Merkel en danger lors du débat TV préélectoral [FR]

Le social-démocrate Frank-Walter Steinmeier a attaqué la chancelière Angela Merkel sur la fiscalité et la politique nucléaire lors d’un débat télévisuel hier (13 septembre), à l’occasion d’une performance vigoureuse qui pourrait affaiblir les chances de Mme Merkel de former un gouvernement de centre droit.

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Le social-démocrate Frank-Walter Steinmeier a attaqué la chancelière Angela Merkel sur la fiscalité et la politique nucléaire lors d’un débat télévisuel hier (13 septembre), à l’occasion d’une performance vigoureuse qui pourrait affaiblir les chances de Mme Merkel de former un gouvernement de centre droit.

M. Steinmeier, dont le parti SPD est à la traîne derrière les conservateurs de Mme Merkel, si l’on croit les sondages deux semaines avant les élections, est passé à l’offensive dès le début, critiquant sa rivale pour avoir fait barrage à un salaire minimum et à des limites sur les salaires des managers.

La question est la suivante : quel chemin choisissons-nous pour sortir de la crise ?, a posé M. Steinmeier, 53 ans, qui est apparu décontracté dans un costume noir avec cravate rouge. Un gouvernement de centre droit signifierait un élargissement de la fracture entre les riches et les pauvres ainsi qu’un retour de l’énergie nucléaire.

Mme Merkel a semblé à cran au départ avant de se détendre au cours du débat. Elle a déclaré que le SPD pourrait se lier avec des partis d’extrême gauche dont les anciens communistes après le vote du 27 septembre – une démarche que M. Steimeier a rejeté pour Berlin, bien que ce type d’alliance ait eu lieu dans certaines régions.

Nous n’avons aucune garantie que cela n’arrivera pas, a dit Mme Merkel, 55 ans, qui est la première femme chancelière d’Allemagne et la première personne à ce poste à avoir grandi dans l’ancienne RDA.

Des sondages rapides rendus publics juste après le débat ont montré que les téléspectateurs étaient divisés sur l’identité du vainqueur de ce duel télévisuel à l’américaine, qui devait attirer quelque 20 millions de téléspectateurs. 

Mais la plupart des analystes ont salué la prestation de M. Steinmeier, qui est apparu le plus dynamique et le plus provocateur des candidats. M. Steinmeier a occupé le poste de ministre des Affaires étrangères dans la grande coalition de Mme Merkel lors de ces quatre dernières années, et les deux rivaux se sont abstenus d’attaques en règle trop agressives lors de cette campagne.

M. Steinmeier a fait mieux que Mme Merkel, considérant ce qu’on pouvait attendre de lui, a déclaré M. Hans Vorlaender, un analyste politique à l’Université de Dresde. Il s’est révélé être un meilleur orateur, plus concentré, mais reste à savoir si cela va mobiliser les électeurs en sa faveur, a-t-il ajouté.

Le centre droit en question

Bien que le SPD soit à la traîne derrière les conservateurs de Mme Merkel de 11-14 points dans les sondages, les sondeurs estiment que 40 % des électeurs sont encore indécis, donnant une importance supplémentaire au débat à l’américaine.

En dépit de l’avance substantielle des conservateurs, il est loin d’être certain que Mme Merkel obtiendra assez de votes pour former la coalition de centre droit de son choix avec les Démocrates libéraux (FDP).

Elle avait une avance similaire dans les sondages de 2005 mais avait perdu un débat télévisuel avec le chancelier d’alors, M. Gerhard Schroeder, quelques semaines avant le vote, pour finir par battre le SPD d’un point de pourcentage – un résultat qui avait forcé les deux partis rivaux à cohabiter au sein d’un gouvernement.

Le débat de 90 minutes s’est concentré sur la politique afghane et le sauvetage du constructeur automobile Opel, mais avant tout sur l’économie.

L’Allemagne est récemment sorti de sa récession la plus importante depuis la Seconde Guerre mondiale, et les deux partis veulent convaincre les électeurs qu’ils sont le mieux placé pour protéger les emplois et relancer l’économie.

Mme Merkel a déclaré qu’elle stimulerait la croissance en abaissant certaines taxes afin de motiver les travailleurs, et elle a mis en garde contre les solutions du SPD, qui garderait l’économie allemande au plus bas pour des années, a-t-elle dit.

M. Steimeier a déclaré que la promesse de Mme Merkel de baisser les taxes à un moment de hausse très importante des déficits manquait de crédibilité, et il l’a attaqué sur sa volonté de prolonger la durée de vie de certaines centrales nucléaires – une question très sensible dans le monde politique allemand.

Il n’est pas responsable, et c’est une erreur politique, de se remettre sur le chemin de l’énergie nucléaire, a prévenu M. Steinmeier.

Si Mme Merkel n’est pas capable de sceller sa coalition favorite avec le FDP, l’Allemagne pourrait se retrouver de nouveau avec une grande coalition, un partenariat pas facile qui a bien fonctionné lors de la crise financière, mais dont les analystes craignent qu’il ne soit moins stable et plus erratique du fait des tensions internes dans le futur.

L’Afghanistan devrait faire gagner des voix à M. Steinmeier

M. Steinmeier a préparé un plan pour retirer les troupes allemandes d’Afghanistan en 2013, une manœuvre qui pourrait lui faire gagner des votes deux semaines avant l’élection, selon le magazine Der Spiegel de dimanche.

Lors de la prochaine législature, il est tout à fait concevable de créer la base d’un retrait d’Afghanistan, a déclaré M. Steinmeier, cité par Der Spiegel. Nous devons nous engager sur le bon chemin maintenant, a-t-il ajouté.

Une porte-parole du ministère des Affaires étrangères a confirmé que M. Steinmeier avait approuvé le document intitulé « Dix pas pour l’Afghanistan, mais elle a refusé d’en commenter le contenu.

EURACTIV avec Reuters. Article traduit de l’anglais par EURACTIV.