Métaux stratégiques dans l’UE : la France souhaite faire le pont avec les pays tiers
La France devrait réunir, la semaine prochaine, des ambassadeurs étrangers et des industriels au sujet de la stratégie de l’UE et de la France en matière de minerais et métaux stratégiques. Le cabinet de la ministre de l’Énergie confirme à EURACTIV France son intérêt « très fort » pour la « diplomatie des métaux ».
La France devrait réunir, la semaine prochaine, des ambassadeurs étrangers et des industriels au sujet de la stratégie de l’UE et de la France en matière de minerais et métaux stratégiques. Le cabinet de la ministre de l’Énergie confirme à EURACTIV France son intérêt « très fort » pour la « diplomatie des métaux ».
En tout, « deux tiers des éléments du tableau périodique de Mendeleïev présentent un degré de rareté significatif », a déclaré Benjamin Gallezot, délégué interministériel aux approvisionnements en minerais et métaux stratégiques, auditionné mercredi (15 mars) par les députés réunis en commission des Affaires étrangères,
Rien que pour le lithium, « les besoins seront multipliés par 10 à l’horizon 2040 », a-t-il complété.
Afin d’emprunter le chemin de sa transition énergétique, l’UE doit donc revoir sa stratégie d’approvisionnement en métaux et minerais stratégiques, du lithium au cobalt, en passant par l’acier et le cuivre.
À ce titre, la Commission européenne présentera jeudi (16 mars) son Critical Raw Materials Act (CRMA), dont l’objectif est de fondre une stratégie européenne en ce sens, de la production au recyclage.
Avec ce texte, l’UE va franchir une étape « très importante » a assuré le délégué interministériel, insistant sur le fait que, dans les négociations pour trouver un accord, « la France continuera à œuvrer pour avoir un texte le plus ambitieux possible ».
La France avance ses premiers pions
Pour faire valoir ses positions, la ministre française de l’Énergie, Agnès Pannier-Runacher, et le ministre du Commerce extérieur, Olivier Becht, « réuniront la semaine prochaine des ambassadeurs étrangers et des industriels pour des discussions sur les enjeux des métaux stratégiques », a affirmé M. Gallezot.
Contacté dans la foulée par EURACTIV France, le cabinet de la ministre a confirmé cette information, déclarant qu’il ne dévoilera la liste des invités à la réunion qu’« en temps voulu ».
Il a toutefois ajouté que la « diplomatie des métaux est un sujet d’intérêt très fort pour la ministre [de l’Énergie], dans la continuité de ses précédentes fonctions ». Agnès Pannier-Runacher a en effet occupé, entre juillet 2020 et mai 2022, le poste de ministre de l’Industrie.
Dans cette nouvelle diplomatie, « le champ bilatéral est extrêmement important », a avancé M. Gallezot, que ce soit avec le Canada, l’Australie ou le Chili.
Surtout, le délégué interministériel a insisté sur l’importance de l’Afrique : « continent majeur dans ce domaine », signalant que la France et ses organismes publics d’étude minière, comme le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), « travaillent dans l’inventaire des ressources, dans l’accompagnement et le développement économique » du continent.
Il a précisé, à ce compte, que son premier déplacement en matière de métaux stratégique avait été en Afrique du Sud, en mai 2022, lors du sommet minier Mining Indaba. Le haut fonctionnaire était alors directeur adjoint du cabinet du Premier ministre.
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Dépendance aux pays tiers
Mais au sein des pays fournisseurs de métaux stratégiques, c’est encore la Chine qui fait la course en tête. M. Gallezot a rappelé que le pays contrôlait jusqu’à 80 % des chaines de raffinage de métaux stratégiques, dépassant allègrement les 90 % pour certains d’entre eux.
Globalement, l’UE est dépendante de pays tiers pour 70 à 80 % des métaux nécessaires à sa transition écologique, a noté Philippe Varin, ancien président du syndicat professionnel France Industrie, dans son rapport sur « la sécurisation de l’approvisionnement en matières premières minérales » remis au gouvernement le 10 janvier 2022.
Selon le délégué interministériel, une seule stratégie s’offre alors à l’UE : « une sobriété dans les comportements de tous », combinée à une « capacité de se réorienter dans la gestion de nos approvisionnements ». Le tout devrait mener, selon lui, à une « indépendance » qui « structure la politique que nous menons ».
Interviewé par EURACTIV France en janvier 2023, M. Varin estimait que « 30 % d’autonomie [semblait] atteignable à l’horizon 2030 ». Or, pour cela, « nous devons exploiter tous les gisements d’Europe », concluait-il.