Matières premières critiques : la Chine est en avance de 15 ans, selon un expert

Selon un expert, la Chine est bien mieux préparée à la transition écologique et possède une avance d’au moins 15 ans en ce qui concerne l’extraction et le traitement des matières premières critiques qui alimenteront l’industrie à zéro émission nette.

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« Je pense qu’il est très clair que la Chine est stratégiquement préparée pour l’économie minière qui s’annonce. La Chine est stratégiquement préparée à la transition écologique et à l’ère du zéro émission nette. L’Europe ne l’est pas », a affirmé Georg Riekeles, directeur associé au European Policy Centre (EPC). [SHUTTERSTOCK/Jason Benz Bennee]

Selon un expert, la Chine est stratégiquement bien mieux préparée à la transition écologique et possède une avance d’au moins 15 ans en ce qui concerne l’extraction et le traitement des matières premières critiques qui alimenteront l’industrie à zéro émission nette.

Avec la présentation de la règlementation européenne sur les matières premières critiques en mars, l’UE a considérablement intensifié ses efforts pour garantir l’accès futur aux matières premières critiques telles que le lithium ou le cobalt, essentielles pour le passage à une industrie à zéro émission nette. Cependant, la Chine occupe de loin la première place dans ce domaine.

« Je pense qu’il est très clair que la Chine est stratégiquement préparée pour l’économie minière qui s’annonce. La Chine est stratégiquement préparée à la transition écologique et à l’ère du zéro émission nette. L’Europe ne l’est pas », a affirmé Georg Riekeles, directeur associé au European Policy Centre (EPC) lors d’un évènement organisé par EURACTIV.

« Je pense donc que nous devons être très honnêtes : en Europe, nous sommes à peu près dans la même situation que la Chine il y a 15 ou 20 ans. Les plans de la Chine pour les technologies propres, qu’il s’agisse des batteries à hydrogène, de l’éolien, du solaire ou des stratégies pour les matières premières, ont été développés dans leur 11e ou 12e plans quinquennaux. C’était il y a 15 ou 20 ans », a-t-il ajouté.

Le plan de l’Europe

Dans sa règlementation européenne sur les matières premières critiques, la Commission européenne a posé des jalons clairs pour une autonomie en ce qui concerne les matières premières jugées stratégiques.

D’ici à 2030, 10 % de la demande européenne en matières premières devraient provenir de l’exploitation minière sur le territoire de l’UE. En outre, 15 % devraient provenir du recyclage et 40 % de la transformation devrait être effectuée en Europe.

Toutefois, ces objectifs seront difficiles à atteindre, car l’Europe n’est actuellement en mesure d’extraire qu’une petite fraction de ses besoins en matières premières critiques, et la demande  devrait augmenter de manière exponentielle. Selon les projections de la Banque mondiale, la demande de minéraux tels que le graphite, le lithium ou le cobalt augmentera de 500 % d’ici à 2050.

« À court terme, il est peu probable que des capacités minières supplémentaires soient mises en place en Europe », a déclaré Ansgar Thole, président et directeur général de Komatsu Germany, un fournisseur d’équipements miniers, lors de l’évènement EURACTIV.

« L’Europe arrive assez tard pour entrer dans ce [domaine] de manière consolidée et concentrée et d’autres pays sont déjà présents », a-t-il ajouté, soulignant la domination de la Chine dans le domaine de l’exploitation minière.

La domination chinoise

L’Europe est actuellement très dépendante de l’importation de matières premières critiques. Selon un rapport de l’Institut allemand pour la recherche économique (DIW), l’UE dépend actuellement à 100 % de fournisseurs étrangers pour 14 des 27 matières premières critiques et à 95 % pour trois autres d’entre elles.

La plupart des importations proviennent de Chine, pays qui détient un quasi-monopole en matière d’extraction et de traitement des matières premières critiques. L’UE importe par exemple actuellement 93 % de son magnésium et 86 % de ses terres rares de Chine.

Cependant, la Chine domine aussi la transformation d’un grand nombre de ces matières premières, même si elle ne les exploite pas. Ainsi, alors qu’environ 9 % seulement du lithium mondial est extrait en Chine, environ 60 % de cette ressource y est raffinée.

L’UE a également abordé cette question dans la règlementation européenne sur les matières premières critiques, dans un article souvent surnommé la « clause relative à la Chine ».

Afin de se prémunir contre d’éventuelles pénuries d’approvisionnement et de renforcer sa résilience, l’UE vise à ne pas dépendre à plus de 65 % d’un seul pays, ce qui signifierait que l’UE devrait considérablement diversifier sa chaîne de valeur pour atteindre ce critère.

Cet article a été rédigé à la suite du débat politique organisé par EURACTIV et soutenu par la fédération allemande de la construction mécanique et de l’ingénierie (VDMA) : « La règlementation européenne sur les matières premières critiques — quelles opportunités pour les fournisseurs de technologie de l’UE ? ».

[Édité par Anne-Sophie Gayet]