Michel Barnier se tourne vers l’Italie alors que le couple franco-allemand bat de l'aile
Pour son premier voyage officiel, le Premier ministre Michel Barnier a décidé de se rendre la semaine prochaine à Rome au lieu d'aller à Berlin, un signe illustrant les difficultés du couple franco-allemand mais surtout la nouvelle influence prise par Giorgia Meloni au niveau européen.
Pour son premier voyage officiel, le Premier ministre Michel Barnier a décidé de se rendre la semaine prochaine à Rome au lieu d’aller à Berlin, un signe illustrant les difficultés du couple franco-allemand mais surtout la nouvelle influence prise par Giorgia Meloni au niveau européen.
Il est habituel que les Premiers ministres français se concentrent sur les affaires intérieures, laissant l’international au président. Mais lorsque le chef du gouvernement a été deux fois commissaire européen, le principal négociateur du Brexit, et qu’il est connu dans les capitales de l’UE, des exceptions peuvent être faites.
Michel Barnier se rendra donc à Rome les 5 et 6 décembre prochains, à la rencontre de la Première ministre italienne Giorgia Meloni, dans le but d’« ouvrir » le partenariat franco-allemand à l’Italie, un « grand » pays que « la France a souvent négligé », a-t-il expliqué.
Il est vrai que le moment est crucial, alors que Giorgia Meloni semble gagner en influence, qu’elle mène une agressive politique anti-immigration, et qu’elle est devenue essentielle pour bâtir des coalitions alternatives à la droite du Parti populaire européen (PPE).
Les sujets de discussions seront donc nombreux, et Michel Barnier compte sur sa visite romaine pour trouver un allié solide sur une série de questions urgentes.
L’une d’entre elles concerne la mise en place d’un front uni à l’échelle de l’UE, pour éviter une guerre commerciale avec les États-Unis, alors que la nouvelle administration Trump prendra ses fonctions en janvier prochain. L’Italie, devenue le quatrième exportateur mondial devant le Japon, devrait souffrir de l’augmentation des droits de douane transatlantiques.
Le soutien à l’Ukraine devrait également être au coeur des échanges entre Michel Barnier et Giorgia Meloni, Donald Trump expliquant vouloir se désengager du conflit le plus rapidement possible — sans pour autant expliquer clairement comment il compte le faire.
La coalition émergente qui rassemble l’Italie, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la Pologne, révèle à quel point la menace américaine est prise au sérieux — et qu’il y a un bien un enjeu de s’exprimer d’une seule voix.
Le Premier ministre s’apprête aussi à sonder Giorgia Meloni sur le possibilité que Rome rallie la France dans son opposition à l’accord du Mercosur. Jusqu’à présent, la ligne officielle de Rome est un « oui à l’accord, avec des réserves » — mais un membre du cabinet de Michel Barnier a confirmé qu’il y avait une marge de manœuvre, surtout depuis que le Premier ministre polonais, Donald Tusk, s’est publiquement opposé à l’accord.
Un autre sujet important devrait être l’immigration, alors que les passages irréguliers se poursuivent dans les Alpes, entre l’Italie et la France. Michel Barnier s’était d’ailleurs rendu en octobre à la frontière entre Menton et Vintimille.
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Dix ans de coups de poignard dans le dos
Au-delà des discussions politiques, le voyage de Michel Barnier comporte un élément plus symbolique, alors que les relations entre la France et l’Italie ont été compliquées ces dix dernières années.
Luigi Di Maio, alors président du Movimento 5 Stelle (M5S, La Gauche), avait par exemple apporté son soutien au mouvement des « gilets jaunes » en 2018, ce qui avait laissé de profondes cicatrices . À contrario, Rome accuse toujours Paris d’être responsable de l’arrivée de réfugiés depuis la Libye, depuis la chute de Mouammar Kadhafi.
Plus récemment, l’échec du rachat par Ficantieri des Chantiers de l’Atlantique en 2021, après des années de négociations, était venu crisper les relations entre les deux voisins, tout comme les commentaires de l’ancien ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, qui accusait en 2023 Giorgia Meloni d’être « incapable de gérer les problèmes migratoires ».
La dernière décennie a été marquée par « la pire crise bilatérale depuis la Seconde Guerre mondiale », estime ainsi Jean-Pierre Darnis, professeur à l’Université Côte d’Azur de Nice et à l’Université LUISS de Rome.
Dans ce contexte, la « courtoisie » de Michel Barnier, associée à son expérience européenne, est un signal positif que les Italiens ne peuvent qu’apprécier, alors que les deux pays célèbrent le troisième anniversaire de la signature du traité du Quirinal, qui a renforcé leur coopération.
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Aller là où « la stabilité politique est la norme »
Contrairement à la tradition, Michel Barnier se rend donc à Rome avant d’aller à Berlin, ce qui relance les spéculations sur les hoquets du tandem franco-allemand. « La coopération franco-allemande est de plus en plus nécessaire, mais de moins en moins suffisante », avait déclaré le Premier ministre la semaine dernière.
Le chancelier Olaf Scholz et le président Emmanuel Macron se sont ainsi opposés sur un certain nombre de questions ces dernières années, notamment sur la défense et l’énergie.
Politiquement, tous deux naviguent en eaux troubles, alors qu’Olaf Scholz risque de subir une sévère défaite aux élections anticipées et que le gouvernement de Michel Barnier menace en permanence de s’effondrer.
« L’Allemagne est actuellement dans une mauvaise passe politique. Je peux comprendre la décision d’aller en Italie où, en fin de compte, la stabilité politique est la norme », souligne Marie-Pierre Vedrenne, la cheffe de la délégation Renaissance (le parti présidentiel) de Renew Europe.
« Le condominium franco-allemand est terminé depuis longtemps. Avez-vous vu l’état de Paris et de Berlin ? », s’est aussi interrogé l’eurodéputé Raphaël Glucksmann (Socialistes et Démocrates européens), qui souhaite que la France « diversifie [ses] alliances ».
« Qu’on le veuille ou non, [Giorgia Meloni] est à la table du Conseil européen », continue Marie-Pierre Vedrenne.
Mieux vaut donc être amis maintenant que de le regretter plus tard.
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[Édité par Anna Martino et Laurent Geslin]