« Mes amis, je pars » : Bruno Le Maire annonce son retrait de la vie politique
Le ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire a annoncé jeudi 12 septembre qu’il quitterait son poste « et reprendrait le chemin des cours » en devenant professeur de politique économique et de géopolitique à l’université de Lausanne.
Le ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire a annoncé jeudi 12 septembre qu’il quitterait son poste « et reprendrait le chemin des cours » en devenant professeur de politique économique et de géopolitique à l’université de Lausanne.
Bruno Le Maire quitte un ministère qu’il a dirigé pendant sept ans — un nouveau record — avec à son actif la réponse économique à la crise du Covid, les efforts de réindustrialisation du pays et la bataille acharnée pour assainir les comptes publics, qui ne cessent pourtant de plonger.
« Je vous aime, mais je pars », a-t-il lâché lors d’un discours d’une trentaine de minutes à Bercy, face à plusieurs centaines de collaborateurs, conseillers, anciens ministres, patrons et journalistes — durant lequel il a célébré la « grande transformation économique » de la France, dont il s’est largement présenté comme le fer de lance.
Trois fois ministres, quinze ans député, l’homme de 55 ans a expliqué vouloir se mettre en retrait de la vie politique et retourner « à ma première vocation, l’enseignement » en allant donner des cours à l’Université de Lausanne, en Suisse, « sur les sujets économiques et géopolitiques ».
Selon les informations d’Euractiv, Bruno Le Maire devrait intégrer le Enterprise for Society Centre (E4S), dont l’objectif est « d’aider à façonner et accélérer la transition économique vers la prochaine révolution industrielle, une économie qui devra être plus durable et inclusive », souligne le site web de l’université.
L’Université de Lausanne, contactée par Euractiv, n’a pas donné plus de détails quant au poste qu’il devrait occuper.
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Mettre fin au « French bashing »
Le ministre français s’est imposé comme un personnage politique clef tout au long des sept ans de pouvoir d’Emmanuel Macron.
Mais c’est aussi à Bruxelles qu’il a su faire entendre la voix de la France avec plus de 90 Conseils des ministres de l’Économie (ECOFIN) à son actif.
Au cours des trois dernières années, il s’était notamment engagé dans les négociations sur la révision des règles du Pacte de stabilité et de croissance ; il a mené les négociations pour une dette commune européenne au pire de la pandémie ; et a su monter au créneau pour défendre les intérêts de la filière nucléaire à Bruxelles.
Dans son discours, Bruno Le Maire a notamment affirmé qu’il partageait « à 100% […] les inquiétudes de Mario Draghi [auteur d’un rapport sur la compétitivité de l’UE] sur la lenteur européenne et sur le risque de décrochage de notre continent ».
« Il est temps de réagir vite et de réagir fort », a-t-il martelé.
Soutien de la première heure d’une Union des marchés de capitaux, il a également mis en garde contre le manque d’investissements privés au sein de l’UE : « Si nous voulons que le continent européen joue dans la même cour que les États-Unis et la Chine au XXIe siècle, nous devons améliorer le financement de notre économie et nous devons le diversifier ».
Ces derniers mois, il avait encouragé les États membres volontaires à faire avancer les contours d’une Union des capitaux, sans attendre leurs homologues plus récalcitrants.
Enfin, le ministre démissionnaire — qui devrait être relevé de ses fonctions la semaine prochaine, une fois le nouveau gouvernement nommé — n’a pas manqué de souligner ses réussites sur la « stabilité fiscale », le travail « revalorisé », la relance du tissu industriel français ou encore le nucléaire.
Une politique économique qui aurait, selon lui, mis fin au « French bashing » : « Nous avons fait de la France la nation la plus attractive en Europe ».
En revanche, il ne s’est pas étendu sur la situation financière du pays, alors que les engagements de la France vis-à-vis de la Commission européenne présentés en avril 2023 pour passer sous la barre des 3 % de déficit n’ont plus l’ombre d’une chance d’être respectés, et que l’adoption d’un budget pour 2025 est au cœur de toutes les inquiétudes.
La situation est tellement critique que la Commission a ouvert une procédure de déficit excessif (PDE) à l’encontre de la France cet été — procédure dont elle s’était pourtant extraite en 2018, avec le même Bruno Le Maire aux manettes.
« [La France] ne doit pas revenir en arrière sur le rétablissement de ses comptes publics. Elle doit continuer de se fixer pour objectif de revenir sous les 3 % de déficit public en 2027 », a-t-il affirmé.
Il a aussi enjoint son remplaçant – dont le nom est encore inconnu à ce stade – à faire plus sur les salaires, le climat et le financement de l’économie.
Enfin, il a lancé quelques piques à ses adversaires politiques – en premier chef, semble-t-il, la gauche – qu’il accuse d’être des « somnambules » : « C’est l’hypocrisie française. On veut de la dette en moins et des dépenses en plus ».
Lui estime, finalement, que la France est en manque « d’autorité et d’amour ». Pour quelqu’un qui quitte la vie publique, cela raisonne presque comme un slogan politique.