Mission SCANS IV : des scientifiques européens scrutent les cétacés depuis le ciel
Durant tout le mois de juillet et jusqu'à la mi-août, des chercheurs traquent depuis le ciel les cétacés européens.
Durant tout le mois de juillet et jusqu’à la mi-août, des chercheurs traquent depuis le ciel les cétacés européens.
« C’est confirmé : le talus au large de la Bretagne est « the place to be », rorquals communs, globicéphales, dauphin de Risso et énormément de dauphins communs et dauphins bleu et blanc ont été observés, ainsi que le premier cachalot de la mission. »
En ce début juillet, au large du golfe de Gascogne, l’équipage de la mission SCANS IV (Small Cetaceans in European Atlantic waters and the North Sea) est comblé, en témoigne ces quelques lignes du journal de bord d’expédition.
Depuis le 27 juin et jusqu’à la mi-août, plusieurs équipes se relayent pour survoler l’océan Atlantique, de la Mer du Nord jusqu’à Gibraltar. L’objectif : recenser les cétacés européens.
C’est la quatrième mission du genre. Baleines, dauphins et autres marsouins font l’objet de suivis depuis près de 30 ans, avec la première campagne SCANS en 1994. Elle a été reconduite en 2005 puis en 2016 par la même équipe de chercheurs formés à l’Observatoire Pelagis, unité d’appui et de recherche (UAR 3462) de La Rochelle Université et du CNRS.
« Il y a une grande diversité de cétacés dans le golfe de Gascogne. Et d’une manière générale il y a un manque de connaissances de la plupart des espèces », explique à EURACTIV Matthieu Authier, ingénieur de recherche à l’observatoire Pelagis.
Huit avions en simultané
Devant l’immensité de la zone d’étude, les équipes ont mobilisé huit avions qui survolent les eaux simultanément, à la même hauteur (180 mètres) et à la même vitesse (180 km/h). Ils parcourent des itinéraires bien définis pendant plusieurs heures de manière à couvrir de façon représentative l’espace maritime. À l’intérieur de l’engin, deux personnes scrutent les eaux visuellement à travers le hublot, et la troisième prend des notes.
En plus de l’identification et du comptage visuel, les scientifiques ont embarqué un système digital, STORMM (Système de Télédétection Optique aéroporté pour l’aide au Recensement de la Mégafaune Marine). Il effectue, sous l’avion, des prises de vues haute définition qui aident à l’identification de certaines espèces proches les unes des autres, ou à l’estimation de la taille des groupes.

Zones à échanillonner par les différentes équipes européennes (en couleur). Transects déjà échantillonnés (gris pointillé)
Baleine bleue
Côté rencontres, les explorateurs n’ont pas été déçus. À côté des classiques – dauphin bleu et blanc, le dauphin commun, le dauphin de Risso – le globicéphale noir, le rorqual commun et des baleines à bec de Cuvier ont été aperçus.
Le clou de la mission fut cette rencontre, le samedi 23 juillet, avec une baleine bleue, au beau milieu du golfe de Gascogne, à environ 300 km au large de la Vendée. Une rencontre « rare et remarquable » selon l’équipage, ces espèces étant très mobiles et sporadiques. Les scientifiques estiment tout de même qu’environ 3 000 baleines bleues évoluent dans l’Atlantique nord-est.
Le protocole prévoit également la collecte de données sur d’autres taxons de la mégafaune marine (oiseaux, tortues, requins, …), mais aussi les activités humaines (déchets, bateaux).
Mesures européennes
Toutes les images sont en cours d’analyse, les effectifs et les identifications vérifiés au fur et à mesure des rencontres. Les résultats seront ensuite comparés à ceux des expéditions précédentes, de manière à comprendre la distribution et la répartition des espèces.
« Entre la première et la deuxième mission, nous avons constaté un déplacement des marsouins en mer du Nord, phénomène qui a été confirmé en 2016. Ce qui pourrait s’expliquer par le déplacement des proies, mais aussi les activités humaines (pêches, champs éoliens), la mer du Nord étant très anthropisée », détaille Matthieu Authier.
Au contraire, les populations de grand dauphin augmentent dans le golfe de Gascogne. Concernant les autres espèces, les populations semblent relativement stables pour l’ingénieur de recherche, même s’il faut plus de données pour percevoir les dynamiques de long terme.
La mission devrait être reconduite tous les six ans, afin de répondre au besoin de reportage des Etats membres au titre la Directive-Cadre Stratégie pour le Milieu Marin (DCSMM). En fonction des résultats, l’Union européenne pourra prendre des mesures concrètes pour améliorer le statut de certains cétacés dans les eaux européennes.
Ce programme SCANS est financé par huit pays qui bordent l’Atlantique : la Suède, le Danemark, l’Allemagne, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, l’Espagne, le Portugal et la France (via l’Office Français de la Biodiversité).
Dans les 15 prochains jours, les avions survoleront surtout la mer du Nord, les zones sud ayant presque toutes été couvertes. Les résultats seront rendus publics à la fin de l’année 2023.