Manifestations massives contre le plan d'austérité en Roumanie

L'une des plus grandes manifestations de masse depuis la chute du régime communiste en 1989 s'est déroulée hier (19 mai) à Bucarest après que le gouvernement a annoncé d'importantes réductions des dépenses, entretenant le doute sur la capacité du pays à respecter ses engagements auprès du FMI.

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L'une des plus grandes manifestations de masse depuis la chute du régime communiste en 1989 s'est déroulée hier (19 mai) à Bucarest après que le gouvernement a annoncé d'importantes réductions des dépenses, entretenant le doute sur la capacité du pays à respecter ses engagements auprès du FMI.

Selon EURACTIV Roumanie, entre 30 000 et 50 000 manifestants se sont rendus dans le centre de Bucarest, tandis que les syndicats ont affirmé qu'une grève générale aurait lieu le 31 mai.

Les manifestants ont appelé le gouvernement à appliquer les mesures d'austérité d'une manière différenciée, plutôt que de faire porter leur charge à l'ensemble de la population – y compris les retraités – sans prendre en compte les bas revenus.

Sous la pression du FMI, le gouvernement a promis de réduire les salaires des fonctionnaires de 25 % et les retraites de 15 % afin de s'assurer le déclenchement de la prochaine tranche de prêts.

Les meneurs des protestataires ont demandé la démission du président Traian Basescu et du premier ministre Emil Boc.

Pour l'instant, M. Boc a appelé les fonctionnaires administratifs de son pays à faire don de leur rémunération obtenue au titre de leur appartenance aux conseils d'administration d'entreprises dans lesquelles l'Etat détient des parts minoritaires. Cet argent alimenterait un fonds de solidarité, et ceux qui refusent de faire ce don seraient licenciés.

Similarités avec la Grèce ?

Le quotidien roumain Adevarul affirme que la question qui vient à l'esprit – la Roumanie suit-elle les traces de la Grèce en faillite ? – n'est pas une question évidente. Contrairement à la Grèce, dont le principal problème est sa dette publique, la Roumanie a l'une de dettes publiques les plus faibles de l'UE des 27, à seulement 24 % du PIB, à la 24ème place.

Le problème roumain, selon Adevarul, est le déficit budgétaire, laissant entendre que les autorités du pays ont trop dépensé.

Dans l'absolu, la dette publique n'est pas si inquiétante, mais elle devrait être considérée dans le contexte plus global de son augmentation probable et de la situation macroéconomique, a affirmé l'analyste financier Laurian Lungu de Macroanalitica.

D'ici 2012, la dette publique aura augmenté pour atteindre 31-32 % du PIB, en supposant que le déficit budgétaire évolue comme prévu. Si ce n'est pas le cas, la dette publique pourrait augmenter dans des proportions bien plus importantes, a-t-il mis en garde.

Daniel Daianu, eurodéputé de centre droit et ancien ministre des finances, a déclaré que la Roumanie ne pouvait pas être comparée à la Grèce, parce que le pays ne comptait pas autant sur les revenus touristiques.

Nous avons un potentiel économique plus grand et plus diversifié que la Grèce. Nous n'avons peut être pas d'îles,  mais nous avons une industrie chimique, un secteur automobile et un secteur aéronautique. Nous ne manquons pas d'infrastructures et de capacité d'organisation, a-t-il dit.

Certains analystes cités par Reuters ont déclaré que le gouvernement pourrait au final reculer devant la pression publique et assouplir les réductions prévues afin de préserver la popularité de sa majorité parlementaire vacillante, bien que des élections ne soient pas prévues avant fin 2012.

La capacité du gouvernement à réaliser d'importantes réductions d'ici juillet pour satisfaire aux demandes du FMI est faible, ont affirmé dans une note des analystes de BNP Paribas.

Le non respect du critère de performance conduirait à ce que le déboursement des sommes du FMI soit repoussé une seconde fois, ce qui serait un coup dur.

La Bulgarie voisine, l'Etat membre le plus pauvre de l'UE, essaie également d'imposer des réductions de dépenses publiques d'environ 20 % pour combler un fossé dans les revenus et garder son déficit budgétaire sous contrôle.

(EURACTIV avec EURACTIV Roumanie et Reuters.)