Moquerie au sommet

Également dans l'édition de vendredi : le détroit d'Ormuz, Thierry Monasse, des députés européens en Chine, le responsable de l'« Horloge de l'Apocalypse »

EURACTIV.com

Vous lisez Rapporteur ce vendredi 3 avril. Ici Nicoletta Ionta, à Bruxelles. Nous faisons une petite pause pour le weekend de Pâques – nous serons de retour mardi.

À savoir :

🟢 Comment les piques de Trump pourraient redorer le blason des dirigeants européens chez eux

🟢 Les grandes puissances appellent à la réouverture du détroit d’Ormuz, mais les actions restent au point mort

🟢 Thierry Monasse : l’homme derrière la caméra de l’UE

Sur le rond-point Schuman : le voyage de von der Leyen au Groenland reporté


L’Europe, vue de Bruxelles


Des éclats de rire ont fusé dans la salle lorsque Donald Trump, lors d’un déjeuner de travail privé, s’est adonné à un passe-temps transatlantique bien connu : se moquer d’Emmanuel Macron. Ce nouvel épisode de la relation tendue entre les deux hommes a donné lieu à des imitations d’accents, des piques et juste assez de mordant pour faire grimacer l’OTAN.

Trump a ironisé en disant que la femme de Macron « le traitait extrêmement mal », ajoutant que le président français se remettait encore « d’un coup à la mâchoire » – une référence à une vidéo virale qui semblait montrer Brigitte Macron poussant le visage de son mari alors qu’ils s’apprêtaient à débarquer au Vietnam.

Le timing est parfait. La guerre en Iran a creusé des fissures transatlantiques, alors que les dirigeants européens se lassent de plus en plus de l’unilatéralisme de Trump et commencent à soupçonner que lui tenir tête pourrait s’avérer payant.

S’exprimant à Séoul, Macron a qualifié ces remarques de « ni élégantes ni à la hauteur ».

« Je ne vais pas y répondre », a-t-il ajouté. « Elles ne méritent pas de réponse. »

En France, des responsables politiques de tous bords ont condamné les propos de Trump, y compris des figures de l’extrême gauche de France Insoumise.

Alors que les tensions s’exacerbent autour de la guerre américano-israélienne en Iran, l’alliance transatlantique semble plus fragile que d’habitude. « Apparemment, aux yeux de Trump, ce n’est plus : “Si je casse quelque chose, je le répare”, mais “Je casse quelque chose, et l’UE le réparera” », a déclaré un diplomate à mon collègue Thomas Moller-Nielsen.

Les partenaires européens ont également réitéré leur opposition à ce que Washington utilise des bases gérées conjointement pour mener des opérations au Moyen-Orient.

Trump le provocateur distribue les coups tandis que les dirigeants européens marquent des points – la dernière dispute franco-américaine soulignant à quel point une position plus ferme à l’étranger peut compenser une faiblesse sur le plan intérieur.

Macron, par exemple, continue de naviguer sur un terrain intérieur difficile. Après avoir vu se succéder plusieurs gouvernements en moins d’un an, il reste affaibli par une impasse parlementaire persistante, des manifestations contre les réformes économiques et une frustration publique persistante face aux changements apportés au système des retraites. Pourtant, dans le contexte de la crise iranienne, sa cote de popularité a légèrement augmenté : 23 % des électeurs français se disent désormais satisfaits, selon l’Ifop, soit une hausse de cinq points depuis février.

Ce schéma s’étend au-delà de la France. L’Espagnol Pedro Sánchez a lui aussi cherché à se positionner comme un contrepoids à l’« America First » à la suite de différends avec Washington sur l’espace aérien et les opérations militaires, alors même que les scandales de corruption s’accumulent à Madrid.

Macron a également durci son discours, accusant jeudi Trump de saper l’OTAN par ses remarques répétées remettant en cause l’engagement des États-Unis envers l’alliance – allant jusqu’à dire que Trump ne devrait « peut-être pas parler tous les jours ».

S’opposer à Trump est bien perçu par les électeurs. Pour les dirigeants européens sous pression, un conflit transatlantique opportun peut apporter un certain soulagement sur le plan intérieur.

Des questions ouvertes pour un détroit fermé

L’initiative menée par le Royaume-Uni visant à rouvrir le détroit d’Ormuz s’est soldée par une unité de principe, sans plus. Une quarantaine de pays ont soutenu les appels en faveur d’une réouverture « immédiate et inconditionnelle » de cette voie maritime, mais sans préciser comment y parvenir. Les États-Unis n’étaient pas représentés à la réunion de jeudi.

Depuis le déclenchement de la guerre américano-israélienne contre l’Iran le 28 février, le blocus a étouffé les flux de pétrole, de GNL et d’engrais, plongeant les marchés de l’énergie dans la tourmente.

