Moisissures, incendies : les logements insalubres, fléau pour la santé des Européens
Dans un rapport publié mardi (5 septembre), la Fondation Abbé Pierre et la Fédération européenne des organisations nationales travaillant avec les sans-abri (FEANTSA) alertent sur le mal-logement en Europe et la menace qu'il représente, tant pour la santé que pour la sécurité des personnes qui en sont victimes.
Dans un rapport publié mardi (5 septembre), la Fondation Abbé Pierre et la Fédération européenne des organisations nationales travaillant avec les sans-abri (FEANTSA) alertent sur le mal-logement en Europe et la menace qu’il représente, tant pour la santé que pour la sécurité des personnes qui en sont victimes.
Espaces exigus, moisissures, mauvaises isolations thermiques, non-respect des normes de sécurité, infiltrations d’eau, humidité… autant d’exemples qui font qu’un logement se voit qualifié d’insalubre. En Europe, 19,2 millions de personnes vivent dans ce type d’habitat, selon les données d’Eurostat.
« Si la qualité moyenne des logements n’a cessé globalement de s’améliorer au cours des vingt dernières années, habiter un logement insalubre, mal isolé, non fonctionnel ou trop exigu reste une réalité pour une frange conséquente de la population européenne », soulignent la Fondation Abbé Pierre et la FEANTSA dans un rapport conjoint sur le mal-logement et le sans-abrisme publié mardi.
Ces logements fortement dégradés ne sont pas sans conséquences pour la santé des personnes qui les occupent.
Pendant la crise de la Covid, des études ont montré que les personnes vivant à plusieurs dans de petits espaces étaient plus enclines à contracter la maladie et à la transmettre. « Le surpeuplement entraîne une diffusion plus importante des virus », confirme à EURACTIV Sarah Coupechoux de la Fondation Abbé Pierre.
Autres exemples : la moisissure sur les murs qui peut entraîner de l’asthme et des problèmes respiratoires, quand le plomb et l’amiante sont responsables de certains cancers et troubles neurologiques.
Au-delà de la propagation des virus, les logements délabrés présentent des failles de sécurité pouvant engendrer des situations dramatiques.
À Marseille (Bouches-du-Rhône), huit personnes sont décédées en novembre en 2018 après l’effondrement de trois immeubles. Les experts mandatés par la justice sont unanimement tombés d’accord pour affirmer que les immeubles étaient vétustes et présentaient des risques pour la sécurité de ses habitants.
Un autre faille de sécurité courante dans les logements insalubres sont les mauvais systèmes de chauffage qui peuvent être à l’origine d’un incendie.
Selon l’OMS Europe, 100 000 décès chaque année sont attribuables à l’insalubrité des logements.
Les jeunes Européens peinent à se loger
La Fondation Abbé Pierre et la Fédération européenne des associations nationales travaillant avec les sans-abri…
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Exclusion sociale
Moins visible mais tout aussi grave, la santé mentale des mal-logés n’est pas épargnée. « Un logement mal ventilé, mal éclairé ou avec des murs noirs sont autant de facteurs qui participent à l’exclusion sociale d’un individu », analyse Sarah Coupechoux.
A contrario, lorsque des personnes sont relogées dans des logements décents et qu’elles se sentent mieux dans leur environnement, le rapport indique une diminution des épisodes de dépression.
Le constat est similaire chez les enfants, encore plus vulnérables lorsque victimes de mal-logement ou de sans-abrisme : « Ils présentent de meilleurs résultats scolaires lorsqu’ils vivent dans un logement décent », appuie Sarah Coupechoux, qui rappelle qu’en France 2 000 enfants dorment dans la rue.
« Affectant ainsi l’évolution de l’enfant au sein des différents environnements dans lequel il évolue (familial, scolaire, amical), l’absence de logement peut entraîner un état de mal-être, voire le développement de troubles de la santé mentale », alertait l’UNICEF France dans un rapport sur les enfants sans-abri publié en octobre 2022.
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Près de 900 000 sans abris en Europe
Le rapport souligne également qu’en Europe, en 2023, 895 000 personnes seraient sans-abri. Un chiffre en hausse dans de nombreux pays, selon la fondation Abbé Pierre, qui juge la situation « préoccupante ».
En Allemagne 84 500 personnes vivent à la rue et en situation de sans-abrisme caché. En Espagne, 28 552 personnes sont sans domicile, soit 24 % de plus qu’en 2012.
Si le logement n’est pas une compétence de l’UE, Bruxelles s’est pourtant emparé du dossier en 2021, en lançant la plateforme européenne de lutte contre le sans-abrisme, dont l’objectif principal est de mettre fin à ce fléau d’ici 2030.
« Cette plateforme nous permet de partager nos bonnes pratiques et de trouver des solutions tangibles adaptables à chaque territoire », a déclaré Nicolas Schmit, commissaire à l’emploi et aux droits sociaux en 2022, en marge d’une réunion sur le sans-abrisme organisée par la présidence française de l’UE.
« Lutter contre ce phénomène implique d’avoir une approche multidimensionnelle en ne prenant pas seulement en compte le logement, mais en agissant aussi sur les services sociaux, le soutien psychologique, ou encore la formation », a-t-il ajouté.
À l’aube des élections européennes de 2024, la future Commission européenne devra poursuivre le travail entamé, insiste Sarah Coupechoux, ajoutant que « le nerf de la guerre, c’est le financement ».
Face à ce constat, la Fondation Abbé Pierre et la FEANTSA appellent les gouvernements et les institutions de l’UE à reconnaître l’habitat indigne comme un enjeu de santé publique.
Alors que l’exécutif européen a annoncé une vague de rénovation de logements pour améliorer la performance énergétique des bâtiments d’ici à 2030, les experts du rapport y voient là une opportunité d’éradiquer le sans-abrisme.
Une condition toutefois : « Apporter aux ménages les plus vulnérables un accompagnement et un soutien financier suffisant ».