qui est également nécessaire pour pouvoir progresser vers la normalisation des relations.
« En ce qui concerne l’intégration à la zone euro, la coopération régionale et la stabilité, la question principale porte sur le dialogue entre Belgrade et Pristina. Un point sur l’association de municipalités à majorité serbe doit désormais être mis à l’ordre du jour. Six points de l’accord de Bruxelles, signé il y a dix ans, concernent cette association et la crédibilité de l’UE réside maintenant dans sa mise en place », a-t-elle affirmé.
Le ministre serbe des Affaires étrangères, Ivica Dačić, a déclaré qu’en luttant pour conserver sa souveraineté et son intégrité territoriale, la Serbie apporte un soutien sans équivoque à l’intégrité territoriale de tous les États membres de l’ONU.
« Nous estimons que c’est exactement de cette manière que nous devrions protéger et défendre les principes fondamentaux du droit international », a déclaré M. Dačić.
Le Premier ministre du Kosovo, Albin Kurti, a répondu aux commentaires de M. Vučić en déclarant que la normalisation des relations ne serait possible que si les deux parties négocient « de bonne foi ». « La Serbie a apparemment décidé de ne pas prendre cette direction», a-t-il indiqué sur Twitter.
Les dirigeants du Kosovo et de la Serbie doivent se rencontrer en Macédoine du Nord le 18 mars prochain pour un nouveau cycle de négociations sous les auspices de l’UE.
Bojana Zimonic Jelisavac d’EURACTIV Serbie a contribué à la rédaction de cet article.
La Serbie et le Kosovo se rapprochent d’un accord de normalisation de leurs relations
La Serbie et le Kosovo ont approuvé tacitement, lundi (27 février), une proposition de l’UE…
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]