Multilinguisme : la stratégie européenne sera axée sur l'apprentissage des langues [FR]
D'après les conclusions d'une conférence ministérielle tenue le 15 février, encourager les citoyens européens à apprendre deux langues étrangères devrait être la base de la nouvelle stratégie européenne en matière de multilinguisme.
D’après les conclusions d’une conférence ministérielle tenue le 15 février, encourager les citoyens européens à apprendre deux langues étrangères devrait être la base de la nouvelle stratégie européenne en matière de multilinguisme.
La conférence a été organisée pour identifier les domaines nécessitant des actions relatives aux langues tant au niveau national qu’au niveau européen, ainsi que pour définir les actions communes à entreprendre au cours des trois à cinq prochaines années. La Commission devrait s’appuyer sur les résultats de cette conférence pour sa communication au Parlement et au Conseil proposant une politique linguistique globale, devant être publiée en 2008.
Deux aspects de la future stratégie européenne
La nouvelle stratégie comprendra un aspect « gestion » : d’après les propos à EURACTIV de Pietro Petrucci, porte-parole du commissaire Orban, le défi sera de préserver la « durabilité » de la politique linguistique de l’UE suite à l’élargissement de 2004.
M. Petrucci a indiqué que la majeure partie des fonds du portefeuille au multilinguisme était consacrée à la traduction et à l’interprétation, les 15 % restants étant destinés aux politiques mises en place par le commissaire. Il s’agit du « coût de la démocratie », dans la mesure où utiliser sa langue maternelle et être compris dans cette langue est un droit européen.
De plus, la nouvelle stratégie comportera un aspect politique : selon M. Petrucci, la Commission tentera d’intégrer dans une politique « globale » des éléments culturels et relatifs à l’identité nationale et aux affaires, ainsi que liés à l’intégration des migrants.
Langue d’adoption
Parallèlement, le commissaire Orban soutient la proposition d’une langue d’adoption, présentée dans le rapport du Groupe de haut niveau sur le multilinguisme. Il a rappelé que parler deux langues étrangères, en plus de sa langue maternelle, devrait être l’objectif des citoyens européens.
Une deuxième langue étrangère d’adoption pourrait constituer le moyen de découvrir la culture, l’histoire et la littérature du pays dont on parle la langue. Le ministre slovène de l’Education, Milan Zver, a approuvé cette position, déclarant que l’idée d’une langue d’adoption était le concept du futur.
Cette deuxième langue étrangère serait un complément à une première langue apprise principalement pour des raisons professionnelles. La conférence a également mis en exergue l’apprentissage tout au long de la vie, identifiant les retraités en vacances et les travailleurs qualifiés comme des groupes de population susceptibles de tirer parti de l’accent accru mis sur l’apprentissage linguistique hors des structures pédagogiques traditionnelles.
Convaincre le monde des affaires
Cependant, il faut encore totalement convaincre le monde des affaires de l’aspect pratique de cette stratégie. Le vicomte Etienne Davignon, président du Business Forum, a averti qu’il était important de trouver le bon équilibre dans la promotion du multilinguisme, car, selon lui, un fait très simple est qu’une langue unique profite aux entreprises européennes.
Même si les milieux d’affaires ne croient pas que tous les problèmes de l’Europe seront résolus en parlant une seule langue, l’anglais est utile dans un grand nombre de domaines et notamment en interne, a expliqué M. Davignon. L’anglais est l’une des langues qu’il faut maîtriser.
Langue et identité culturelle
Les ministres ont souligné le rôle central de la langue maternelle dans la préservation de l’identité culturelle des minorités ethniques et des immigrants, ainsi que le rôle de la langue du pays d’accueil dans l’intégration sociale. Le commissaire Orban a affirmé que préserver la langue maternelle améliorait l’image de soi des jeunes immigrants dans le pays d’accueil.
Interrogé sur la possibilité que les citoyens considèrent l’apprentissage d’une deuxième langue d’adoption comme une dilution de leur identité nationale, M. Orban a admis que les langues étaient parfois utilisées comme des armes, car le multilinguisme est un sujet très sensible et politique.
M. Zver a déclaré que les idées proposées lors de la conférence seraient incluses dans les conclusions sur le multilinguisme adoptées par les ministres lors du Conseil de mai.