Les discussions sur les options militaires restent prudentes, Emmanuel Macron qualifiant toute opération visant à rouvrir de force le détroit d’« irréaliste ». La ministre britannique des Affaires étrangères, Yvette Cooper, a déclaré que même des mesures navales défensives – escortes, déminage et dissuasion – seraient envisagées « une fois que le conflit se sera apaisé ».

Pour l’instant, les gouvernements se concentrent sur des moyens plus souples, tels que la pression de l’ONU, d’éventuelles sanctions et la planification d’urgence.

Certains pays, dont l’Italie, les Pays-Bas et les Émirats arabes unis, ont proposé un couloir humanitaire pour assurer la circulation des biens essentiels et limiter le risque de pénurie alimentaire, une initiative saluée par la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas.

Dans le même temps, le Conseil de coopération du Golfe a appelé le Conseil de sécurité de l’ONU à autoriser le recours à la force dans le détroit.

Des responsables britanniques ont indiqué que les planificateurs militaires se réuniraient la semaine prochaine pour discuter des options visant à protéger la navigation, rassurer les opérateurs commerciaux et déminer la zone dès que les conditions le permettront. La Grande-Bretagne, la France et les États du Golfe ont déjà tenu des discussions préliminaires sur d’éventuelles contributions navales, selon un responsable britannique.

Une réunion conjointe du G7 et du Conseil de coopération du Golfe, présidée par la France, devrait être convoquée prochainement pour discuter de ces plans.

L’homme derrière les clichés sur le vif de Bruxelles

Si votre regard a déjà été attiré par une photographie d’un dirigeant européen à Bruxelles, il y a de fortes chances qu’elle ait été prise par Thierry Monasse.

Depuis près de quarante ans, Monasse arpente les briefings de la Commission et les couloirs du Conseil, attendant le moment où le spectacle se déraille.

Il recherche ce qui échappe au contrôle : le chaotique, l’humain, le « vivant ». Pourtant, malgré toutes les images qu’il a prises et diffusées à travers le monde, il ne souhaite pas se mettre lui-même en avant. Dans un tout premier portrait réalisé par ma collègue Martina Monti, Monasse révèle ce qu’il faut pour surprendre Bruxelles au dépourvu. Lire le portrait complet.

Le responsable de la Doomsday Clock : une guerre contre l’Iran serait « idiote »

La guerre américano-israélienne contre l’Iran est « absolument idiote », a averti le responsable de l’organisation qui règle l’« Horloge de l’Apocalypse » (Doomsday Clock) mondiale, affirmant que la diplomatie est la seule voie crédible pour éviter une escalade.

John Mecklin, rédacteur en chef du Bulletin of the Atomic Scientists, a déclaré à mon collègue Thomas Moller-Nielsen que la probabilité d’un recours au nucléaire par les États-Unis ou Israël reste « faible », et que Téhéran – malgré son « état dégradé » – est peu susceptible de cibler délibérément les sites nucléaires israéliens. Lire l’article complet.

Pas de piques « inutiles » de la part de Pékin

Les géants chinois du commerce électronique adoptent une approche nettement différente de celle de leurs homologues américains en ce qui concerne les règles de l’UE, a indiqué Dirk Gotink, député du PPE, à mon collègue Maximilian Henning lors d’une visite parlementaire en Chine.

S’exprimant dans le cadre de la première délégation du Parlement européen dans le pays depuis huit ans, Gotink a affirmé que des plateformes telles qu’AliExpress, Temu et Shein – « contrairement aux Américains » – n’avaient pas qualifié le règlement de Bruxelles d’« inutile ».

Cela ne signifie pas que la conformité est garantie, mais les plateformes en ligne chinoises semblent « tout à fait conscientes » des règles de l’UE, a-t-il précisé. Toutes les entreprises rencontrées par les députés européens ont reconnu que les réformes douanières de l’Union « changeraient radicalement » leur modèle économique dans une certaine mesure, a ajouté Gotink.

Pour connaître le point de vue de Pékin, consultez Red Thread, notre newsletter sur l’Asie.


Rond-point Schuman


Report du voyage au Groenland : La visite prévue de von der Leyen au Groenland a été reportée, le Danemark n’ayant toujours pas de gouvernement pleinement constitué à la suite d’élections anticipées, ont indiqué trois responsables à Euractiv. Ce voyage, initialement prévu pour mars, devait faire suite au regain d’intérêt manifesté par Trump pour cette île, un territoire danois semi-autonome. Von der Leyen devait rencontrer le Premier ministre du Groenland, Jens-Frederik Nielsen, et éventuellement combiner cette visite avec une escale en Islande. Ces deux rendez-vous sont désormais reportés. Lisez l’article de mon collègue Magnus Lund Nielsen.

