Matteo Salvini voit un « Chinagate » dans l’interdiction de moteurs à combustion

Le vice-premier ministre italien et chef de file de la Lega d’extrême droite, Matteo Salvini, soupçonne une complicité illicite entre l’UE, l’Allemagne et la Chine en faveur de l’électromobilité et contre l’industrie automobile italienne.

EURACTIV Italie
League party leader Salvini press conference on the regional elections outcome
« Personne ne m’enlève l’idée qu’il pourrait y avoir un “Chinagate” dans un avenir proche parce que certains choix découlent soit de l’ignorance, soit de la commodité », a déclaré le vice-premier ministre italien et ministre de l’Infrastructure, Matteo Salvini. [EPA-EFE/MATTEO BAZZI]

Le vice-premier ministre italien et chef de file de la Lega d’extrême droite, Matteo Salvini, soupçonne une complicité illicite entre l’UE, l’Allemagne et la Chine en faveur de l’électromobilité et contre l’industrie automobile italienne.

« Personne ne m’enlèvera de l’idée qu’il pourrait y avoir un “Chinagate” dans un avenir proche parce que certains choix découlent soit de l’ignorance, soit de la complaisance », a déclaré le vice-premier ministre et ministre de l’Infrastructure mardi (20 juin).

Cette déclaration a été reprise par l’eurodéputée italienne Anna Cinzia Bonfrisco (Lega/ID), qui a déclaré à EURACTIV que Bruxelles cédait l’ensemble de l’industrie automobile européenne à la Chine au nom de la soi-disant « doctrine Timmermans ».

« Il est légitime de penser qu’il existe une volonté de renoncer à notre capacité d’innovation industrielle, technologique et automobile au nom d’une Chine qui, de plus, est le plus grand pollueur au monde », a déclaré Mme Bonfrisco.

Outre le risque potentiel que cela pourrait avoir sur l’industrie automobile européenne, Mme Bonfrisco dénonce les graves violations des droits humains commises au Xinjiang et à Hong Kong par le Parti communiste chinois ainsi qu’à Taïwan, « un État libre et indépendant dont le ciel est quotidiennement survolé par des exercices militaires en vue d’une future invasion ».

« Cela suffirait à se demander comment nous, Européens, pouvons accepter des relations politiques et commerciales plus étroites [avec la Chine] », a ajouté Mme Bonfrisco.

M. Salvini a qualifié l’interdiction des voitures à combustion interne d’ici 2035 d’« aveu forcé », même si, en réalité, la vente de voitures à moteur à combustion interne sera toujours autorisée, mais seulement si elles sont alimentées par des carburants synthétiques, ce qui signifie qu’elles seront capables — selon l’UE — de garantir la neutralité climatique.

« La doctrine Timmermans, c’est-à-dire Euro 7, est une folie qui doit absolument être mise à la poubelle », a poursuivi M. Salvini.

Le leader de la Lega a également accusé la Commission européenne de poursuivre une « approche idéologique anti-croissance et anti-italienne » sur les voitures, car elle insiste sur le « tout électrique » au lieu d’un mélange de technologies.

L’Allemagne complice

M. Salvini s’en est également pris à l’Allemagne, affirmant que le pays faisait des choix qui profitaient à son économie au détriment des autres, en particulier de l’Italie.

« Dire à partir de 2035 “soit l’électricité, soit rien” est quelque chose qui arrange probablement quelqu’un », a déclaré M. Salvini. Il a également expliqué qu’il avait lu les données sur les échanges entre l’Allemagne et la Chine suggérant que les exportations de l’Allemagne vers la Chine avaient diminué de 23 % tandis que les importations de la Chine vers l’Allemagne avaient augmenté de 28 %.

Mme Bonfrisco a souligné que lors de son premier voyage à l’étranger, le nouveau Premier ministre chinois Li Qiang s’est d’abord rendu dans l’Allemagne de M. Scholz, puis dans la France de M. Macron, « quelques mois seulement après la marche du président français sur la place Tiananmen, où des étudiants chinois ont sacrifié leur vie au nom de la liberté ».

« Nous devrions réagir à l’omniprésence en Europe d’acteurs économiques contrôlés par le Parti communiste chinois, comme le souligne souvent le Parlement européen, en commençant par protéger nos ports et le transport maritime », a déclaré Mme Bonfrisco à EURACTIV.

« Une réponse est due aux citoyens européens pour savoir pourquoi l’UE met en œuvre des politiques qui relèvent plus de la casse industrielle que de la transition écologique. La durabilité est avant tout sociale en Europe et dans le monde. Sur ce point aussi, l’ère de l’équidistance de l’Allemagne de [Angela] Merkel est révolue, et celle de [Olaf] Scholz n’en est qu’une mauvaise copie », a ajouté l’eurodéputée.

En mars dernier, lors de la campagne électorale pour les élections régionales, M. Salvini s’en était déjà pris à l’UE, estimant qu’imposer des voitures électriques à tout le monde n’avait aucun sens.

« L’Europe, qui veut protéger l’environnement, ne peut pas nous mettre dans une situation où nous aurions les pieds et poings liés face aux Chinois […] Puisqu’ils ont trouvé quelqu’un au Parlement européen — comme par hasard de gauche — qui avait des valises pleines d’argent [Qatargate], qui sait si, dans quelque temps, ils ne trouveront pas aussi des valises pleines d’argent venant de Chine pour voter certaines lois anti-italiennes, anti-européennes et qui ne favorisent que [la Chine] », a déclaré M. Salvini.