Menace de droits de douane brandie par Trump : l'Allemagne cherche à apaiser les tensions

C'est l'Allemagne qui serait la plus durement touchée par cette augmentation annoncée des taxes

EURACTIV.com
Le vice-chancelier allemand Lars Klingbeil
Le vice-chancelier allemand Lars Klingbeil [Photo : Conseil de l'UE]

L’Allemagne a appelé à une « solution commune » pour apaiser les tensions commerciales avec les États-Unis, alors que les menaces de Donald Trump d’imposer des droits de douane sur les exportations automobiles de l’UE exacerbent le fossé grandissant entre Washington et Berlin.

« Notre position est claire : nous ne voulons pas d’escalade », a déclaré le vice-chancelier allemand Lars Klingbeil aux journalistes avant une réunion des ministres des Finances de la zone euro à Bruxelles lundi. « Le message adressé aux Américains est clair : les droits de douane nuisent aux deux parties », a-t-il ajouté. « C’est pourquoi nous voulons parvenir à une solution commune. »

Ces commentaires font suite à l’annonce faite vendredi par Donald Trump selon laquelle Washington allait relever les droits de douane sur les voitures et les camions de l’UE de 15 % à 25 %, accusant l’Union de « ne pas respecter » l’accord commercial conclu en juillet dernier avec les États-Unis.

Cet accord – qui impose un droit forfaitaire de 15 % sur la plupart des exportations de marchandises de l’Union vers les États-Unis, d’une valeur de 532,3 milliards d’euros – a été approuvé par le Parlement européen mais doit encore faire l’objet de négociations avec la Commission européenne et les États membres.

Washington peine également à mettre en œuvre cet accord après que la Cour suprême des États-Unis a invalidé la plupart des droits de douane imposés par Trump plus tôt cette année. Toutefois, les droits de douane sur les voitures n’ont pas été affectés par la décision de la Cour.

La hausse annoncée – qui n’a pas encore été officiellement imposée – toucherait le plus durement l’Allemagne, compte tenu de son industrie automobile axée sur l’exportation et de sa dépendance à l’égard de la demande américaine. L’Institut de Kiel estime que ces droits de douane pourraient réduire la production allemande de près de 30 milliards d’euros à long terme. D’autres économies dépendantes de l’automobile, notamment l’Italie, la Slovaquie et la Suède, connaîtraient également des baisses notables.

Ce différend s’inscrit dans un contexte de tensions plus générales. Washington a récemment annoncé son intention de retirer 5 000 soldats d’Allemagne, une décision largement considérée comme une mesure de rétorsion politique suite aux critiques formulées par le chancelier Friedrich Merz à l’égard de la politique américaine au Moyen-Orient.

« Le président américain est vraiment en colère contre l’Allemagne… Je suis convaincu que, dans ce contexte, il vise aussi spécifiquement les constructeurs automobiles allemands », a déclaré Bernd Lange, président de la commission du commerce international du Parlement européen.

L’appel au calme lancé par Klingbeil a été repris par d’autres ministres des Finances de la zone euro.

« Nous sommes disposés à conclure un accord, à le négocier, à le mettre en place de bonne foi et à veiller à ce qu’il soit appliqué », a assuré le Français Roland Lescure, dont le pays a traditionnellement été l’un des détracteurs les plus virulents de cet accord commercial.

« Toute autre option est envisageable si nécessaire », a-t-il ajouté, tout en soulignant que la priorité de l’UE est que l’accord soit finalement mis en œuvre.

Nikolaus J. Kurmayer a contribué à cet article.

(cs)

MISE À JOUR : Cet article a été mis à jour avec d’autres commentaires de Lars Klingbeil.