Hassan en garde à vue : La députée européenne française Rima Hassan a été placée en garde à vue à Paris pour « apologie du terrorisme ». La situation s’est aggravée après que de petites quantités de drogues synthétiques auraient été trouvées dans son sac lors de son interrogatoire, selon les médias nationaux. Elle a ensuite été libérée et a reçu une convocation pour comparaître devant un tribunal correctionnel le 7 juillet.

L’affaire trouve son origine dans un message, désormais supprimé, faisant référence à une attaque perpétrée dans les années 1970 par le terroriste japonais Kōzō Okamoto. Manon Aubry, coprésidente du groupe La Gauche au Parlement, a vivement critiqué cette décision, la qualifiant de « harcèlement judiciaire » et de violation de l’immunité parlementaire, en insistant : « Aucune intimidation ne fera taire les voix pour la défense de la Palestine ! »


Les capitales


ROME 🇮🇹

L’Italie fait à nouveau l’objet d’une attention particulière concernant l’affaire al-Masri après que la Cour pénale internationale a saisi l’Assemblée des États parties à l’encontre de Rome pour avoir omis de remettre le général libyen Ossama al-Masri, recherché pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Les autorités italiennes l’avaient arrêté en 2025 mais l’avaient rapidement rapatrié. La saisine, désormais officiellement transmise, devrait donner lieu à des débats lors de la prochaine session de l’Assemblée.

– Alessia Peretti

ATHÈNES 🇬🇷

Kyriakos Mitsotakis envisagerait un remaniement ministériel à la suite de nouvelles affaires de corruption portées devant la justice par les procureurs de l’UE, impliquant 13 députés de son parti au pouvoir, Nouvelle Démocratie. L’ampleur de ce remaniement reste incertaine, bien que des informations locales suggèrent que des ministères clés tels que ceux des Finances, des Affaires étrangères et de la Défense ne devraient pas être concernés, compte tenu de la guerre en Iran.

– Sarantis Michalopoulos

VARSOVIE 🇵🇱

Le président Karol Nawrocki a signé une réforme de l’Inspection du travail tout en la renvoyant devant le Tribunal constitutionnel pour examen, invoquant des inquiétudes quant à sa portée. La loi habilite les inspecteurs à transformer les faux contrats civils et B2B en contrats de travail, une étape importante liée aux fonds de relance de l’UE. Nawrocki a déclaré que les tribunaux devaient conserver le dernier mot, tandis que le gouvernement a salué cette mesure comme un renforcement des droits des travailleurs.

– Charles Szumski

BRATISLAVA 🇸🇰

Le président Peter Pellegrini a déclaré jeudi que l’OTAN ne devait pas être entraînée dans une guerre avec l’Iran, soulignant le rôle défensif de l’alliance. « Il n’y a eu aucune attaque contre un État membre de l’OTAN », a-t-il souligné, ajoutant que les appels à une action collective n’étaient « pas tout à fait appropriés ». Pellegrini a précisé que l’OTAN existait pour protéger ses membres, et non pour mener des opérations offensives.

– Natália Silenská

TIRANA 🇦🇱

L’ambassade des États-Unis à Tirana a averti les citoyens américains de redoubler de prudence face à la montée des tensions impliquant l’Iran, invoquant des risques potentiels pour les intérêts américains à l’étranger. L’Albanie accueille des membres du groupe dissident iranien MEK et a déjà été la cible de cyberattaques liées à l’Iran, bien que le gouvernement ait minimisé la probabilité d’une menace immédiate.

– Bronwyn Jones


Également sur Euractiv


Les alliés européens exhortent Trump à mettre fin à ses « propos incendiaires » contre l’OTAN

Les dirigeants européens et de l’OTAN exhortent Donald Trump à modérer ses propos, avertissant que ces signaux contradictoires risquent de saper la confiance dans l’OTAN à un moment critique. Emmanuel Macron a déclaré que ces contradictions répétées « vident [l’alliance] de sa substance » après que Trump eut laissé entendre que les États-Unis pourraient reconsidérer leur rôle, tandis que Donald Tusk a averti que de tels propos servaient les intérêts de Vladimir Poutine et risquaient d’éroder la confiance dans la garantie de sécurité offerte par les États-Unis.


Editrices.teur : Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski

Contributeurs.trice : Charles Cohen, Magnus Lund Nielsen, Thomas Moller-Nielsen, Nikolaus J. Kurmayer, Maximilian Henning, Bruno Waterfield, Pietro Guastamacchia, Alice Tidey

Traductrice : Clara Vassent