Normalisation des relations Serbie-Kosovo : Belgrade et Pristina devraient approuver le plan de l’UE
La Serbie et le Kosovo devraient approuver un accord visant à normaliser leurs relations lors d’une réunion qui se tiendra à Bruxelles ce lundi, et ce malgré les efforts de la Russie pour interférer dans le processus.
La Serbie et le Kosovo devraient approuver un accord visant à normaliser leurs relations lors d’une réunion qui se tiendra à Bruxelles ce lundi (27 février), et ce malgré les efforts de la Russie pour interférer dans le processus. C’est ce qu’a révélé un haut responsable de l’UE.
Les discussions entre le président serbe Aleksandar Vučić et le Premier ministre kosovar Albin Kurti, menées par le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell et le représentant spécial de l’UE pour le dialogue entre Belgrade et Pristina Miroslav Lajčák, se déroulent après plusieurs mois d’interruption.
Le Kosovo a déclaré son indépendance de la Serbie en 2008, à la suite de la guerre de 1998-1999. Belgrade ne reconnaît pas cette indépendance et considère le Kosovo comme une province serbe. Depuis lors, les tensions couvent, et même si les deux parties se sont engagées dans un processus de dialogue facilité par l’UE en 2013, peu de progrès ont été réalisés.
« Nous nous attendons à ce que les deux dirigeants approuvent la proposition », a confié vendredi (24 janvier) à la presse un haut responsable de l’UE, sous couvert d’anonymat.
Les réunions tenues ces dernières années avaient pour principal objectif de résoudre les crises et de conclure des accords, dont beaucoup n’ont par ailleurs jamais été mis en œuvre. Le haut fonctionnaire européen a déclaré que lundi, l’approche serait plutôt de tendre à normaliser les relations et qu’il pourrait s’agir de la « réunion la plus importante à ce jour ».
Le nord du Kosovo abrite environ 50 000 membres de la communauté serbe, dont certains ne reconnaissent pas l’indépendance du Kosovo. Cette situation, appuyée par Belgrade, a donné lieu à des échauffourées entre les deux voisins des Balkans, lesquelles ont culminé en décembre 2022 avec la mise en place de barrages routiers, la fermeture des frontières et l’appel de la Serbie à mobiliser des troupes.
Belgrade et Pristina ont précédemment fait part d’un soutien partiel à la proposition de l’UE soutenue par l’Allemagne et la France, mais les deux parties avaient néanmoins émis des réserves sur certains aspects de la proposition.
La proposition a ensuite été reformulée et a été reçue par les deux parties avant le début du sommet UE-Balkans occidentaux qui s’est tenu à Tirana en décembre dernier. Cette dernière prévoirait la reconnaissance mutuelle des documents officiels, une augmentation de l’aide financière ainsi que d’autres mesures destinées à améliorer la vie des populations des deux pays.
Le texte n’a pas été rendu public, laissant aux deux parties le soin de le présenter de manière adaptée à leurs publics nationaux.
Aucun des deux gouvernements n’a jusqu’à présent commenté publiquement l’approbation du plan ce lundi, mais Belgrade et Pristina ont précédemment déclaré qu’ils acceptaient le plan de l’UE sur le principe. Ils ont également indiqué qu’il s’agissait d’une bonne base pour la poursuite des négociations.
Alors que les dirigeants ne devraient pas débattre du plan lui-même, Bruxelles serait ouverte à une discussion sur sa mise en œuvre, a également précisé le haut responsable européen.
Selon nos informations, la proposition contient également une annexe « avec un calendrier d’actions précis indiquant quand et comment les choses doivent se passer ».
Elle prévoirait également, pour la première fois, un mécanisme de suivi de la mise en œuvre, comparable au processus d’adhésion au bloc au cours duquel l’UE informe régulièrement les États membres des avancées réalisées.
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Reconnaissance de facto du Kosovo
Le responsable européen a confirmé aux journalistes que ce document porte sur la reconnaissance de facto du Kosovo.
M. Kurti avait précédemment déclaré que le plan équivalait à une reconnaissance de facto du Kosovo par la Serbie, tandis que M. Vučić avait insisté sur le fait que ce n’était pas le cas.
Selon les informations d’EURACTIV, le représentant spécial de l’UE, M. Lajčák, s’était efforcé de convaincre les États de l’UE qui ne reconnaissent le Kosovo, en leur présentant le processus de manière détaillée.
En effet, cinq membres de l’UE — à savoir l’Espagne, la Slovaquie, Chypre, la Roumanie et la Grèce — ont refusé de reconnaître formellement l’indépendance du Kosovo.
