Migrations : ces vols Minsk-Benghazi qui inquiètent l’UE

Des vols suspects entre Minsk et Benghazi font craindre une nouvelle pression migratoire orchestrée avec l’appui de Moscou.

EURACTIV.com
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La Commission européenne mène une enquête sur une série de vols inhabituels reliant Minsk (Biélorussie) à Benghazi (Libye), sur fond de craintes d’une nouvelle vague de migration irrégulière vers l’Europe du Sud, possiblement orchestrée avec l’appui de la Russie, a confié un responsable européen à Euractiv.

Ces vols, opérés par la compagnie biélorusse Belavia, suscitent des soupçons à Bruxelles. La Commission redoute une possible coordination avec les autorités de l’Est libyen, une région contrôlée par le maréchal Khalifa Haftar, un acteur réputé proche du Kremlin.

« La fréquence et la nature de ces vols soulèvent des questions quant à une éventuelle facilitation des flux migratoires irréguliers », explique le responsable européen.

Entre janvier et juin 2025, plus de 27 000 migrants sont arrivés en Italie en provenance de Libye, tandis que plus de 7 000 ont atteint l’île de Crète, soit trois fois plus qu’à la même période l’année dernière.

L’Union européenne a déjà été confrontée à un scénario similaire. À l’été 2021, la Biélorussie s’était retrouvée au cœur d’une crise migratoire à ses frontières avec la Pologne, la Lituanie et la Lettonie.

À l’époque, la Russie aurait joué un rôle indirect, tandis que le président biélorusse Alexandre Loukachenko facilitait l’octroi de visas, organisait des vols, et acheminait des migrants venus du Moyen-Orient et d’Afrique vers Minsk.

Aujourd’hui, Bruxelles redoute que Moscou n’adopte une stratégie comparable via la Libye, en se servant de la migration comme d’un levier pour fragiliser l’unité du bloc européen.

La responsabilité de la Turquie

Mais la Grèce estime que l’UE néglige un autre acteur dans la crise actuelle : la Turquie.

Athènes s’inquiète des récentes initiatives diplomatiques d’Ankara envers la Libye et l’Italie. Le vendredi 1er août, le président turc Recep Tayyip Erdoğan a accueilli dans la capitale turque une réunion trilatérale avec la Première ministre italienne Giorgia Meloni et des représentants libyens pour discuter de coopération en matière de migration et d’énergie. Une réunion à laquelle la Grèce n’a pas été conviée.

Les responsables grecs redoutent que cette réunion ne marque un réalignement stratégique dans la région, d’autant que la Turquie se rapproche de plus en plus de Khalifa Haftar et prévoit de rouvrir son consulat à Benghazi.

Athènes s’inquiète également des efforts déployés par Ankara pour mettre en œuvre un accord controversé sur les frontières maritimes avec la Libye, qui ignore l’existence de l’île grecque de Crète.

L’UE ne reconnaît pas cet accord maritime, réaffirme le responsable européen interrogé par Euractiv. Il souligne également que la question a été soulevée par la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, lors de sa visite en Turquie en janvier dernier.

Dans le même temps, l’opposition grecque critique le gouvernement pour son isolement diplomatique dans la région et accuse Giorgia Meloni d’avoir trahi son homologue grec, le Premier ministre Kyriákos Mitsotákis, en ne l’invitant pas à la réunion.

L’eurodéputé grec Nikólaos Farantoúris (groupe de La Gauche) explique à Euractiv que son pays risque d’être encerclé géopolitiquement par ses voisins et prévient les partenaires de l’UE que la Turquie joue un rôle déstabilisateur au Moyen-Orient et en Libye.

Il exhorte le gouvernement grec à organiser une réunion avec Chypre, la Libye et l’Égypte, cette dernière étant alignée avec la Grèce sur la question des frontières maritimes et opposée aux ambitions de la Turquie.

Cependant, l’Égypte et la Grèce sont actuellement engagés dans une dispute diplomatique au sujet de l’intention du Caire de confisquer un ancien monastère orthodoxe grec au pied du mont Sinaï.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]