Marine Le Pen veut reprendre la main sur la « censure » opérée par les géants du numérique

Marine Le Pen veut mettre au pas les plateformes du numérique, quitte à créer un « réseau social public, libre et gratuit » si elles ne se montrent pas coopératives.

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La candidate Rassemblement national prévient qu’elle n’hésitera pas à « faire établir et gérer un réseau social public, libre et gratuit », dans le cas où Facebook, Instagram ou encore Twitter, pour ne citer qu’eux, refusent de rentrer dans les rangs. [Esther Snippe]

Marine Le Pen veut mettre au pas les plateformes du numérique, quitte à créer un « réseau social public, libre et gratuit » si elles ne se montrent pas coopératives.

La candidate qualifiée pour le second tour a publié au début du mois son projet pour le numérique, qu’elle compte bien mettre en œuvre si elle parvient à battre Emmanuel Macron le 24 avril prochain.

Elle y dresse un portrait plutôt sombre des enjeux du secteur.

Si la candidate qualifiée pour le second tour rappelle en introduction qu’il représente 5,5 % du PIB français, elle note qu’« en prenant en charge toutes nos activités que nous ne faisons donc plus nous-mêmes, il nous prive d’autonomie personnelle ». « La France et les pays d’Europe » ne profitent pas de la croissance économique qu’il peut apporter, déplore-t-elle, écrasé par les Américains et les Chinois.

Marine Le Pen souhaite mettre fin à la « censure » imposée par les plateformes du numérique, régies par « leurs propres règles ».

« Seule l’application du droit national », coordonnée par un juge, devrait guider les décisions relatives au retrait ou au non-retrait de contenus, selon elle, afin de préserver le débat public et la liberté d’expression.

La candidate Rassemblement national prévient qu’elle n’hésitera pas à « faire établir et gérer un réseau social public, libre et gratuit », dans le cas où Facebook, Instagram ou encore Twitter, pour ne citer qu’eux, refusent de rentrer dans les rangs.

« Le débat public ne peut pas être confisqué », écrit-elle.

Elle voudrait par ailleurs que ces derniers collaborent davantage avec les forces de l’ordre et la justice pour que les auteurs d’infractions « puissent être identifiés, poursuivis et condamnés ».

Souveraineté numérique

Sans surprise, le programme de Mme Le Pen est très axé sur la souveraineté. À l’instar de bon nombre des candidats malheureux du premier tour, la candidate veut voir émerger des champions français ou européens.

Cela devra notamment passer « par des aides ciblées en faveur des entreprises du numérique, mais aussi par la priorité à donner aux fournisseurs français ou européens », notamment grâce au « Fonds souverain français » qu’elle envisage de mettre en place.

Elle appelle à recourir exclusivement à des fournisseurs français en matière de commande publique dans les domaines militaires et de sécurité, et à des fournisseurs européens pour le reste.

« Cette préférence est conforme aux textes nationaux et européens en vigueur, mais elle est
restée, jusqu’ici, inappliquée », estime-t-elle.

Mme Le Pen veut par ailleurs mettre en place un « contrôle strict » des rachats des entreprises françaises de pointe par des acteurs étrangers.

Sur la question de la souveraineté des données, la candidate RN veut rendre obligatoire l’hébergement des données des Français, des entreprises et services publics nationaux, par des opérateurs français ou européens sur le continent.

Elle souhaite également revoir les principes encadrant la collecte et l’usage des données personnelles : plus de clarté, désactivation par défaut de la publicité ciblée — voire interdiction totale lorsque les utilisateurs sont mineurs —, principe de minimisation ou encore un « droit de traitement des données par défaut » pour les prestataires européens, là où les opérateurs étrangers devront fournir des garanties supplémentaires.

Elle appelle enfin à accorder le statut de salariés à tous les travailleurs des plateformes, à créer des « commandos numériques », une force d’intervention cyber, chargée de réagir en cas d’attaque ou encore à placer les crypto-actifs sous le régime commun des marchés financiers.