Moteurs à combustion interne : les libéraux allemands préconisent l’augmentation du prix de l’essence

Le Parti libéral-démocrate allemand, qui bloque actuellement l’élimination des moteurs à combustion interne des voitures à l’échelle de l’UE, a proposé de s’attaquer au problème du carbone dans le transport routier en augmentant le prix de l’essence et du diesel.

EURACTIV Allemagne
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Le parti libéral FDP a présenté sa propre proposition pour lutter contre les émissions des transports en utilisant un système national d’échange de quotas d’émission pour les secteurs de la construction et du transport routier à partir de 2024, jusqu’à ce qu’un système européen similaire entre en vigueur en 2027. [<a href="https://www.shutterstock.com/de/image-photo/refuel-cars-fuel-pump-driver-hands-1704390262" target="_blank" rel="noopener">SHUTTERSTOCK/jittawit21</a>]

Le Parti libéral-démocrate allemand (Freie Demokratische Partei, FDP), qui bloque actuellement l’élimination des moteurs à combustion interne des voitures à l’échelle de l’UE, a proposé de s’attaquer au problème du carbone dans le transport routier en augmentant le prix de l’essence et du diesel au moyen d’une tarification nationale du carbone et d’un remboursement des recettes supplémentaires aux citoyens par un paiement direct calculé sur la base du nombre d’habitants.

Les émissions du secteur des transports en Allemagne ayant à peine diminué jusqu’à présent, la pression augmente pour que le gouvernement intervienne afin de garantir le respect des objectifs climatiques, comme celui de l’interdiction controversée proposée par l’UE sur la vente de nouveaux véhicules à moteur à combustion à partir de 2035.

Le parti FDP, qui s’oppose à cette mesure, a présenté sa propre proposition pour lutter contre les émissions des transports. Ce parti, qui fait partie de la coalition tripartite au pouvoir en Allemagne, souhaite utiliser un système national d’échange de quotas d’émission pour les secteurs de la construction et du transport routier à partir de 2024, jusqu’à ce qu’un système européen similaire entre en vigueur en 2027.

« Si nous disposons de la plus grande tâche, nous avons également besoin de l’instrument le plus efficace », a déclaré Johannes Vogel, chef adjoint du FDP, lors d’un entretien télévisé lundi (20 mars), faisant référence à un système d’échange de quotas d’émission assorti d’une limite stricte pour les émissions de carbone.

En pratique, la proposition prévoit que le prix du carbone pour les secteurs de la construction et du transport routier, actuellement fixé à 30 euros par tonne de CO2 — soit 8,4 centimes par litre d’essence et 9,5 centimes par litre de diesel selon l’association allemande spécialisée dans l’automobile (ADAC) — soit déterminé par les forces du marché à partir de 2024.

Selon les experts, les prix de l’essence et du diesel risquent d’augmenter immédiatement si la proposition est mise en œuvre, en raison de l’écart existant en matière de réduction d’émissions dans les secteurs du transport et de la construction.

Christian Flachsland, professeur de durabilité à l’école Hertie basée à Berlin, a confié à EURACTIV qu’il était « assez difficile de dire » à quel point les prix seraient élevés.

En fonction de facteurs tels que des mesures politiques supplémentaires, « je m’attendrais à ce que, dans l’ensemble, les prix atteignent facilement entre 100 et 200 euros [par tonne de CO2], et ce, très rapidement », a-t-il ajouté.

Selon les calculs de l’ADAC, un prix du carbone de 100 euros équivaudrait à un supplément de 28 centimes par litre d’essence et de 31 centimes par litre de diesel.

Si l’idée d’un prix du carbone plus élevé est saluée par les ONG environnementales, la proposition du FDP ne tient toutefois pas suffisamment compte des éventuelles conséquences sociales.

« Nous rejetons la proposition du FDP parce que la libre fixation des prix conduirait à des prix imprévisibles et probablement très élevés », a indiqué Anne Gläser de l’ONG Germanwatch à EURACTIV.

« Personne ne peut nous dire “non, ne vous inquiétez pas, cela ne dépassera pas 150 euros environ” », a-t-elle ajouté. « Cela signifie que le risque est extrêmement élevé que les prix deviennent […] si élevés qu’ils soient socialement inacceptables. »

« De notre point de vue, nous aurions certainement besoin d’un plafond de prix, idéalement d’une fourchette de prix avec un prix minimum et un prix maximum », a-t-elle précisé, ajoutant que « nous ne pouvons en aucun cas autoriser la libre fluctuation des prix ».

Un « bonus climatique » annuel pour les citoyens

Pour compenser l’augmentation des prix, le FDP soutient l’idée que tous les citoyens allemands devraient recevoir un « bonus climatique » annuel, un paiement forfaitaire qui redistribuerait tous les bénéfices du système de tarification du carbone aux citoyens.

Il est important de « toujours lier l’échange de quotas d’émission à la compensation sociale au moyen du bonus climatique convenu dans l’accord de coalition [allemand] », a expliqué M. Köhler à EURACTIV.

Par conséquent, les citoyens ayant une empreinte carbone plus faible recevraient plus d’argent qu’ils ne devraient en débourser, tandis que ceux responsables d’émissions de carbone élevées paieraient plus qu’ils ne recevraient en retour.

Comme le montre la recherche, les citoyens à faibles revenus seraient — en moyenne — mieux lotis après l’introduction d’un tel système, mais d’énormes différences apparaissent entre les personnes ayant différents types de systèmes de chauffage, de conditions de vie, de trajets et de distances.

Pour M. Flachsland, la proposition lance un débat urgent sur les mesures de tarification du carbone.

« Je pense que la grande question que pose la proposition du FDP est de savoir si les responsables politiques et la population sont prêts à supporter un tel choc des prix du CO2, en matière de redistribution, de comprendre pourquoi cette mesure est prise en premier lieu », a déclaré M. Flachsland.

Cette discussion devait avancer de toute façon, a poursuivi M. Flachsland, car « nous aurons très probablement le SEQE2 [système d’échange des quotas d’émission] au niveau européen à partir de 2027 et c’est exactement cela, c’est un système avec des prix fluctuants ».

La limite de 45 euros pour le prix européen du carbone est incertaine

Le SEQE2, approuvé par les institutions européennes en décembre dernier dans le cadre d’un accord plus large sur l’avenir du système de tarification du carbone de l’UE, vise à limiter les prix du carbone pour le chauffage et les carburants de transport à 45 euros, mais cette limite n’était en aucun cas garantie, a indiqué M. Flachsland.

« C’est l’un des problèmes de communication », a-t-il expliqué. « Il est dit : nous faisons ceci et nous atteignons les objectifs, et c’est un prix de 45 euros. Mais à mon avis, cela ne fonctionne pas. »

« En fait, aucun modèle ne prévoit un prix de 45 euros, il est plus probable que nous ayons des prix compris entre 100 et 300 euros », a-t-il poursuivi.

Bien que l’accord conclu entre les institutions de l’UE prévoie une mesure d’atténuation des prix en cas de dépassement d’un prix du carbone de 45 euros, une telle mesure ne garantit pas nécessairement que les prix n’augmenteront pas davantage, a déclaré M. Flachsland.

En fonction des mesures supplémentaires et des évolutions technologiques, des prix plus bas seraient théoriquement possibles, mais les décideurs politiques devraient également se préparer à des scénarios de prix plus élevés, a-t-il souligné.

Pour se préparer au lancement du SEQE2, les pays de l’UE devraient introduire d’urgence des mesures visant à compenser les citoyens vulnérables pour l’augmentation des prix du carbone.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]