Migrations : l’accord entre l’Italie et l’Albanie échoue une fois de plus

L’accord entre l’Italie et l’Albanie sur la gestion de l’immigration s’est heurté à un nouvel obstacle après qu’un tribunal de Rome a ordonné que les migrants soient renvoyés — de nouveau.

/ EURACTIV.com
Italian PM Meloni meets Singapore President Tharman in Rome
Les décisions des juges alimentent le mécontentement au sein du gouvernement, qui doit maintenant faire face à une enquête sur le rapatriement, la semaine dernière, du chef de guerre libyen Ossama al-Masri, condamné par la Cour pénale internationale (CPI). [EPA-EFE/ANGELO CARCONI]

L’accord entre l’Italie et l’Albanie sur la gestion de l’immigration s’est heurté à un nouvel obstacle après qu’un tribunal de Rome a ordonné que les migrants soient renvoyés — de nouveau.

Lundi dernier, la marine italienne a secouru 49 migrants en mer et les a transférés dans le port albanais de Shëngjin dans le cadre du protocole Italie-Albanie sur la gestion des migrants. Six d’entre eux ont été renvoyés en Italie après leur arrivée en Albanie en raison de leur état de santé ou de leur statut de mineur.

Vendredi soir, la Cour d’appel de Rome a refusé de valider la détention des 43 migrants restants, qui ont donc eux aussi été renvoyés en Italie.

L’Organisation internationale pour les migrations (OIM), l’agence affiliée aux Nations unies chargée de la présélection des migrants sur la base d’évaluations médicales, a brillé par son absence cette fois-ci, selon les députés du Partito democratico d’opposition qui se sont rendus en Albanie pour l’occasion.

Le tribunal de Rome a suivi la décision d’une juridiction inférieure en octobre, qui a renvoyé l’affaire devant la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) pour une décision finale, attendue le 25 février.

Coup dur attendu au niveau de l’UE

Les juges italiens ont estimé que l’envoi de migrants en Albanie contrevenait à un arrêt de la CJUE selon lequel pour targuer un pays d’origine de « sûr », les États membres doivent évaluer sa sécurité dans son ensemble.

La décision de vendredi s’inscrit dans une série de coups portés à l’accord entre l’Italie et l’Albanie, qui s’est heurté à des obstacles répétés depuis le début, notamment en octobre et en novembre, lorsque deux autres groupes de demandeurs d’asile ont été renvoyés vers l’Italie.

Après les revers judiciaires, le gouvernement a fait pression pour remettre la machine en marche le 11 janvier. Depuis la mise en œuvre de l’accord, aucun migrant transféré en Albanie n’a vu sa détention confirmée — tous ont été renvoyés en Italie.

La flambée judiciaire de Giorgia Meloni

Les décisions des juges alimentent le mécontentement au sein du gouvernement, qui fait maintenant face à une enquête sur le rapatriement, la semaine dernière, du chef de guerre libyen Ossama al-Masri, condamné par la Cour pénale internationale (CPI).

La Première ministre Giorgia Meloni, le ministre de la Justice Carlo Nordio et le ministre de l’Intérieur Matteo Piantedosi font actuellement l’objet d’une enquête.

« Si certains juges veulent gouverner, ils devraient se présenter aux élections et gouverner », a commenté la Première ministre, qui a qualifié la décision de « préjudice pour la nation ». Elle a défendu à plusieurs reprises l’accord avec Tirana, insistant sur le fait qu’elle continuerait à le défendre jusqu’à ce qu’il soit opérationnel.

Alors que les membres de la majorité au pouvoir continuent d’accuser le pouvoir judiciaire de partialité politique, l’opposition a dénoncé l’initiative comme un gaspillage de l’argent public et un échec politique.

Le coût de la construction, de la gestion du personnel, des déplacements, des indemnités, des logements de la police et du recrutement de nouveaux juges est en effet estimé à 653,5 millions d’euros sur cinq ans.

« Le refus du gouvernement de se conformer à la législation européenne et aux décisions de justice entraîne un gaspillage extraordinaire de l’argent des contribuables », a déclaré Elly Schlein, dirigeante du Partito democratico, principal parti d’opposition.

Cette dernière a exigé une comptabilité complète des dépenses de l’État pour l’opération, qui, selon son parti, « a déjà dépassé le milliard d’euros ».

Nicola Fratoianni, chef de file de l’Alleanza verdi e sinistra, a déclaré que le résultat était « inévitable » et a averti que « [Giorgia] Meloni ne doit pas utiliser cet épisode pour se présenter comme une victime ou pour rejeter la responsabilité sur le système judiciaire ».

(AM)