« La situation sur le terrain sera nouvelle et l’on s’attendra à une réaction de leur part — je ne peux pas dire si elle sera positive, mais ces pays suivent attentivement le déroulement du processus », a déclaré le haut responsable européen.
La question la plus épineuse des discussions de lundi devrait être le projet d’association des municipalités à majorité serbe du Kosovo, Pristina craignant qu’il ne crée une région dissidente.
Les dirigeants de la communauté albanaise majoritaire du Kosovo estiment qu’une telle structure conférerait à Belgrade une influence démesurée dans leur pays. Les Serbes estiment quant à eux que cette association est indispensable pour préserver leurs droits.
L’idée a également suscité des mouvements de protestation au Kosovo de la part de citoyens qui affirment que les Serbes jouissent de droits importants en tant que minorité tels que la gratuité de l’électricité, l’enseignement en serbe et des responsabilités au sein du gouvernement local et national.
Après la signature d’un accord visant à établir l’association en 2013, la Cour constitutionnelle du Kosovo a jugé cette dernière incompatible avec la Constitution du pays.
Pristina a déclaré qu’elle n’était pas opposée à l’association si elle opérait comme une ONG ou n’était pas mono-ethnique. Par ailleurs, M. Kurti a défini en janvier les conditions dans lesquelles il accepterait sa création.
La pression diplomatique de l’UE en faveur du plan bénéficie également du soutien des États-Unis, qui ont déclaré que l’association serait créée avec ou sans l’accord de M. Kurti. À la veille de la réunion, le conseiller américain Derek Chollet a encouragé les deux parties à saisir cette opportunité qui leur est offerte.
« Les États-Unis sont favorables à une réunion constructive qui affirme l’engagement des deux parties en faveur de la proposition de l’Union européenne », a écrit M. Chollet sur les réseaux sociaux.
Interrogé sur l’approche générale de l’UE à l’égard de la région, le haut responsable européen a admis que la lenteur des progrès accomplis par d’autres pays des Balkans occidentaux dans le cadre de leur adhésion au bloc avait réduit leur intérêt pour l’Europe.
Il a toutefois déclaré que les craintes suscitées par l’invasion de l’Ukraine par la Russie étaient susceptibles de renforcer le soutien au plan européen pour la normalisation des relations, et qu’une percée permettrait de relancer la « locomotive » de l’intégration européenne.
Le Kosovo, seul pays non candidat à l’adhésion à l’UE dans la région, a officiellement déposé sa demande en décembre dernier.
Au cours du week-end, le chancelier allemand Olaf Scholz, le président français Emmanuel Macron et la Première ministre italienne Giorgia Meloni ont envoyé une lettre commune à Pristina dans laquelle ils encouragent la réalisation de progrès en prévision de la réunion.
« Le président [Emmanuel] Macron, le chancelier [Olaf] Scholz et la Première ministre [Giorgia] Meloni ont exprimé leur conviction que la conclusion et la mise en œuvre de la proposition européenne sont d’une importance fondamentale pour l’intérêt général des citoyens de la République du Kosovo, pour la paix et le développement prospère de la région ainsi que pour la progression du pays dans sa perspective européenne », a déclaré le bureau de M. Kurti dans un communiqué de presse.
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Le « facteur Russie »
Selon Bruxelles, la Russie tente de dissuader la Serbie d’accepter le plan de normalisation.
« La Russie est intervenue et a tenté de perturber ce travail », a déclaré le haut responsable européen. Il a notamment indiqué que l’ambassadeur de Moscou auprès de la Serbie, avait donné une série d’entretiens aux médias nationaux dans le but d’entraver l’accord potentiel.
« Il dit que “ce n’est pas le bon moment pour aborder la question du Kosovo, et qu’il faut attendre que le nouvel ordre mondial soit établi entre la Russie et l’Occident” », a expliqué le haut fonctionnaire européen.
« Je vois cela comme une menace pour le président M. Vučić, l’avertissant de ne pas accepter la proposition », a-t-il précisé.
« Je n’ai pas remarqué que cela avait un impact sur la position du président M. Vučić, mais bien sûr, cela a eu un impact sur une partie de l’opposition en Serbie, et nous avons observé quelques manifestations violentes. »
Belgrade a longtemps joué un délicat numéro d’équilibriste entre ses aspirations à rejoindre l’UE et à poursuivre un partenariat avec l’OTAN, d’une part, et ses liens de parenté ethniques et religieux séculaires avec la Russie, d’autre part.
Bien que la Serbie ait condamné à plusieurs reprises l’invasion de l’Ukraine par la Russie aux Nations unies et dans d’autres instances internationales, Bruxelles lui a reproché de ne pas avoir formellement introduit de sanctions contre Moscou.
Alice Taylor a contribué à la rédaction de cet article.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]