Mario Draghi présente son rapport tant attendu sur l’avenir de la compétitivité de l’UE

L’ancien président de la Banque centrale européenne Mario Draghi présente ce mercredi 4 septembre son rapport très attendu sur l’avenir de la compétitivité de l’Union européenne.

/ Euractiv.com
European Union facing ‘critical moment’, Italy’s Mario Draghi says
L'ancien Premier ministre italien Mario Draghi assiste à la présentation du livre du journaliste italien Aldo Cazzullo « Quand nous étions les maîtres du monde » (« Quando eravamo padroni del mondo ») à Rome, Italie, le 29 novembre 2023. [[EPA-EFE/MASSIMO PERCOSSI]]

L’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi — surnommé « Super Mario » et connu pour avoir « sauvé » la zone euro — présente son rapport très attendu sur l’avenir de la compétitivité de l’Union européenne (UE) aux diplomates et aux dirigeants des groupes parlementaires européens ce mercredi 4 septembre.

Un diplomate européen a confirmé à Euractiv que Mario Draghi devrait expliquer ce mercredi aux représentants permanents des États membres auprès de l’Union les principales conclusions de son rapport à 9 h 30. Il en présentera une analyse plus détaillée aux présidents des groupes parlementaires européens à 16 h.

Le rapport élaboré par Mario Draghi sur la compétitivité a été commandé par la Commission européenne. L’exécutif de l’UE avait également sollicité un rapport sur l’avenir du marché unique de l’Union, rédigé cette fois par Enrico Letta et dévoilé en avril.

Mario Draghi a déjà présenté publiquement les grandes lignes de ses propositions politiques à plusieurs reprises au cours de l’année.

En février, il a suggéré que l’Europe devait trouver une « énorme quantité » d’argent — environ 500 milliards d’euros par an — pour financer les transitions écologique et numérique. Une proposition qui a suscité l’ire des partisans de la rigueur budgétaire, inquiets des niveaux déjà élevés de la dette publique sur le continent.

Quelques mois plus tard, en avril, il s’est montré très sévère à l’égard de la Chine, l’accusant, de même que les États-Unis, de refuser de « jouer selon les règles » du commerce international, et a lié la capacité de l’UE à atteindre ses objectifs climatiques à ses efforts pour « réduire les risques » face à Pékin en diminuant sa dépendance à son égard dans certains secteurs stratégiques.

« Nous avons, à juste titre, un programme de politique climatique ambitieux en Europe et des objectifs stricts pour les véhicules électriques. Mais dans un monde où nos rivaux contrôlent une grande partie des ressources dont nous avons besoin, un tel programme doit être associé à un plan visant à sécuriser notre chaîne d’approvisionnement — des minéraux essentiels aux batteries en passant par l’infrastructure de recharge [des véhicules] », a-t-il déclaré.

À Bruxelles, nombreux sont ceux qui estiment que l’avenir du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) pourrait être un point central du rapport de Mario Draghi. Et les récentes remarques de l’ancien président de la Banque centrale européenne laissent à penser qu’il n’est pas enchanté par tous les aspects du Green Deal.

Dans un discours en avril — qu’il a explicitement présenté comme un premier aperçu de son rapport — et dans un autre discours en juin, l’Italien a reconnu la nécessité d’une action en faveur du climat. Cependant, il s’est uniquement concentré sur les implications économiques et géopolitiques de la décarbonation, plutôt que sur l’atténuation des impacts du changement climatique sur les sociétés humaines.

L’économiste a par exemple souligné que les énergies renouvelables pourraient réduire les coûts énergétiques pour l’industrie et améliorer la sécurité d’approvisionnement de l’Europe. Dans aucun de ces deux discours il n’a fait référence à la nature ou à l’environnement.

Pour sa part, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, avait insisté, lors de son discours devant le Parlement européen avant sa réélection de juillet, sur la nécessité d’atteindre les objectifs du Green Deal « avec pragmatisme ».

Une réunion controversée à l’origine du report du rapport ?

Initialement attendu avant les élections européennes, le rapport a finalement été reporté à septembre.

Pour certains, la présidente de l’exécutif européen voulait éviter que celui ne soit présenté avant les élections européennes, craignant que l’appel de Mario Draghi à une augmentation des fonds publics — comme ses appels répétés à un financement commun de l’UE — ne renforce le discours de l’extrême droite et ne mette en colère le nord de l’Europe.

Pour d’autres, une réunion des commissaires européens avec l’ancien président de la BCE en janvier dernier en Belgique, qui ne s’est pas très bien passée, en serait la raison. Le technocrate italien aurait critiqué lors de cette réunion l’impact du cadre actuel du Green Deal sur la compétitivité de l’Europe. Selon une source, Ursula von der Leyen aurait demandé à son Collège de commissaires de ne pas divulguer les détails de la rencontre.

La source a expliqué que la responsable politique allemande voulait éviter une confrontation  avec les socialistes européens et les Verts avant les Européennes, leur soutien étant nécessaire à sa reconduction à la barre de l’exécutif européen.

Si pour les socialistes européens la mise en œuvre du Green Deal doit rester intacte, les Verts ont quant à eux mis en garde contre tout « retour en arrière ».

Les parties prenantes reconnaissent qu’il sera difficile pour Ursula von der Leyen d’identifier la fine ligne entre l’avancement des politiques environnementales de l’UE — comme le souhaitent les autres partenaires de la coalition européenne — et le maintien du soutien de sa propre famille politique le Parti populaire européen (PPE) de centre droit.

Certains insistent sur le fait qu’Ursula von der Leyen pourrait utiliser le rapport de Mario Draghi comme un « héritage » pour faire avancer l’agenda du centre droit de l’UE, qui appelle à une mise en œuvre « réaliste » des politiques environnementales.

Donagh Cagney a contribué à la rédaction de cet article.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]