Nicolas Sarkozy expose ses choix budgétaires à Bruxelles
Fait exceptionnel, le président français sera présent aux réunions des ministres des Finances de l’Union, qui se tiennent à Bruxelles aujourd’hui et demain. Nicolas Sarkozy compte expliquer à ses partenaires européens les raisons qui le poussent à vouloir repousser à 2012 la réduction des déficits français.
Fait exceptionnel, le président français sera présent aux réunions des ministres des Finances de l’Union, qui se tiennent à Bruxelles aujourd’hui et demain. Nicolas Sarkozy compte expliquer à ses partenaires européens les raisons qui le poussent à vouloir repousser à 2012 la réduction des déficits français.
En bref :
La France reviendra à l’équilibre budgétaire en 2012 et pas en 2010, comme cela était prévu. Voilà en substance ce que devrait annoncer Nicolas Sarkozy à ses partenaires européens qui examinent aujourd’hui le projet de budget de la France pour 2008. Le président français doit en effet accompagner sa ministre de l’Économie et des Finances, Christine Lagarde, à Bruxelles à la réunion des ministres de l’Économie de la zone euro. La partie devrait s’avérer difficile.
La France s’est engagée par écrit à revenir à l’équilibre budgétaire d’ici 2010. De plus, le pays ne pourra vraisemblablement pas se prévaloir de la clause permettant à un pays engageant des réformes structurelles pour renforcer sa croissance potentielle de bénéficier de dérogations. Les mesures présentées par le gouvernement telles que les baisses d’impôts dues à la réduction des intérêts d’emprunts pour l’achat d’un logement principal ou la réduction du nombre de fonctionnaires n’ayant pas convaincu la Commission et les États membres.
Si certains chefs d’États ont déjà participé à des réunions de l’Eurogroupe, ils ne s’y sont exprimés que formellement et ne sont jamais venu y négocier les intérêts de leurs pays. Seul Silvio Berlusconi avait un jour remplacé son ministre des Finances démissionnaire. La présence de Nicolas Sarkozy ce soir sera donc très remarquée.
Partisan de la création d’un Eurogroupe au niveau des chefs d’État et de gouvernement pour définir une véritable politique économique européenne, le président de l’Eurogroupe, le luxembourgeois Jean-Claude Juncker s’est cependant félicité de la venue du président français : « Nous accueillerons le président Sarkozy afin qu’il puisse nous expliquer les décisions budgétaires récemment prises par la France. Nous souhaitons une meilleure coordination [des politiques économiques] et je ne vois donc pas quel pourrait être le problème. Cela démontre l’importance des problèmes ».
La présidente de la commission Économie et Finance (ECON) du Parlement européen, la députée française Pervenche Bérès (PSE), soutient elle aussi, depuis longtemps, ce projet d’Eurogroupe au niveau des chefs d’États et de gouvernement. « La visite de Nicolas Sarkozy prouve qu’il accorde de l’importance à ces sujets » estime-t-elle, avant de nuancer son propos « cela montre également la difficulté de la voie qu’il a engagée et les contradictions fortes de son discours. D’un côté Nicolas Sarkozy demande à ce qu’une véritable coordination des politiques économiques soit mise en place au niveau européen, de l’autre il décide seul de différer un engagement de la France et tente ensuite de l’expliquer à ses partenaires. Il y a un véritable problème de méthode ». Selon l’article 99 du Traité « les États membres considèrent leurs politiques économiques comme une question d’intérêt commun et les coordonnent au sein du Conseil. » « Nicolas Sarkozy fait exactement l’inverse », déplore Pervenche Bérès.
De son côté, le députe européen français, Jean-Paul Gauzès (PPE-DE), membre de la commission ECON du Parlement, se réjouit de la participation de Nicolas Sarkozy à l’Eurogroupe. « Ce dialogue direct permettra de clarifier les positions françaises » estime-t-il. « La situation n’est pas absurde, cela pousse jusqu’au bout le principe de l’élection du président de la République au suffrage universel. Nicolas Sarkozy a été élu sur un programme et a décidé qu’il mettrait tout son poids dans sa mise en œuvre. Les temps changent » se félicite Jean-Paul Gauzès. Un premier verdict sur la prestation française devrait avoir lieu dans la soirée.