Même affaiblie, Valérie Hayer va être réélue présidente de Renew Europe
La présidente du groupe Renew Europe au Parlement européen, Valérie Hayer, va être reconduite dans ses fonctions pour un second mandat mardi. Même affaiblie, la candidate de Renaissance a su s'imposer face à son adversaire d’ALDE, une autre composante du groupe.
La présidente du groupe Renew Europe au Parlement européen, Valérie Hayer, va être reconduite dans ses fonctions pour un second mandat mardi (25 juin). Même affaiblie, la candidate de Renaissance a su s’imposer face à son adversaire d’ALDE, une autre composante du groupe.
Elle n’a pas remporté les élections européennes, elle remportera au moins le scrutin pour la présidence du groupe Renew, repère des partis libéraux au sein du Parlement européen. Valérie Hayer va, dès mardi 16h, être reconduite pour un second mandat.
Après les élections, il est de coutume que les différents groupes parlementaires se reconstituassent : certains partis quittent un groupe pour un autre, et les lignes politiques sont mises à jour en fonction du contexte. Et surtout, chaque groupe réélit celui ou celle qui occupera sa présidence.
L’enjeu chez Renew est d’autant plus fort que le groupe a subi une sévère déconvenue lors des dernières Européennes. De 102 eurodéputés lors de la précédente mandature, il est tombé à 74 après les élections.
Valérie Hayer, élue présidente en janvier 2024 à la suite de Stéphane Séjourné, a quant à elle vu ses troupes passer de 23 eurodéputés à 13.
Affaiblie tant par sa campagne en France qu’au sein du groupe européen, celle-ci a néanmoins su profiter des désaccords profonds qui ont subsisté au sein de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ALDE), une faction de Renew qui regroupe plusieurs partis libéraux européens, autour de leur unique candidat, le Portugais João Cotrim de Figuereido.
De fait, Euractiv révélait tard lundi (24 juin) que João Cotrim avait fait le choix d’abandonner sa candidature, peinant à trouver les soutiens nécessaires.
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Absence d’unanimité
L’ALDE fait pourtant tout en son pouvoir pour récupérer la présidence d’un groupe qu’elle a perdue en 2021.
Ainsi un e-mail interne obtenu par Euractiv, qui faisait état de la validation par ALDE de la candidature de M. Cotrim, précisait que son élection permettrait au « parti [de] jouer un rôle de premier plan dans le prochain groupe parlementaire Renew ».
« L’alternance des postes clés garantit la confiance et l’unité », estime Dan Barna, chef de délégation du parti libéral roumain Union sauvez la Roumanie (USR) auprès d’Euractiv.
Mais une réunion de travail de l’ALDE le week-end dernier à Vilnius a mis en exergue une absence d’unanimité autour de la candidature du Portugais – au point de le contraindre à se retirer.
En conséquence, Valérie Hayer se retrouve seule candidate sans adversaire, comme lors de sa première élection en janvier 2024.
Selon les informations d’Euractiv, le Parti libéral-démocrate allemand (FDP), le parti slovaque Slovaquie Progressiste, et les Néerlandais Démocrates 66 (D66) avaient affirmé qu’ils ne soutiendraient pas la candidature du Portugais.
Si aucune explication officielle n’avait été donnée, chaque parti semblait avoir des raisons qui lui étaient propres.
Les Allemands souhaiteraient voir leur tête de liste Marie-Agnes Strack-Zimmermann présider la nouvelle commission de la Défense au Parlement européen — et estiment que laisser la présidence de Renew à Renaissance leur permettrait plus facilement de pousser leur candidate à un autre poste.
Quant à D66, il estimait que la nomination du Portugais sans vote interne au préalable rendit la décision d’ALDE moins légitime.
À eux trois, ils représentent 14 des 51 sièges qu’occupe l’ALDE — ce qui veut dire que 37 membres d’ALDE pouvaient encore voter pour João Cotrim. Or, il lui en fallait 38, sans pouvoir compter sur les eurodéputés Renaissance, qui voteraient en bloc pour Valérie Hayer.
Le petit Parti démocratique européen (PDE), ainsi que les eurodéputés non-affiliés, devait aussi soutenir la candidate française.
Enfin, deux sources au fait du dossier ont confirmé que d’autres eurodéputés membres de l’ALDE pourraient donner leur voix à Valérie Hayer.
Par la force des choses, c’est un coup de force pour Valérie Hayer, qui devrait assurer une certaine influence à Emmanuel Macron au sein du groupe et, plus indirectement, dans l’hémicycle — alors que se profile l’arrivée potentielle de l’extrême droite en France, et une cohabitation inédite.
Dans le même temps, revers de la médaille, l’élection de Valérie Hayer pourrait mettre en difficulté d’autres poids lourds français, en premier chef Pascal Canfin, qui devrait briguer la commission Environnement pour un deuxième mandat.
Mais les piètres résultats de Renaissance, dans le cadre du jeu de chaises musicales qui s’opère au Parlement européen, pourraient les limiter à un seul poste de présidence — et couper l’herbe sous le pied de l’ancien écologiste.
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[Édité par Anna Martino/Laurent Geslin]