Mariano Rajoy exclut de démissionner face au scandale
Le premier ministre espagnol est au cœur d’un scandale de corruption au sein de son parti. Il a précisé le 15 juillet que cette affaire n’entraverait pas ses projets de réforme.
Le premier ministre espagnol est au cœur d’un scandale de corruption au sein de son parti. Il a précisé le 15 juillet que cette affaire n’entraverait pas ses projets de réforme.
La pression s'accroît sur Mariano Rajoy alors que l'ancien trésorier du Parti populaire Luis Barcenas a de nouveau témoigné dans le cadre d'une enquête sur une affaire de corruption. M. Barcenas a fourni des précisions sur des paiements en liquide d'un montant de 90.000 euros versés au premier ministre actuel et à la secrétaire générale du parti, Maria Dolores Cospedal, en 2009 et 2010.
M. Rajoy avait jusqu'à présent réussi à limiter les répercussions du scandale concernant des allégations de versements illégaux par des magnats de la construction. Ces derniers auraient donné de l’argent en espèces aux dirigeants du parti en échange de contrats juteux.
« Je vais défendre la stabilité politique et je vais remplir le mandat que les électeurs espagnols m'ont confié », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse.
Le chef du gouvernement, dont le parti dispose d'une majorité confortable au Parlement, a ajouté qu'il ne laisserait pas le scandale affecter son programme de réformes politiques visant à lutter contre la récession et à résorber l'important déficit budgétaire du pays.
À cause des troubles financiers de l'année dernière, l'Espagne, quatrième puissance de la zone euro, a failli demander un renflouement et l'avenir de la monnaie unique a été menacé pendant des mois.
M. Rajoy a résisté à la pression et n'a pas formulé cette demande. Il espère dorénavant voir le redressement économique du pays, mais son image a été entachée par le scandale financier.
L'opposition a exigé sa démission et certains membres de son propre parti de centre-droit, le Parti populaire (PP), ont également déclaré qu'il était temps qu'il se retire.
« Le PP dispose certes d'une majorité absolue, mais il a perdu son autorité morale », a déclaré la secrétaire générale adjointe du Parti socialiste dans l'opposition. « Nous allons travailler avec tous les partis afin de faire chuter le premier ministre. »
L'ex-trésorier auditionné
Luis Bárcenas, ancien trésorier du PP de 55 ans arrêté en juin, a été accusé de corruption, de blanchiment d'argent, d'évasion fiscale et d'autres infractions.
Le juge de la Haute cour de Madrid, Pablo Ruz, a auditionné M. Bárcenas pendant près de cinq heures le 15 juillet. L’ancien trésorier a ensuite été transféré en prison.
Ancien homme de confiance, M. Bárcenas a remis des documents sur la gestion d'une caisse noire du parti. Il a en outre fourni des précisions sur des paiements versés aux dirigeants du PP pendant des années, selon une source qui a assisté à l’audition.
Pendant plus de 20 ans à la tête des finances du PP, M. Bárcenas a accumulé 48 millions d'euros dans des comptes bancaires suisses qu’il n’avait pu expliquer de manière satisfaisante.
Mariano Rajoy n'est inculpé pour aucun délit. Il a nié à plusieurs reprises que d'autres dirigeants de parti ou lui-même avaient reçu des paiements illégaux. La secrétaire générale du PP a réfuté toutes les accusations devant la presse.
« Je n'ai rien à cacher et je ne vais pas laisser un criminel présumé me calomnier ou me salir pour qu'il puisse s'en sortir sain et sauf », a-t-elle expliqué aux journalistes.
Le quotidien El Mundo a toutefois publié des messages textes entre M. Rajoy et l'ancien trésorier. Ces communications confirment que les deux personnes ont maintenu des contacts personnels jusqu'en mars et que le premier ministre espagnol avait tenté de limiter les retombées de cette affaire.
Le chef du gouvernement a expliqué que les messages textes envoyés à M. Barcenas étaient sincères et démontraient qu'il n'avait pas cédé au chantage que lui faisait l'ancien trésorier.
Plusieurs responsables du PP estiment que le chef du gouvernement a perdu la crédibilité requise face à une opinion publique lassée par un taux de chômage élevé. Un récent sondage réalisé par Metroscopia montre que le soutien du PP est passé de 44 % lors des élections de 2011 à 25 %.
Le premier ministre espagnol est réputé pour la prudence de son style politique. Son attentisme épuise ses opposants. Sa stratégie arrive toutefois à bout de souffle.
« [Presque] tout le monde dans le parti est convaincu qu'on ne peut plus sauver la situation. La meilleure chose pour [Mariano] Rajoy est d'organiser une procédure de transmission du pouvoir à quelqu'un d'autre au sein du parti », a estimé un député du PP sous couvert de l'anonymat.