Martin Schulz rempile pour une présidence plus difficile au Parlement européen

À l'occasion d'un vote très attendu, les eurodéputés ont réélu Martin Schulz à la tête du Parlement européen. Le socialiste allemand va devoir affiner sa stratégie en raison de la forte présence des eurosceptiques à l'assemblée.

EURACTIV.fr
Martin Schulz. Esterwegen, 2013. [Matthias Groote/Flickr]
Martin Schulz. Esterwegen, 2013. [Matthias Groote/Flickr]

À l’occasion d’un vote très attendu, les eurodéputés ont réélu Martin Schulz à la tête du Parlement européen. Le socialiste allemand va devoir affiner sa stratégie en raison de la forte présence des eurosceptiques à l’assemblée.

Martin Schulz repart pour un second mandat. Sur 612 votes, 409 eurodéputés ont accordé leur soutien à Martin Schulz, à la suite d’un accord avec les partis traditionnels. L’Allemand a été soutenu par le Parti populaire européen (PPE), les libéraux (ADLE) et son propre groupe, le S&D. Ulrike Lunacek (Verts), Sajjad Karim (CRE) et Pablo Iglesias (GUE), les autres candidats en lice, déplorent l’accord conclu en coulisse.

« Que sommes-nous devenus si la présidence de cette assemblée, qui devrait être au-dessus des politiques partisanes et des ambitions politiques ordinaires, se réduit à un marchandage ? […] Un prix de consolation pour ne pas en avoir obtenu un ?Le plan D dans la vie politique quand les plans A, B et C ont échoué ? »,s’est demandé le candidat des conservateurs et réformistes européens, Sajjad Karim lors de la première session plénière.

Dans son discours de remerciement, Martin Schulz a fait un clin d’œil à ceux qui ne l’ont pas élu et qui ont déploré l’accord en coulisse. Il s’est engagé à devenir le président de ceux qui ne l’ont pas soutenu.« J’espère gagner la confiance de ceux qui ne m’ont pas fait confiance », a-t-il déclaré.

La grande coalition déjà en marche

L’élection de l’Allemand laisse penser que les futurs accords législatifs devront être soutenus par les trois principaux partis proeuropéens (PPE, S&D et ADLE) en vue de trouver un équilibre par rapport aux factions antisystème.

« Une large majorité de proeuropéens est présente au Parlement », a indiqué l’eurodéputée française Sylvie Goulard (UDI – ADLE), lors d’un entretien avec EURACTIV. « C’est la raison pour laquelle les libéraux ont octroyé leur soutien à Martin Schulz et n’ont pas présenté leur propre candidat. Nous souhaitons montrer que la majorité est stable », a-t-elle ajouté. Elle a reconnu que Martin Schulz avait renforcé le rôle du Parlement européen, a augmenté sa visibilité et a enfin et surtout changé le processus de sélection du président de la Commission.

Martin Schulz a déclaré que l’introduction de « Spitzenkandidaten », les têtes de liste pour les européennes, marquait une avancée importante. Ce processus a mené à la désignation de Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission, malgré l’opposition du premier ministre britannique, David Cameron.

« Le processus a renforcé le Parlement européen », a-t-il déclaré en ajoutant que cette situation apporterait de nombreux changements en Europe.

Le coût de la non-Europe

Les partis d’extrême-droite et d’extrême-gauche ont plus que doublé leur nombre de sièges à l’assemblée. Le malaise social et la hausse du chômage sont à l’origine du ressentiment envers Bruxelles.

La nouvelle grande coalition risque d’être constamment chahutée par les eurodéputés anti-UE. Même si personne ne sait si la plupart des députés anti-européens préféreront protester depuis la ligne de touche ou s’atteler à un vrai travail parlementaire, les partis traditionnels devront faire preuve de discipline et de cohésion pour mettre en avant leur programme.

Dans la phase de préparation pour les débats à venir, le service de recherche parlementaire a commencé à analyser le coût de la non-Europe. Ce concept ne date pas d’hier. Il était en effet le leitmotiv du rapport Cecchini en 1998 et a contribué à mettre en place une logique économique puissante pour le programme en vue d’achever le marché unique à la fin de 1992.

Même si certains députés européens concèdent qu’il est difficile d’évaluer un chiffre exact, l’étude menée actuellement laisse penser que les gains engrangés par des mesures politiques européennes pourraient s’élever à 800 milliards d’euros, si elles sont complètement mises en place. Aux prix actuels, cela représenterait environ 6 % du PIB.

Par exemple, le document indique qu’un marché numérique plus approfondi et plus complet permettrait d’augmenter le PBI d’au moins 4 %, soit 260 milliards d’euros. Un marché énergétique plus intégré pourrait générer de 50 milliards d’euros.

En concluant le partenariat transatlantique (TTIP), l’UE pourrait augmenter ces recettes de 60 milliards d’euros. Mais les négociations ne se déroulent pas sans peine.

Les parlements nationaux sous la sellette

Certains parlements nationaux exigent d’avoir une plus grande influence dans les affaires européennes. Certains parlements dans toute l’Europe réfléchissent à la manière de renforcer les liens avec le Parlement européen et de relancer la légitimité démocratique.

La Chambre des Lords, le Folketing danois et la seconde chambre des États généraux néerlandaise ont commencé à inciter les autres parlements européens sur cette voie. Une plus grande implication des députés nationaux dans le processus de prise de décision européen et une action concertée peuvent contribuer à une meilleure représentation des électeurs européens et à des mécanismes de la responsabilité.

« L’objectif est de changer les comportements, pas les traités » a indiqué Rene Leegte, député néerlandais en charge de la discussion au sein du la seconde chambre.

Le cœur du problème se situe dans la structure, selon Anand Menon, professeur en politiques européennes et en affaires étrangères au King’s College London.

« Pour renforcer ses propres pouvoirs, le Parlement européen agit de la même manière que les autres parlements. En défendant leur prérogatives, les États membres agissent comme des États-nations normaux. La légitimité du système européen est victime de ce conflit », a-t-il indiqué. Il a ajouté que l’avenir de l’intégration européenne dépendait de la relation plus poussée avec les politiques démocratiques nationales.

Le professeur a également souligné que le malaise démocratique qui affecte la gouvernance européenne est intenable.

« Les États membres dépendent de l’UE pour atteindre des objectifs politiques clés. Une érosion graduelle du soutien à l’UE risque de mettre à mal sa capacité à agir. Chercher la légitimité démocratique à travers une responsabilisation du Parlement européen a été tenté à plusieurs reprises et s’est soldé par un échec. La seule alternative est d’associer plus étroitement l’UE aux procédures politiques nationales », a-t-il conclu.