Michel Barnier : « Je veux me comporter comme un homme politique »

Quelques heures après sa nomination comme commissaire européen au Marché intérieur et aux services, le Français Michel Barnier a affirmé qu’il voulait «approfondir le marché intérieur, avec lequel les Français sont parfois un peu fâchés».

Quelques heures après sa nomination comme commissaire européen au Marché intérieur et aux services, le Français Michel Barnier a affirmé qu’il voulait «approfondir le marché intérieur, avec lequel les Français sont parfois un peu fâchés».

Un feuilleton qui prend fin. La nomination de l’ancien ministre de l’Agriculture, ancien ministre des Affaires étrangères et eurodéputé Michel Barnier (UMP-PPE) à la Commission européenne aura fait l’objet de controverses. Le président de la Commission José Manuel Barroso a confirmé, vendredi 27 novembre, que le Français serait en charge du portefeuille du Marché intérieur et des services financiers.

« La confiance de José Manuel Barroso me touche », a déclaré Michel Barnier en faisant allusion à l’importance de sa nouvelle fonction, lors d’une conférence de presse organisée quelques heures après sa nomination. La désignation d’un Français à ce poste semble cependant normal au nouveau commissaire. « Ce qui est étonnant c’est qu’un Français devienne pour la première fois en cinquante ans commissaire au Marché intérieur. Et cela explique peut-être la distance entre les Français et le marché intérieur », a affirmé Michel Barnier.

C’est bien la nature de la fonction du Français au sein du Collège qui a fait l’objet d’une bataille entre Londres, Paris, et Bruxelles. Nicolas Sarkozy voulait pour la France le portefeuille du marché intérieur comprenant, comme cela était le cas jusqu’à présent, les services financiers. Mais Londres craignant une volonté régulatrice trop risquée pour la City s’y opposait.

Comment le nouveau commissaire français compte-t-il rassurer les Britanniques ? « Je travaillerai avec tout le monde », s’est borné à indiquer Michel Barnier. « Je n’ai pas besoin qu’on me convainque de l’importance de la place financière de Londres, de Paris ou de Francfort. Ce qui m’intéresse c’est de faire plus de marché intérieur, pas moins ». Reste que le futur directeur général de la Commission en charge du marché intérieur, c’est-à-dire le fonctionnaire qui dirigera l’administration travaillant derrière le commissaire devrait être le Britannique Jonathan Faull.

«Approfondir le marché intérieur»

Loin d’être une manière de contrôler l’action du futur commissaire français, Michel Barnier indique avoir lui-même proposé cette solution au président de la Commission européenne. « J’avais pris l’initiative de prendre un directeur général britannique [lors de son précédent passage à la Commission, ndlr]. Je suis prêt à le refaire, c’est ma proposition », a indiqué le Français.

Refusant de s’exprimer sur le fond de son programme qui sera dévoilé, comme le veut la procédure, lors de son audition par le Parlement européen, Michel Barnier a simplement indiqué qu’il souhaitait « approfondir le marché intérieur, avec lequel les Français sont parfois un peu fâchés (…) C’est plus familier aux grandes entreprises. » « Je veux utiliser tous les outils de ce marché pour les grandes entreprises mais aussi d’avantage que cela ne l’était par le passé pour les PME et les citoyens, pour d’avantage de compétitivité, de croissance et d’emploi. »

L’industrie, les services, les services financiers et l’économie de la connaissance seront ses quatre champs d’action. La feuille de route de Michel Barnier sera également « les décisions du G20 en matière de gouvernance et de régulation mondiale ».

Le Français va désormais se préparer pour les auditions du Parlement européen qui se dérouleront à partir du 11 janvier. S’il compte répondre aux préoccupations des eurodéputés sur les textes en cours comme la régulation des fonds alternatifs ou la directive sur les délais de paiement, Michel Barnier a souligné qu’il comptait se « comporter comme un homme politique » devant les parlementaires. « Un commissaire est un homme ou une femme politique. Je veux poser des questions politiques sur comment approfondir le marché intérieur, comment réconcilier le social et le marché, tirer les leçons de la crise et mettre le marché intérieur au service de l’économie de la connaissance ».

La Commission « n’est pas un gouvernement »

Cette volonté de refaire de la politique en Europe fait échos à des propos déjà tenus maintes fois par le président français Nicolas Sarkozy. Il a d’ailleurs précisé qu’il s’intéresserait de près au travail des autres commissaires du nouveau collège. Car dans ce groupe « qui n’est pas un gouvernement », les uns et les autres ont « le devoir de s’intéresser et de participer à ce que font les autres ». Le message a le mérite d’être clair.

La France donnera son avis sur les réformes à venir. Dans le domaine du marché intérieur mais pas seulement. Et s’il y a bien une question sur laquelle les Français comptent se positionner c’est l’agriculture. La nomination du Roumain Dacian Ciolos, n’est certainement pas un hasard. Soutenu par la France, cet ancien ministre de l’Agriculture du gouvernement roumain est un proche de Michel Barnier. « Il sera indépendant, mais je lui donnerai mon point de vue», a déclaré Michel Barnier qui a insisté sur la nécessité de « préserver les régulations agricoles parce que l’alimentation des gens ce n’est pas un bien comme les autres ».

POSITIONS  :

« C’est une provocation de la part de Barroso d’avoir confié le portefeuille du Marché intérieur à Michel Barnier en l’affublant d’un contrôleur. En effet, sous la pression de la City de Londres, le britannique Jonathan Faull deviendra le directeur général pour les services financiers de son administration (…) Une Commission avec des contrôleurs qui défendent les intérêts nationaux est probablement la dernière chose dont l’Europe a besoin maintenant », a indiqué le groupe des Verts/ALE dans un communiqué.

«Le gouvernement aurait du savoir qu’en choisissant le poste de Haut représentant, il n’aurait plus autant d’influence sur la direction économique de l’UE. En pleine crise économique, les intérêts britanniques auraient pu être bien mieux protégés si la Grande Bretagne s’était positionné sur un des portefeuilles économiques importants», a déclaré le député européen britannique Timothy Kirkhope (Conservateurs, ECR). 

«Lors des auditions au Parlement européen, nous allons clairement indiquer à Michel Barnier que nous attendons de lui qu’il fasse de l’approfondissement du marché intérieur sa priorité ainsi que de la création de nouvelles opportunités pour le business», a quant à lui indiqué Malcolm Harbor (Conservateurs, ECR).

« C’est un succès sans précédent pour la France qui n’avait jamais obtenu un tel portefeuille. Ce poste, stratégique pour l’année à venir, montre combien l’implication de la France sur la scène européenne depuis 2007 aura permis de renouer avec le succès et la relance de l’Europe en lien permanent avec l’Allemagne mais aussi avec l’ensemble des États européens », a fait savoir le secrétaire général de l’UMP, Xavier Bertrand, dans un communiqué.

«Avec ce poste-clef, Michel Barnier sera au premier rang pour préparer les mesures dont dépendront tant la sortie de la crise que le renforcement de la solidarité de l’Europe après celle-ci», ont déclaré Alain Lamassoure et Jean-Marie Cavada, vice-présidents de la délégation UMP française au Parlement européen.