Michel Barnier : Le lobbying de MasterCard est inacceptable

Le commissaire européen en charge du marché intérieur et des services a déclaré à des journalistes français à Bruxelles le 18 juillet qu’il avait été « très frappé par une campagne américaine inhabituelle » de MasterCard.

/ EURACTIV.fr
Michel Barnier 18 July 2013_smaller.jpg
Michel Barnier 18 July 2013_smaller.jpg

Le commissaire européen en charge du marché intérieur et des services a déclaré à des journalistes français à Bruxelles le 18 juillet qu’il avait été « très frappé par une campagne américaine inhabituelle » de MasterCard.

Les services de M. Barnier publieront le 24 juillet une proposition de règlement sur la limitation des commissions multilatérales d'interchange (CMI) et la réduction consécutive des coûts pour les consommateurs.

Les CMI correspondent à la somme que la banque d'un commerçant paie pour traiter les transactions.

EURACTIV a consulté une copie de cette proposition. Les nouveaux plafonds pour les CMI seront fixés à 0,2 % et 0,3 % de la valeur des transactions respectivement par cartes de débit et de crédit.

>> Lire : La Commission veut toujours limiter les frais des cartes bancaires

Le commissaire Barnier a dénoncé une campagne de MasterCard. La société américaine « a acheté des pages entières dans les journaux [français], qui paraissaient comme des publi-reportages ». « Ce qui représentait une ambiguïté puisqu’ils ont mis ma photo. »

EURACTIV compte MasterCard parmi ses sponsors, mais n'a pas participé à la campagne publicitaire qui ciblait les journaux économiques français.

Michel Barnier s'est dit « très frappé » parce que la campagne avait trait à des propositions qui n'avaient pas encore été publiées et qu’elle reprenait sa photo. « C’est une campagne de lobbying de MasterCard qui a dû coûter un certain prix d’ailleurs et que j’ai trouvé assez inacceptable dans son principe. »

« Nous avons le plus grand respect pour le commissaire Barnier et nous soutenons pleinement l’incitation aux paiements électroniques afin de stimuler la croissance économique, tout en protégeant les consommateurs européens. Nous prenons la proposition du commissaire au sérieux, comme toujours. Nous nous engageons à continuer à travailler de manière productive et constructive avec la DG Marché intérieur et services », a déclaré un porte-parole de MasterCard.

Les études espagnoles sont mises en doute

Les propos du commissaire français révèlent les positions différentes de MasterCard et de l'exécutif européen à propos des CMI et surtout des avantages pour les consommateurs.

MasterCard affirme qu'une réduction des commissions interbancaires ferait grimper les coûts pour les consommateurs, ce qui entraînerait une plus grande utilisation d’espèces. La société a mentionné le cas de l'Espagne, où les commissions ont baissé de plus de 57 % entre 2006 et 2010.

Des universitaires espagnols ont rédigé un rapport avec le soutien de MasterCard. Ils ont conclu que les consommateurs n'avaient pas tiré profit de cette réduction. Ce sont les commerçants qui ont économisé 2,75 milliards d'euros en cinq ans.

Lorsqu'EURACTIV a abordé le sujet, le commissaire français a écarté les propos des groupes de consommateurs espagnols.

« MasterCard a dépensé beaucoup d’argent dans cette campagne et a fait faire beaucoup d’études payées par eux. C’est pour ça que je trouve ça assez inacceptable comme méthode de lobbying. J’ai rarement vu ça depuis quatre ans que je suis ici », a répondu le commissaire.

L'exécutif européen a cité l'exemple de la France. Les commissions interbancaires ont également été réduites, sans augmentation des coûts pour les détenteurs de cartes.

Désaccord des groupes de consommateurs

La Commission a néanmoins reconnu les preuves de l'Espagne.

« L'expérience, par exemple en Australie et en Espagne, a prouvé que la réduction des commissions pour les commerçants encourage l'acceptation des cartes dans les magasins et peut faire grimper les paiements par carte, ce qui augmente les revenus des banques », peut-on lire dans un protocole d'accord publié par l'exécutif européen en juin 2013.

Le soutien des consommateurs constitue un autre sujet de discorde

Le groupe espagnol de consommateurs ADICAE, l'un des dix plus grands d'Europe, a demandé le mois dernier à la Commission de ne pas réduire les CMI. Le groupe de consommateurs italien Movimento Difesa del Cittadino s'y oppose également.

Le Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC) ne partage ce point de vue et affirme que les avis des deux groupes ne sont pas représentatifs puisqu’ils ne font pas partie de l'organisation.

M. Barnier a souligné que des organisations de consommateurs, comme le BEUC et Eurocommerce, soutenaient pleinement sa proposition qui serait bénéfique pour les consommateurs et encouragerait la transparence.