Mobilité des jeunes : la difficile tâche de trouver un accord entre l’UE et le Royaume-Uni

Les rats fuyant l’enfer ont de meilleures chances de réussite que la motion sur la « mobilité des jeunes » soumise au Parlement britannique cette semaine, même si la proposition n’est pas très éloignée de ce qui pourrait devenir la politique du gouvernement britannique.

EURACTIV.com
People arriving on a Eurostar train at St Pancras International station, London, UK
Le gouvernement travailliste de centre gauche de Keir Starmer, qui a promis de réduire l’immigration, ne peut pas risquer de donner à Bruxelles quelque chose que l’opposition conservatrice pourrait considérer comme un chèque en blanc. [Getty Images/Alex Segre/UCG/Universal Images Group]

BRUXELLES — Proposée par les Libéraux-démocrates, la motion soumise cette semaine au Parlement britannique et qui vise à renégocier le régime des visas pour les 18-30 ans avec l’Union européenne (UE) a peu de chance d’aboutir. Du moins pour le moment. 

James MacLeary, député des Libéraux-démocrates — le troisième parti du Royaume-Uni et le plus favorable à l’Union européenne (UE) — a proposé le 15 janvier que le gouvernement de Londres ouvre des discussions avec « les États membres de l’UE » sur une extension du régime britannique de visas pour les jeunes adultes.

À première vue, la proposition de James MacLeary ne semble pas sortir de nulle part.

Le Premier ministre britannique Keir Starmer a annoncé sa volonté de « réinitialiser » les relations de son pays avec l’Europe, et le Royaume-Uni dispose déjà d’un système permettant aux jeunes adultes de treize pays non membres de l’UE — dont l’Australie, le Canada, le Japon, l’Islande et l’Inde — d’obtenir des visas de travail britanniques.

Le parti de James MacLeary souhaite un accord avec l’UE dans son ensemble, mais la formulation de la proposition ne semble que prévoir des pourparlers au cas par cas avec les gouvernements nationaux.

Reste que la position de Londres est pour l’heure très claire. « Aucun projet de mobilité des jeunes n’est étudié et nous ne reviendront pas à une totale liberté de circulation », explique pour Euractiv un porte-parole du gouvernement.

La Commission européenne demande beaucoup plus que ce que Keir Starmer ne peut raisonnablement proposer. La proposition de Bruxelles est similaire à celle des Libéraux-démocrates : un accord permettant aux citoyens britanniques et européens âgés de 18 à 30 ans de « voyager, travailler et vivre » dans l’UE et le Royaume-Uni pour une durée maximale de quatre ans.

Une tâche difficile

Dans la plupart des régions du Royaume-Uni, c’est une idée difficile à vendre. La proposition européenne semble en effet trop à la liberté de circulation que beaucoup d’électeurs souhaitaient supprimer lors du référendum sur le Brexit, en 2016.

Les eurocrates peuvent toujours souligner les différences de cette disposition avec la situation qui prévalait avant 2016, les électeurs britanniques, y compris les seize millions qui ont voté pour rester dans l’UE, ne semblent pas intéressé par ces arguments.

La limite de quatre ans est par ailleurs très différente des règles de l’UE en matière de liberté de circulation, qui garantissent des titres de séjour de cinq ans et, par la suite, un statut de résident permanent.

L’immigration est sans doute le doute le sujet le plus sensible aujourd’hui au Royaume-Uni.

Le gouvernement travailliste de centre gauche de Keir Starmer, qui a promis de réduire l’immigration, ne peut pas risquer de donner à Bruxelles quelque chose que l’opposition conservatrice pourrait considérer comme un chèque en blanc.

Taux de chômage chez les jeunes

Le problème n’est pas seulement politique.

Un accord général sur la mobilité des jeunes adultes avec l’UE — par opposition à des accords avec certains États membres — pourrait aussi menacer l’équilibre du marché du travail britannique.

En Espagne, un pays de 48 millions d’habitants, plus d’un quart des moins de 25 ans sont au chômage, selon Eurostat, l’office de statistiques officiel de l’UE. La Suède, la Grèce, le Portugal, le Luxembourg et la France affichent aussi des taux de chômage chez les jeunes adultes supérieurs à 20 %.

Au Royaume-Uni, ce taux est de 13,9 %. Il est donc fort possible que les électeurs sanctionnent tout gouvernement qui exposerait les jeunes demandeurs d’emploi britanniques à une forte concurrence étrangère.

Bien entendu, les jeunes Britanniques pourraient également trouver des opportunités dans certaines régions d’Europe. Mais même à l’époque de l’UE, peu nombreux étaient ceux à tenter leur chance sur le continent.

Les Libéraux-démocrates ont toujours prospéré en s’adressant à une petite niche d’électeurs. Mais dans le reste du pays, parler de libre circulation fait perdre des voix.

Une façon de contourner le problème serait de faire précisément ce que demande James MacLeary : conclure des accords individuels, avec un État membre de l’UE à la fois. Cela permettrait à Londres de prendre en compte les disparités économiques des différents pays lors des négociations.

La Commission ne supporte pas cette idée, préférant un traitement égal pour tous les États membres. Depuis le référendum de 2016, Bruxelles insiste pour que les pays de l’Union maintiennent un front uni face à Londres.

Elle avertit également les États de l’UE que les Britanniques pourraient ne pas être intéressés par un accord avec toutes les capitales, ce qui est probablement vrai. Cependant, pour le Royaume-Uni, cela constitue un argument en faveur des accords bilatéraux plutôt qu’un argument contre eux.

Poker face

Les diplomates de l’UE expliquent avoir encore du mal à comprendre exactement quel est la nature de la « réinitialisation » souhaitée par Keir Starmer. Le Premier ministre y réfléchit d’ailleurs peut-être encore.

La reprise des négociations entre Londres et Bruxelles n’en est pourtant qu’à ses débuts, les deux parties voulant entamer les discussions en étant très fermes.

Le fait que le Royaume-Uni ait conclu des accords sur la mobilité des jeunes avec l’Uruguay et l’Inde suggère qu’il est peu probable que des accords similaires avec l’Allemagne ou la Finlande soient définitivement écartés.

Si l’UE peut faire des compromis sur les préoccupations britanniques en matière de contrôle de l’immigration, et si Keir Starmer peut trouver un moyen pour Bruxelles de préserver une façade d’unité européenne, alors un accord pourrait être à portée de main.

[Édité par LG]