Monkeypox : pour soignants et patients, c'est «l’épuisement global»
En France, comme en Europe, les cas de variole du singe, ou monkeypox, se multiplient. Mais entre un hôpital au bord de l’implosion et des patients éprouvés par deux ans de pandémie, « l'épuisement » est « global », selon un infectiologue de l'AP-HP.
En France, comme en Europe, les cas de variole du singe, ou monkeypox, se multiplient. Mais entre un hôpital au bord de l’implosion et des patients éprouvés par deux ans de pandémie, « l’épuisement » est « global», alerte un infectiologue de l’AP-HP.
Le monkeypox entraine très peu d’hospitalisations, d’après les premières données scientifiques. Sur 500 patients diagnostiqués, 25 ont été hospitalisés, en majorité pour des atteintes oculaires ou des surinfections bactériennes, a indiqué Xavier Lescure, infectiologue à l’hôpital Bichat à Paris, lors d’une audition devant la commission des Affaires sociales au Sénat mercredi (13 juillet).
Mais le monkeypox reste une maladie « assez sévère » avec un « impact psychosocial majeur », souligne un autre infectiologue de l’ Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP), contacté par EURACTIV, qui a souhaité garde l’anonymat.
Depuis son apparition en Europe au début du mois de mai, sur les réseaux sociaux les témoignages de personnes atteintes se multiplient et tous rapportent d’intenses douleurs.
« Ça a commencé par une phase de fortes fièvres et de courbatures », rapporte Corentin sur Franceinfo, avec une douleur telle « à ne plus savoir m’asseoir, m’allonger, marcher ».
Parmi les symptômes les plus fréquents : fièvre, maux de têtes et lésions cutanées.
« Je croule sous les mails et les patients qui viennent directement à l’hôpital en pleurs. Je suis obligé de les mettre sous morphine tellement les douleurs sont fortes », confirme l’infectiologue de l’AP-HP.
Avant d’ajouter : « C’est compliqué car ça arrive dans un moment où l’on sort à peine du Covid. C’est l’épuisement global. Même pour les patients ».
Car à la douleur physique, s’ajoute la douleur psychologique. Pour les personnes diagnostiquées positives, le choc est difficile à encaisser. « Quand on utilise le terme d’isolement, c’est déjà terrible. Mais quand on leur dit de s’isoler pendant trois semaines, ils sont dévastés », rapporte l’infectiologue.
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A l’ouverture de la vaccination, « c’était la folie »
Le 8 juillet dernier, la Haute autorité de santé (HAS) a recommandé d’ouvrir la vaccination aux personnes considérées à risques, soit les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), les personnes trans multipartenaires, les travailleurs du sexe et les professionnels travaillant dans des lieux de consommation sexuelle.
Au lendemain de cette annonce, l’infectiologue parisien a vu un afflux considérable de patients arriver dans son service : « C’était la folie. On a reçu 800 demandes en une journée ».
Alors que l’hôpital public traverse déjà une crise sans précédent, difficile de faire face à la demande. « Ouvrir la vaccination à toutes les personnes qui sont exposées, c’est une très bonne décision. Le problème, c’est que ça arrive dans un contexte où l’hôpital est particulièrement fragile », alerte l’infectiologue.
La semaine dernière, l’infectiologue et ses équipes étaient en mesure de vacciner 40 personnes par semaine. Trop peu selon lui : « Si on commence à vacciner au compte-gouttes, on ne va jamais s’en sortir ».
Mais la crise de l’hôpital est passée par là : le manque d’infirmières et l’épuisement des professionnels de santé ne permettent pas d’aller plus vite.
Alors depuis cette semaine, changement de stratégie dans cet hôpital de l’Est parisien : « Désormais, nous allons vacciner pendant les consultations médicales et pas uniquement sur les créneaux dédiés. » Le but ? Vacciner 150 personnes par semaine.
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Pas de rendez-vous avant septembre
Pour autant, les efforts du personnel soignant ne parviennent pas à satisfaire la demande à l’approche de l’été. Nathan, 26 ans, a souhaité prendre rendez-vous mardi dernier.
A Paris, impossible de se faire vacciner avant septembre, constate le jeune homme. Il s’est donc rendu à Melun lundi (18 juillet), à environ une heure de Paris, seul créneau disponible dans la région.
« Le personnel soignant de Melun plaisantait car la salle d’attente était remplie de Parisiens venus se faire vacciner de toute urgence », raconte Nathan à EURACTIV.
Ailleurs en Europe, la vaccination s’accélère également alors que les cas de monkeypox ont doublé en une semaine, a déclaré lundi (18 juillet) la commissaire à la Santé Stella Kyriakides.
Mme Kyriakides a également annoncé que l’UE avait commandé environ 55 000 doses de vaccins supplémentaires via l’Autorité européenne de préparation et de réaction en cas d’urgence sanitaire (HERA).
En tout, l’UE dispose désormais d’un peu plus de 160 000 doses.