Merkel et Sarkozy soutiennent Barroso mais lui demandent un programme

Le président français et la chancelière allemande feront front commun pour proposer le renouvellement de la candidature du Portugais à la tête de la Commission européenne. La composition du collège des commissaires ne sera cependant examinée qu’à l’automne, après le deuxième référendum irlandais sur le traité de Lisbonne.

Le président français et la chancelière allemande feront front commun pour proposer le renouvellement de la candidature du Portugais à la tête de la Commission européenne. La composition du collège des commissaires ne sera cependant examinée qu’à l’automne, après le deuxième référendum irlandais sur le traité de Lisbonne.

Ce sera Barroso…et son programme. Le président français, Nicolas Sarkozy, a indiqué à l’occasion d’une conférence de presse commune avec la chancelière allemande, Angela Merkel, jeudi 11 juin, le soutien “sans ambiguité” des deux pays à un deuxième mandat de José Manuel Barroso à la présidence de la Commission européenne. 

“Pour la prochaine mandature, il est important que nous prenions les bonnes décisions. C’est pourquoi nous soutenons la candidature de M. Barroso. Mais nous voulons parler du programme qui doit être établi en étroite concertation avec le Parlement européen”, a précisé Angela Merkel. “Nous avons fait un choix précis. M. Barroso et un programme… ou un programme et M. Barroso”, a renchéri Nicolas Sarkozy.

La formule en dit long. Les deux pays ne veulent pas donner un blanc-seing à José Manuel Barroso dont l’action et la légitimité sont contestées par de nombreux pays et une partie des parlementaires (PSE, Verts, GUE, une partie de l’ADLE, et même au sein du PPE-DE). Sans compter que le PSE et les Verts tentent de proposer un candidat alternatif à Barroso en la personne de l’ancien premier ministre belge, Guy Verhofstadt. 

Un président, un programme : la condition

En termes de programme, autant dire que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont leur petite idée. Le candidat Barroso devra leur préciser ses propositions pour “protéger l’Europe, son engagement en matière de régulation financière et sa volonté politique pour l’Europe”, a précisé le chef de l’État français.  

Mais si le choix du candidat est clair, la procédure est loin d’être simple. “Nous souhaitons une décision politique prise au prochain Conseil [des 18 et 19 juin, ndlr] qui propose la nomination d’un président, avant de prendre une décision juridique formelle”, a expliqué Nicolas Sarkozy. C’est ensuite au tour du Parlement européen d’approuver, où non, le choix des chefs d’État et de gouvernement des 27. Le président de la Commission serait donc élu sous l’empire du traité de Nice. Mais pas le collège des commissaires. Ce dernier ne sera proposé par le Conseil et auditionné par le Parlement qu’après le deuxième vote irlandais sur le traité de Lisbonne, a de nouveau déclaré le président français. 

Les complications ne s’arrêtent pas là. Si l’Irlande ratifie le traité de Lisbonne, la nomination du président de la Commission devra à nouveau être validée par le Parlement. Pour que le chef de l’Exécutif européen soit élu sous l’empire du nouveau traité. C’est à y perdre son latin.

Tractations, alliances et stratégies

Cette situation ubuesque n’est pas seulement liée au calendrier de ratification du traité de Lisbonne. Le traité de Nice, actuellement en vigueur, prévoit en effet 26 commissaires, président de la Commission inclus, et le traité de Lisbonne un commissaire par État jusqu’en 2014. Or l’Irlande n’apprécierait pas de se retrouver le seul pays exclu du collège. Pour éviter ce problème et mettre toutes les chances de leur côté pour obtenir un oui au traité, les 27 attendront donc le résultat irlandais. 

Ce choix évite en outre aux États membres de s’écharper dès aujourd’hui sur la question des portefeuilles clés à la Commission. A ce sujet, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont affirmé plusieurs fois leur solidarité. “Nous sommes d’accord Angela et moi pour que nous soutenions le choix de l’Allemagne et que l’Allemagne soutienne le choix de la France”, a déclaré le président français. 

L’actuel ministre de l’Agriculture, Michel Barnier, sera très vraisemblablement le futur commissaire français. Ancien commissaire à la politique régionale (1999-2004), et coordinateur de la campagne UMP pour les européennes, son nom circule depuis plusieurs mois. “Il est certain qu’il est en tête de la liste des postulants”, a par ailleurs indiqué Nicolas Sarkozy. La France briguerait le portefeuille du marché intérieur. Un poste stratégique notamment pour tout ce qui concerne l’intégration des services financiers.

La composition de la future Commission ne sera donc débattue qu’à l’automne, les Irlandais prévoyant leur référendum en septembre ou octobre. A moins que le chef de l’opposition britannique, David Cameron, ne devienne premier ministre d’ici là et organise, comme il l’a promis, un référendum remettant en question le traité de Lisbonne, ratifié en Grande-Bretagne en juin 2008. Très vraisemblablement négatif, le résultat britannique pourrait décaler le vote irlandais.