Mirko Galic : L’adhésion de la Croatie à l’UE début 2012 sera déjà un grand succès
Dans un entretien accordé à EURACTIV.fr, l’ambassadeur de Croatie en France, Mirko Galic, fait le point sur le processus d’adhésion de la Croatie à l’UE.
Dans un entretien accordé à EURACTIV.fr, l’ambassadeur de Croatie en France, Mirko Galic, fait le point sur le processus d’adhésion de la Croatie à l’UE.
Nous sommes dans la dernière phase des négociations d’adhésion de la Croatie à l’UE. Quel rôle la France a-t-elle joué dans ce processus ?
La France a toujours soutenu la Croatie d’une façon exemplaire. Cela s’est manifesté pour la première fois de façon inconditionnelle au sommet de Zagreb [initié par Jacques Chirac en 2000, ndlr]. Cet événement a été le tournant dans la démarche de la Croatie vers l’Europe. Ce premier sommet tenu dans un pays non-membre de l’UE a en effet défini la stratégie de l’Europe selon laquelle chaque pays adhère en fonction de son contexte intérieur, de ses réformes.
Deuxième grand signe : la modification constitutionnelle en France en 2005. Selon cette réforme, la Croatie était le dernier pays à pouvoir entrer dans l’UE sans que la France ne soit obligée d’organiser un référendum.
Lors de sa visite à Zagreb au mois d’octobre, le président du Sénat, Gérard Larcher, a indiqué que l’adhésion de la Croatie était « une priorité pour la France ». C’est un nouveau signe que la France se trouve à côté de la Croatie dans ses démarches. Même si votre pays a aussi des exigences. Ce soutien n’est pas inconditionnel, mais lié aux conditions posées par l’Europe.
Dans sa dernière stratégie sur l’élargissement, publiée mi-octobre, la Commission européenne demande à la Croatie d’accélérer sa réforme de la justice. Que fait le gouvernement croate en ce sens ?
Les pays soumis auparavant au système soviétique avaient le même syndrome que la Croatie : la justice dépendait du pouvoir politique. Le pouvoir avait la main mise sur les médias et la justice. Même si, dans l’ancienne Yougoslavie, le système était un peu moins rigide que dans le reste du bloc communiste. Le gouvernement français a d’ailleurs nommé un grand expert, Jean-Louis Dewost, conseiller auprès du gouvernement et du ministère de la justice croate.
Outre l’indépendance de la justice, il faut également renforcer la compétence des juges.
Quel est le problème de compétence des juges en Croatie?
Ils étaient choisis en fonction de leur appartenance politique. Il faut qu’ils soient politiquement neutres. Le critère de professionnalisme doit être primordial dans la désignation des juges. Le mode de nomination a d’ailleurs changé aujourd’hui en Croatie, ils ne sont plus nommés par une institution politique. Je sais que l’exemple de la France a servi pour la Croatie dans cette réforme, notamment l’idée de l’école de la magistrature. Nous avons été plusieurs fois à Bordeaux parlé avec des experts. Nous nous inspirons du modèle français pour transformer le système judiciaire croate.
Les problèmes de frontière avec la Slovénie semblent en passe d’être résolus. Quelles sont les prochaines étapes ? Tous les obstacles ont-ils été levés ?
Je ne connais pas les détails. C’est presque un secret d’État. Ce qui est une bonne approche pour ne pas utiliser les médias dans des négociations entre ces deux pays qui sont des amis.
Ce petit problème frontalier est très important pour la Slovénie. Les intérêts nationaux du pays sont définis avec un contact direct avec la mer. Ce qui n’est pas possible sans une grande concession de la part de la Croatie. Je ne me mets pas en position d’arbitre mais les discussions sont très difficiles depuis l’accès de la Slovénie à l’indépendance. Ce pays est entré dans l’UE avec ce problème. La Croatie n’a pas dit un seul mot. Nous avons même fêté cette adhésion comme un succès car l’Europe se rapprochait de la Croatie.
La Slovénie a quant à elle montré ses réticences sur l’adhésion de la Croatie à cause de ce problème.
Il faut trouver un compromis entre les intérêts nationaux croates et slovènes. La Croatie a toujours proposé la voie juridique comme nous l’avons fait avec le Monténégro. Nous avions une frontière maritime avec ce pays qui n’était pas définie. La cour internationale de justice à La Haye doit trancher. Les Slovènes ont refusé cette solution.
Cette fois il me semble que les deux gouvernements avec l’aide de l’UE et des États Unis ont trouvé une solution de compromis. Nous verrons si elle est approuvée par les deux parlements.
Quelle est la position du gouvernement croate sur l’adhésion de la Turquie à l’UE ?
Nous avons de bonnes relations avec la Turquie. Nous considérons que c’est un grand pays dont une partie de l’histoire et du projet sont liés à l’Europe. La Turquie sera-t-elle demain un membre à part entière, ou un partenaire privilégié ? Je ne sais pas.
La Commission européenne évoque 2011 pour une adhésion de la Croatie à l’UE. Cette échéance vous semble-t-elle crédible ?
Plus l’adhésion sera proche, mieux ce sera. Mais je suis réaliste. Si le pays adhère à l’UE au début de l’année 2012, ce sera déjà un grand succès. Il faut laisser un peu de temps aux négociateurs pour terminer le processus. Il faut également laisser le temps aux Parlements nationaux, et aux pays membres, de ratifier, soit par la voie parlementaire, soit par la voie référendaire, l’adhésion de la Croatie. Quoi qu’il en soit, je sens que le grand retour de la Croatie en Europe est proche.
La Croatie est entrée dans l’OTAN en avril 2009. Le pays est-il prêt à s’engager dans le développement de l’Europe de la défense ?
Complètement. L’OTAN n’est pas quelque chose de dépassé. C’est une communauté de valeur et c’est une aussi une solidarité entre les membres. Et la Croatie ne joue pas les cavaliers seuls ni dans l’OTAN ni demain dans l’UE.
La Croatie est complètement consciente qu’il faut donner un nouvel élan à l’idée de l’Europe de la défense.
Mais il ne faut pas oublier l’histoire. Les États-Unis ont sauvé deux fois l’Europe de la catastrophe des guerres mondiales. Aujourd’hui les conditions ont changé, mais il ne faut pas dire aux Américains de rester chez eux. Ils sont toujours les bienvenus. Si l’Europe veut développer son identité y compris militairement il faut garder de bonnes relations y compris avec les États-Unis mais aussi faire fonctionner et créer les moyens de sa propre défense.
Mais la Croatie n’a pas même histoire que les pays de l’Europe de l’Est. Ancien membre de la République de Yougoslavie, notre pays était entre l’Est et l’Ouest. Et je ne peux pas fonctionner comme un citoyen tchèque ou slovaque qui a réellement été menacé à plusieurs reprises par l’Union soviétique.
L’UE en fait-elle suffisamment aujourd’hui pour aider les pays des Balkans à assurer leur transition démocratique ?
Au début de l’indépendance de la Croatie, l’Europe a laissé le pays à part et nous nous sommes sentis abandonnés.
Heureusement cette période appartient à l’histoire et aujourd’hui l’Europe est très présente dans cette région. N’oublions pas que ses forces militaires sont présentes en Bosnie, au Kosovo.
Certains pays sont devant la porte de l’Union européenne : la Macédoine et le Monténégro ont fait acte de candidature. Et la Serbie et la Bosnie se préparent.